Top 14 : « Soit on ferme, soit on déménage»...Le Biarritz Olympique dans le flou en cas de montée

RUGBY Biarritz joue ce soir sa montée en Top 14 dans un derby bouillant contre l’Aviron Bayonnais, mais le BO pourrait vivre un été agité en cas de promotion

X. R.

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L'avenir du BO pourrait s'écrire loin du stade Aguiléra, au détriment de ses supporters.
L'avenir du BO pourrait s'écrire loin du stade Aguiléra, au détriment de ses supporters. — Alain Coudert/sportsvisio/SIPA

C’est le genre de soirée qui font le sel et la légende de ces derbys. Surtout que ça pourrait bien être le dernier de l’histoire au pays basque. Ce samedi soir, les supporters du Biarritz Olympique fêteront peut-être la montée de leur club en Top 14, avec en prime le bonheur de faire descendre le rival bayonnais en Pro D2. Sans avoir tout à fait l’assurance de pouvoir encourager le BO l’an prochain. Son président, Jean-Baptiste Aldigé, s’est fendu depuis quelques mois d’une idée peu commune : délocaliser son club. Et pas qu’un peu. Dans son esprit, les Rouge et Blanc traverseraient la France, des Pyrénées-Atlantiques à la métropole lilloise. Gare au coup de froid.

« On a un des pires stades de Pro D2, justifie-t-il. L’eau suinte à travers les murs de la tribune Blanco qui date des années 1970. On n’a pas des structures dignes du Top 14. Face à ça, on a deux solutions : soit on ferme, soit on déménage. » Face à cet ultimatum, Maider Arosteguy, la maire biarrote, reste sereine. « Je n’y crois pas un instant. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Martine Aubry, Lille a vocation à se doter d’un grand club de rugby mais il est hors de question de dénaturer ainsi le BO. » Difficile pourtant d’arrêter l’ancien international hongkongais dans sa démarche. Quand nous avons cherché à la joindre, il a assuré se trouver dans la métropole lilloise « pour préparer l’avenir ».

Le projet Aguilera au coeur de la brouille

Le divorce entre la ville de Biarritz et son club phare semble inéluctable. « C’est un coup de pression sur la mairie pour avancer sur le projet Aguilera », espère encore Nathan Cardet, vice-président des Miarritzeko Mutilak, un groupe de supporters. La plaine Aguilera, un projet immobilier « culturel à Biarritz, vieux de 20 ans » selon Aldigé, à l’origine de la brouille entre le volcanique président et la mairie. Le BO s’était mis d’ accord avec l’ancienne mandature pour vendre les 9 hectares que représente la plaine et y construire un quartier flambant neuf autour du stade et d’un nouveau centre de formation. Durant la campagne municipale, le deal était le même avec Maider Arosteguy.

Depuis, le lien s’est rompu. En désaccord sur le financement et le leadership du projet, la mairie a voulu temporiser. Elle vient d’obtenir la mise en compatibilité des documents d’urbanisme, point de départ d’une période de 24 mois pour rendre constructibles les terrains. Là où l’édile souhaite « avoir une vision globale sur le plus gros projet de la mandature » et faire appel à un urbaniste, le président du BO s’impatiente : « Le club n’a rien à voir dans la construction des 350 logements prévus. C’est une contre-vérité qui a largement été répandue par la presse locale basque, qui a peut-être des intérêts avec le club voisin (Bayonne, ndlr). On veut une rénovation de notre stade et la création d’un centre d’entraînement sur une tribune qui est déjà en place. »

« C’est pire qu’une fusion avec Bayonne »

Les relations sont depuis plusieurs mois très tendues entre le club et la mairie, où l’élue ne manque pas de souligner l’habitude d’Aldigé à rentrer en conflit avec tous ses interlocuteurs. « C’est une communication brouillonne, pas dans la maîtrise responsable qu’on attend de quelqu’un capable de gérer à long terme un club professionnel. » Maider Arosteguy, sans jamais citer le nom du président du BO, rappelle aussi qu’elle s’est engagée auprès de ses électeurs sur le centre d’entraînement. Un investissement de 8 millions d’euros, probablement le plus lourd de sa mandature.

Insuffisant pour Jean-Baptiste Aldigé. « Toutes les mairies de la région (Agen, Brive, Pau) ont fait évoluer leurs structures ces trois dernières années. Quand viendra le tour de Biarritz ? » Le président regrette le manque d’investissement de la ville. Car même en faisant augmenter ses ressources propres avec un sponsor record (voir encadré), le budget du club, estimé à 9,5 millions d’euros en 2020, reste insuffisant pour évoluer en Top 14. L’an dernier, celui d’Agen, bonnet d’âne de l’élite, s’élevait à 13,7 millions d’euros.

Pris entre deux feux, les supporters, qui ont contribué à l’élection de la maire de droite, en veulent surtout à Aldigé : « La délocalisation, c’est une insulte aux Biarrots, au Pays basque et à tout ce que représente l’identité basque. C’est pire qu’une fusion avec Bayonne (projet envisagé par une précédente direction en 2015, ndlr). » Les Miarritzeko Mutilak ont ainsi publié une lettre ouverte demandant le départ de l’ancien bordelais de 37 ans.

L’union sacrée ?

Jean-Baptiste Aldigé refuse toutefois d’endosser la responsabilité de la disparition du club. « Quand on est arrivé il y a trois ans, le club était déjà mort (rétrogradé administrativement en Fédérale 1 par la DNACG, ndlr). On l’a sauvé, le plan n’était pas de partir au bout de trois ans. Mais avec ces structures, on nous pousse dehors. » Il tient aussi à écarter les « malgré les soubresauts » vus ailleurs dans la presse sportive – il refuse, comme ses joueurs, de s’exprimer dans Sud-Ouest et France Bleu Pays Basque- pour qualifier les chances du BO d’accéder au Top 14.

« On est une équipe qui fonctionne normalement, pas agitée en interne. Je veux surtout mettre en avant le travail et les formidables résultats qu’ils ont eus. » Surtout, ce barrage d’accession présente un caractère exceptionnel : c’est le derby basque, « l’un des évènements sportifs les plus incroyables au monde », assure Aldigé. Sur ce point au moins, il s’accorde avec ses supporters. « C’est tellement irrationnel que le contexte au club ne peut pas peser », estime Nathan Cardet, avant d’ajouter que « ce n’est pas une semaine où on va critiquer, il y a une union sacrée. Après, est-ce que le sportif pardonne tout, chacun y trouvera sa réponse… » Une chose est sûre : si le BO monte mais déménage, la fête risque d’être de courte durée.

Aldigé : « Le partenariat avec Grindr ? Un symbole contre toutes les exclusions. »

On ne pourra lui reprocher d’être inactif. S’il dénonce depuis longtemps le manque d’investissements de la mairie dans le club, Jean-Baptiste Aldigé est allé chercher l’argent ailleurs. Le 26 mai dernier, le club biarrot a officialisé un partenariat maillot inédit avec l’application de rencontres LGBT+ Grindr. Une somme d’un million d’euros par an est évoquée par Rugbyrama, soit le deuxième plus gros montant alloué à un club de rugby professionnel par un sponsor maillot. Voilà pour l’objectif de développer des ressources propres.

Mais Aldigé va un peu plus loin et voit dans cette signature un clin d’oeil à son histoire personnelle. « J’ai vécu plus de 10 ans à Hong Kong, où le vivre-ensemble n’est pas une question. Le Pays basque est un territoire plus traditionnel et conservateur, il y a eu des chants homophobes à mon encore à notre arrivée, on nous appelait « les hongkongais ». Le partenariat avec Grindr est bien sûr un symbole fort de la lutte contre l’homophobie mais aussi contre toutes les formes d’exclusions. »