Top 14 : « On ne marque l’histoire que si on gagne un titre », lance Laurent Marti avant UBB-Clermont

INTERVIEW Le président de l’Union Bordeaux-Bègles ne se cache plus, il vise le Bouclier de Brennus

Propos recueillis par Clément Carpentier

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Laurent Marti, le président de l'UBB au milieu de ses joueurs.
Laurent Marti, le président de l'UBB au milieu de ses joueurs. — Daniel Vaquero/SIPA
  • L’Union Bordeaux-Bègles affronte ce samedi (20h45) Clermont en barrage lors des phases finales du Top 14.
  • Un match historique pour le club de Laurent Marti mais pas une finalité pour le président bordelais qui vise clairement le titre de champion de France dès cette saison.
  • En difficulté sur le plan financier avec la crise du Covid-19, il porte un projet de naming pour le stade Chaban-Delmas pour l’aider à combler la dette et met la pression sur la mairie pour l’instant hostile à celui-ci.

Historique. L’Union Bordeaux-Bègles va disputer ce samedi (20h45) son premier match de phases finales de Top 14 de son histoire face à Clermont devant 5.000 spectateurs au stade Chaban-Delmas. Un barrage bouillant entre les deux équipes qui visent une qualification pour les demi-finales qui auront lieu la semaine prochaine à Lille. Pour l’UBB, c’est une belle récompense après une saison régulière réussie sous les ordres de Christophe Urios. Une saison déjà historique pour le club avec également une demi-finale de Champions Cup il y a quelques semaines.

Mais les Bordelais ne veulent pas s’arrêter là, ils rêvent d’aller chercher le Bouclier de Brennus car l’appétit vient en mangeant pour Laurent Marti. Le président de l’UBB se confie à 20 Minutes avant cette rencontre capitale.

Que ressentez-vous avant ce match historique pour le club ?

Personnellement, je ne ressens rien de particulier. En revanche, je sens beaucoup de détermination au club. On est concentré sur le match qui arrive et c’est uniquement ça qui nous intéresse à l’instant T. J’ai juste une pensée pour toutes les Bordelaises et Bordelais qui ne pourront pas être au stade samedi [la jauge sera de 5.000 spectateurs].

Il n’y a pas plus d’excitation que ça ?

Non car se qualifier n’a jamais été une finalité pour le club ! Il s’agit juste d’une étape. La finalité, c’est de gagner le Brennus et c’est exactement ce que j’ai répété aux joueurs cette semaine et à l’ensemble des salariés. On ne se rappellera de vous que si vous gagnez un titre. Ici, les gens se souviennent de deux équipes. Celle qui a été championne de France en 91 et celle qui a obtenu sa remontée en Top 14 en 2011. Si on s’arrête là, tout le monde aura oublié dans deux ans. On ne marque l’histoire du club que si on gagne un titre.

Laurent Marti, le président de l'Union Bordeaux-Bègles.
Laurent Marti, le président de l'Union Bordeaux-Bègles. - REMY GABALDA / AFP

Aujourd’hui, vous assumez donc de viser le Brennus ? C’est nouveau…

On ne le dira jamais comme ça au début de chaque saison parce que si on le dit ainsi, on va tout de suite passer pour des prétentieux et ce n’est pas ce que nous sommes. On n’a pas encore l’expérience des grandes équipes mais il ne faut pas faire non plus de la langue de bois. On joue tous une compétition pour la gagner. Mais une chose est sûre, on continue de grandir.

Cette qualification valide en tout cas votre choix de prendre Christophe Urios ?

Je dis toujours qu’il faut trois choses pour réussir : un club sain qui vit bien dans son territoire et son contexte, un très bel effectif et c’est le cas et enfin, un très bon manager ! C’est ce que l’on a trouvé avec Christophe [Urios] et son staff. Il a amené ce petit plus qu’on recherchait depuis quelques années.

Avez-vous l’impression que les adversaires regardent différemment l’UBB ?

Pas complètement. Oui il y a un changement mais il n’est pas encore complet. Moi, je parie que si on fait un sondage là sur qui va gagner le Brennus sur les six qualifiés, l’UBB serait en bas de classement. Aujourd’hui, tout le monde parle de Toulouse, de La Rochelle et du Racing mais ça ne nous dérange pas pour autant.

Où en sont les finances du club ?

C’est très simple, on est sur un déficit prévisionnel de 10 millions d’euros. Une petite partie sera compensée par les aides de l’Etat, une autre par la solidarité des partenaires et des supporteurs et ensuite on a un PGE. Le problème, c’est qu’on rajoute avec ce PGE de la dette à la dette puisqu’il faudra bien le rembourser et qu’on avait ces dernières années un petit déficit récurrent. Cela m’inquiète car mes finances ne sont limitées et je ne veux pas arriver à la solution où il faut soit réduire la voilure ou soit faire rentrer un fonds d’investissement au capital. On a vu ce que cela a donné aux Girondins.

Vous aviez annoncé ouvrir le capital il y a quelques mois…

Cette augmentation de capital que j’avais proposé a attiré à l’époque quatre chefs d’entreprise. Depuis deux ont disparu et les deux autres seraient sûrement toujours partants mais cela représente de trop petites sommes pour faire cette augmentation. C’est donc un dossier en stand-by mais il faudra sûrement très vite le remettre sur la table.

La solution passe-t-elle par le naming du stade ?

C’est une opportunité qui s’est présentée à nous il y a un peu plus de deux mois. En plus avec une entreprise qui nous plaît, qui nous correspond. Une entreprise familiale, girondine qui viendra proposer un nom qui ne fait pas du tout commercial. Pour nous, c’est une fantastique opportunité. J’en ai d’abord parlé à Mathieu Hazouard [adjoint aux Sports à la mairie de Bordeaux] puis au maire Pierre Hurmic. Le premier a tout de suite été contre, le second n’a pas l’air chaud. Je trouve ça vraiment dommage de balayer ça d’un revers de main alors que l’on n’engage aucun argent public dans une telle opération. Ça me fait beaucoup de peine et me met clairement en difficulté sur le plan financier.

Le stade Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux.
Le stade Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Difficile de toucher au nom de Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux…

Mais on a énormément de respect pour Jacques Chaban-Delmas, on sait ce qu’il représente. On peut respecter le passé, sans vivre dans le passé ! Il faut vivre dans l’instant présent et l’instant présent, c’est sauver l’UBB ! Sauver ce qu’elle représente mais aussi son rôle social, les retombées économiques, ça pèse ça. Donc, j’ai beaucoup de mal à comprendre ces premières réactions radicales. Et puis, je rappelle au passage qu’on fait partie des gens qui ont sauvé ce stade avec l’association Préservons Lescure quand Mr Juppé a voulu en faire un projet immobilier il y a quelques années. Si on ne s’était pas battu, il n’existerait plus ! Et aujourd’hui, on vient m’embêter sur un changement de nom. Et si l’UBB coule demain, est-ce que ce stade va perdurer ? Je n’en suis pas sûr ! Je trouve gonfler de regarder son petit nombril et de ne pas penser à l’intérêt général ! Et que ferait Mr Chaban-Delmas s’il était parmi nous aujourd’hui, entre aider un club à se sauver ou garder un nom ? Poser la question, c’est y répondre.

Son nom ne pourrait pas être conservé ?

Non mais on pourrait par exemple renommer la tribune présidentielle, la tribune Jacques Chaban-Delmas. On peut garder un lien sans problème ! Je sais ce qu’il représente. La mairie a sûrement aujourd’hui une position politique et idéologique, à nous de montrer qu’il y va de l’intérêt général. En tout cas, j’espère qu’on pourra avancer sur ce dossier d’ici le début de la saison prochaine [Laurent Marti et Pierre Hurmic vont évoquer le sujet avant la rencontre entre l’UBB et Clermont ce samedi].

Autre dossier sensible, la rénovation du stade… Est-ce que cela avance ?

La mairie a décidé de mettre 4 millions d’euros sur la table mais pour faire quoi ? Financer une pelouse hybride d’ici 2023-2024, ça me paraît loin et pour changer les deux écrans géants qui sont complètement obsolètes. Puis, il y aura quelques petits travaux mais ce n’est pas ça qui va changer la vie de l’UBB. J’avais demandé si on pouvait m’aider à financer une salle de réception dans le haut du virage sud, la réponse a été non ! Du coup, à l’heure actuelle, ce projet est impossible et pourtant, on en a vraiment besoin !