Toulouse-Clermont: «Il reste frais»... Comment le discret Franck Azéma se maintient au top niveau

RUGBY Le bienveillant entraîneur de l’ASM va tenter d’aller chercher son troisième bouclier de Brennus

Clément Carpentier

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Franck Azéma, le manager de l'ASM Clermont Auvergne.
Franck Azéma, le manager de l'ASM Clermont Auvergne. — Pascal Guyot / AFP
  • Clermont affronte Toulouse ce samedi (21h) en finale du Top 14.
  • Le secret Franck Azéma enchaîne les résultats exceptionnels depuis 13 ans avec Perpignan puis maintenant l’ASM.
  • Le Catalan aux fortes valeurs humaines a su s’adapter au rugby d’aujourd’hui.

Les effusions de joie, très peu pour lui. Encore plus en public. Ce dimanche après-midi, son équipe l’ASM vient pourtant de se qualifier pour la finale du Top 14, un an seulement après la pire saison de sa carrière d’entraîneur. Il pourrait exprimer son bonheur, être revanchard après les nombreuses critiques. Non.  Franck Azéma reste Franck Azéma.

Le Catalan préfère calmement enchaîner les interviews mais toujours avec sa même bonne humeur. Alors que tout le monde s’excite sur ce futur affrontement entre Toulouse et Clermont, les deux meilleures équipes de la saison, lui rappelle la base : « Une finale rêvée ? C’est quand tu la gagnes ! »

Une régularité au haut niveau hallucinante

Pour le coup, s’il y en a bien un sur cette planète qui sait de quoi il parle, c’est le manager auvergnat. Il peut et pourra témoigner devant des générations entières de la difficulté de franchir cette marche. Car avant toute chose, Franck Azéma, c’est une carrière d’entraîneur exceptionnelle au plus haut niveau avec Perpignan et Clermont depuis 13 ans :

  • 3 titres (deux Top 14 en 2009 et 2017 et une Challenge Cup en 2019)
  • 5 finales perdues (deux en Top 14 et toutes en Champions Cup)
  • 8 demi-finales (cinq en Top 14, trois en Champions Cup et une en Challenge Cup)

On vous épargnera les quarts de finale et autres barrages. « C’est l’un des grands entraîneurs de notre championnat », affirme aujourd’hui le pilier international, Thomas Domingo, qui l’a connu pendant de longues saisons sous le maillot des Jaunards. Un entraîneur qui a surtout franchi les étapes les unes après les autres.

Tout vient à point à qui sait attendre

De Céret, petit village catalan, au plus haut niveau : « C’est sa grande qualité, il a une grosse humilité. Il sait s’intégrer et intégrer. A Perpignan, il était le coach des Espoirs (2004-2006) et du jour au lendemain, il se retrouve à codiriger l’équipe pro. Il n’a pas tout chamboulé, il s’est simplement imposé naturellement sans faire de bruit », explique Jean-Philippe Grandclaude, l’ancien centre de l’Usap. A cette époque, il apprend aux côtés de Jacques Brunel en tant qu’entraîneur des arrières. Résultat : un Brennus en 2009 et une finale en 2010.

Un poste qu’il occupera aussi à Clermont dans l’ombre de Vern Cotter avant de passer numéro 1 en 2014. C’est là que Thomas Domingo découvre le Franck Azéma manager : « Il est perpétuellement en train de se remettre en question et il sait bien s’entourer. » « Il n’est pas comme ses coachs qui veulent tout diriger, lui responsabilise et délègue. Et surtout pour moi le plus important, c’est qu’il n’a pas changé. Il reste le même. Il reste frais », ajoute Grandclaude qui le recroise régulièrement du côté de Perpignan.

Il a apprivoisé le nouveau monde

Même si « son sens tactique et stratégique n’est plus à démontrer » comme le souligne Ugo Mola, c’est bien sur les qualités humaines que se rejoignent tous ceux qui l’ont côtoyé. Comme tout grand manager, Franck Azéma « a une relation forte avec les hommes, il est franc et honnête même quand tu joues moins comme moi à la fin. Il a toujours été clean » pour Domingo. Jean-Philippe Grandclaude précise :

« Je ne veux pas dire que c’est un manager à l’ancienne car il a surtout réussi la transition vers le rugby d’aujourd’hui. Mais, il reste très humain ! Il a gardé ce côté affect très prononcé d’il y a encore quelques années dans notre sport. Comme Urios ou Mola, il n’est pas aseptisé. C’est un mec transparent. »

Franck Azéma avec sa chernière Lopez - Laidlaw.
Franck Azéma avec sa chernière Lopez - Laidlaw. - Alain Coudert/sportsvisio/SIPA

Un entraîneur qui n’a pas froid aux yeux à l’image des nombreux jeunes qu’il a lancés au plus haut niveau avec souvent beaucoup de réussite (Mermoz ou Porical avec l’USAP et Penaud, Iturria, Falgoux ou Concoriet avec l’ASM). Ce samedi (21h) face à Toulouse, ils devraient encore être nombreux sur le pré sous les ordres du Catalan. A titre personnel, Franck Azéma visera son troisième Brennus. Finalement aujourd’hui seule la Champions Cup lui résiste. Mais on peut mettre une pièce sur le fait qu’il y arrivera.