Coupe d'Europe : Mais qui sont ces veinards qui vont assister à la finale La Rochelle-Toulouse à Twickenham ?

RUGBY En raison des restrictions sanitaires, il est quasiment impossible pour un supporteur installé en France de rejoindre Londres afin d’assister à la finale de Coupe d’Europe, ce samedi

Clément Carpentier et Nicolas Stival
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Bien sûr, ce photomontage est constitué d'images d'archives.
Bien sûr, ce photomontage est constitué d'images d'archives. — AFP
  • Les finales de Challenge Cup et de Champions Cup, vendredi et samedi, auront lieu à Twickenham devant 10.000 spectateurs.
  • Pour le choc entre La Rochelle et le Stade Toulousain, les supporteurs des deux équipes seront dans l’immense majorité des Français basés à Londres.

Pour un résident français lambda, il est sans doute plus facile d’escalader le Mont Blanc en tongs que d’assister à la finale de Champions Cup à Twickenham, ce samedi entre les Stades Rochelais et Toulousain. Le duel est 100 % tricolore, mais l’EPCR, en charge des compétitions européennes, a opté le 30 avril pour l’enceinte londonienne à la place du Stade Vélodrome de Marseille, qui patientera un an de plus.

La situation sanitaire en Angleterre, largement meilleure à l’époque qu’en France, a fait pencher la balance. 10.000 spectateurs (sur une capacité de 82.000) assisteront à l’affiche de samedi, soit autant que ce vendredi pour la finale du Challenge européen entre Montpellier et les « locaux » de Leicester. « Il reste moins de 100 places disponibles pour chaque match », assurait l’EPCR jeudi à 20 Minutes, tout en assumant la cible : « les billets sont destinés aux fans basés au Royaume-Uni. »

En théorie, Toulouse et La Rochelle auraient pu vendre chacun de leur côté 1.000 places pour un prix allant de 60 à 105 euros. Mais en raison des conditions sanitaires drastiques imposées au pays d’Owen Farrell, elles n’ont pas vraiment trouvé preneur. Pour un supporteur venu de France, il fallait s’isoler pendant dix jours à Londres et subir de nombreux tests PCR afin d’espérer assister à cette rencontre. Tout en sachant que ledit test coûte près de 200 euros de l’autre côté de la Manche…

« On nous a donné 1.000 places et 150 invitations au départ, précise le Stade Rochelais. Faute de dérogation, on a décidé de ne pas organiser des vols spéciaux pour le match. C’était bien trop compliqué. On n’a évidemment pas fait un tabac. On en a vendu environ 170, principalement à des supporteurs du club résidant à Londres et à des Irlandais grâce à Ronan O’Gara [l’entraîneur des arrières]. Pour les invitations, on va les dispatcher à des Français de Londres à travers le réseau de nos partenaires. »

Du côté de l’adversaire, la réponse est encore plus cash : « Nous n’avons vendu aucun billet en tant que Stade Toulousain. Seule la billetterie de l’EPCR en a vendu pour la finale car il y avait trop de restrictions pour les voyageurs français. Mais de nombreux compatriotes, vivant à Londres et aux alentours, ont visiblement pris des places. »

Des conditions d’accès « plutôt souples »

C’est le cas d’Elodie, 35 ans, native de Bordeaux mais supportrice de La Rochelle depuis sa tendre enfance. « Je suis installée à Londres depuis cinq ans maintenant et, bien sûr, je ne voulais pas manquer ce moment, explique-t-elle. J’ai obtenu ma place en passant par le site Internet du Stade Rochelais. » « Les conditions d’accès au stade sont plutôt souples, assure-t-elle. Nous ne sommes pas obligés d’être vaccinés, même si je le suis. Notre température sera prise à l’entrée, et on vérifiera que les spectateurs n’ont pas de symptômes. »

Le port du masque sera obligatoire dans l’enceinte du stade, sauf au moment de consommer de la nourriture ou des boissons en restant assis à sa place attribuée au préalable. La distanciation sociale devra être respectée à tout moment, précise de son côté l’EPCR.

« Et il sera interdit d’entrer à Twickenham avec un sac, même un sac à main pour les femmes », complète un autre Franco-Londonien, Thibault (29 ans). En Angleterre depuis 2012, le Haut-Garonnais de Revel, berceau de Christophe Pelissier, Laurent Labit et du Get 27, supportera bien entendu les Rouge et Noir. « J’ai acheté les billets sur le site de la RFU [la Fédération anglaise de rugby, propriétaire de Twickenham] avant même la demi-finale gagnée contre l’UBB. J’en ai pris deux, pour ma petite amie anglaise et moi. On viendra à sept ou huit avec des copains de mon équipe de rugby des Old Steetonians. »

Des photos envoyées à ses amis en France

Depuis le temple de l'ovalie, Thibault enverra des photos à ses amis de l’association du Huit, groupe de supporteurs du Stade Toulousain, contraints de rester en France. « On va essayer de les représenter », sourit le rugbyman amateur, bien conscient de sa « chance », alors que les fans de la Ville rose ne sont pas autorisés à se réunir en centre-ville. « Il n’y aura pas d’écran géant à Ernest-Wallon, tout est mort, regrette Jean-Marc Arnaud, président du Huit. Nous voulions faire une journée de nettoyage dans nos locaux puis regarder le match. Ce n’est pas autorisé. »

Un crève-cœur pour les clubs

Toulousains comme Rochelais de France vibreront par procuration, donc, comme les blessés ou les suspendus des deux équipes qui ont dû être laissés à quai, faute de place dans la petite délégation de 52 personnes pour chaque équipe, joueurs compris. Diffficile d’imaginer que des cadres tels que le capitaine Julien Marchand, Sofiane Guitoune et Yoann Huget côté toulousain, ou Pierre Aguillon chez les Rochelais, ne pourront pas assister à l’épilogue d’un roman européen dont ils ont écrit de belles pages.

« Le regard de Julien Marchand sur le parking mercredi soir, en quittant le stade, me marquera à vie », lâche Ugo Mola, le manager des Rouge et Noir. « C’est une grande tristesse », regrette plus sobrement le président rochelais Vincent Merling.

L’inconnue irlandaise

Ce samedi à Twickenham, les pensées des supporteurs veinards présents à Twickenham seront beaucoup plus joyeuses. « Malgré la jauge, je pense qu’il y aura une superbe ambiance, même si je m’attends à voir plus de supporteurs toulousains que rochelais », redoute Elodie la « Maritime ». Pas sûr, réplique Thibault. « Il y aura quand même pas mal d’Anglais, et j’en connais qui supporteront La Rochelle parce qu’ils ont une résidence secondaire à proximité. Bon, j’ai réussi à en convertir trois ou quatre… »

Autre incertitude : dans quelles mains sont tombés les billets achetés par des Irlandais de Londres avant les demi-finales, puis revendues après l’échec du Leinster à La Rochelle ? La question ne trouvera pas sa réponse avant ce samedi en fin de journée. Pourvu qu’elle ne se pose plus dans un proche avenir. « On espère 65.000 personnes l’an prochain à Marseille », veut croire l’EPCR. En espérant qu’il ne s’agisse pas cette fois d’une finale de Coupe d’Europe 100 % anglaise.