France-Galles: Qui sont les inconscients qui vont encore voir jouer le XV de France?

RUGBY Les résultats récents des Bleus n'incitent pas, a priori, à se rendre au stade...

N.C. et J.L.

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Le public français lors du match entre le XV de France et la Nouvelle-Zélande, le 17 novembre 2017 au Stade de France.
Le public français lors du match entre le XV de France et la Nouvelle-Zélande, le 17 novembre 2017 au Stade de France. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Le XV de France débute le Tournoi des VI Nations face au pays de Galles, vendredi. 
  • Les Bleus restent sur des résultats très décevants, notamment le dernier match de l'année 2018 perdu à domicile contre les Fidji.
  • Conséquence de cette mauvaise passe, la Fédération peine à remplir convenablement le Stade de France.

Qui veut encore voir le XV de France ? Pardon de poser la question comme ça, de manière un poil abrupte, mais c’est vraiment ce que l’on se demande avant le premier match du Tournoi des VI Nations, vendredi, face au pays de Galles. Pas besoin d’être Sherlock pour déceler le traquenard. Quatre indices sont posés là, sur le sol, écrits en majuscules au feutre rouge :

  • Après avoir échoué à la 4e place du dernier Tournoi, l’équipe de France a alterné ces derniers mois défaites et humiliations, jusqu’à la fameuse bouillie face aux Fidji (14-21).
  • Le fond de jeu est devenu un truc qu’on raconte à nos enfants au coin du feu.
  • Les Gallois sont invincibles depuis le dernier VI Nations, avec notamment deux victoires contre l’Afrique du Sud, une contre l’Australie et un éclat de 50 points mis aux Tonga.
  • Un petit 3°C avec averses givrantes à vous attaquer les bronches pendant une bonne semaine.
     

Lors de la tournée de novembre, le Stade de France avait sonné creux, avec 50.000 spectateurs en tribunes contre les Springboks et 42.000 face au Fidji, où l’on a évité la pire affluence de l’histoire (36.000 spectateurs face aux Îles Samoa en 2012) grâce à une distribution d’invitations à grande échelle et des rabais de dernière minute sur les billets. « Franchement, je les comprends. On perd, il n’y a pas de spectacle donc c’est normal que les gens ne viennent pas, reconnaissait Teddy Thomas à cette époque. C’est à nous de redonner envie aux gens de venir au stade, de se déplacer, de crier, de pousser derrière nous. »

Vendredi, environ 60.000 personnes sont attendues, selon la Fédération. On a demandé à cinq d’entre elles ce qui les motive avant de prendre la direction du Stade de France.

Celui qui aime ce sport (et les verres avec ses potes) : Pierre

« Ce sera mon premier match au Stade de France pour voir l’équipe de France et j’ai vraiment envie d’y aller, même si la place était un peu chère. Le rugby, c’est mon sport fétiche. Le bilan est très mauvais, on est d’accord, mais vendredi il y aura une équipe qui a de la gueule sur le terrain. Il peut y avoir un bel exploit, et derrière ça peut enchaîner. La France marche à la confiance, j’ai envie de croire au sursaut d’orgueil. En tant que Rochelais, j’en vois quatre sur la feuille de match, ça me donne envie. Comme une ligne de trois-quarts rapide avec des joueurs de Toulouse et Clermont, ce qui se fait de mieux en ce moment. Bon, si on ne gagne pas, ce sera pas dramatique non plus. J’y vais avec des amis, il y aura deux trois verres avant et quatre/cinq après. Mais une victoire emballerait un peu la soirée. »

Celui qui y va pour le boulot : Maxime, fondateur de la banda Kalimucho, qui jouera pendant le match

« On sera une petite trentaine au stade, et aucun musicien ne s’est désisté en nous disant qu’il s’ennuyait devant cette équipe. Evidemment que le XV de France ne nous donne plus le plaisir qu’il nous procurait il y a encore quelques années, mais si tout le monde les lâche, ce sera encore pire, non ? Déjà, voir le troisième anneau vide pour le match contre l’Afrique du Sud lors de la tournée d’automne, ça nous avait fait drôle. A chaque fois qu’on y va, on se dit qu’ils sont tout neufs et que cette fois ça va le faire. Après, on s’adapte à ce qu’on voit sur le terrain. L’air de la Pena baiona ça marche toujours, mais l’air fédérateur c’est La Marseillaise. Le problème, c’est qu’il faut être devant au score pour ne pas être ridicule. Maintenant, on attend les 2-3 dernières minutes, mais on n’est sûrs de rien au vu des derniers matchs. »

Celui qui croit en sa bonne étoile : Mathieu

« Maintenant que vous me demandez pourquoi j’y vais, il faut que je prenne le temps de réfléchir. En fait, c’est une habitude que j’ai prise depuis trois ans. Je vais voir un match du tournoi chaque année et je trouve l’ambiance assez dingue à chaque fois. Il faut dire que j’ai eu de la chance, j’ai peut-être assisté aux seules victoires mémorables des Bleus ces derniers temps. Bon, je suis aussi allé voir France-Japon [23-23 en novembre 2017]... C’est impossible de prévoir ce que ça va donner avec cette équipe, dans les deux sens. Si ça me dérange d’y aller le vendredi soir alors qu’il fera -10 ? Déjà, c’est pas trop loin de l’heure de l’apéro. Et puis je sors de deux semaines en Laponie pour le boulot, là c’était le vrai froid. Il doit me rester une ou deux chaufferettes, je vais m’en sortir. »

Celui qui ne s’avouera jamais vaincu (même si c’est pas toujours facile) : Franck, président délégué de la Fédération des supporters de rugby

« Il n’y a pas de désaffection chez les supporters de rugby. Que le jeu ne fasse pas rêver, c’est compliqué de dire l’inverse. On n’a pas une confiance énorme dans ce XV de France, mais aussi envie de continuer à croire que ça va redémarrer, que ces joueurs vont se lâcher. Est-ce que j’y vais toujours avec plaisir ? J’avoue que les dernières fois, je n’en ai pas pris. On peut même dire que je me suis emmerdé, même lors de la victoire contre l’Argentine. Mais je ne peux m’empêcher d’espérer un XV de France qui se remet à jouer. Peut-être parce que je suis un peu vieux et que j’ai connu le french flair. J’aimerais revoir des coups de folie. Ces joueurs ont le potentiel. Après, est-ce qu’ils ont l’autonomie pour l’utiliser, ça j’en doute. Ils ont de moins en moins cette liberté. Je rejoins les anciens pour qui "tout pour la puissance et la muscu" ne fait pas rêver. Et en plus, ce n’est pas efficace. Après, attirer les gens au stade, c’est un tout. Il y a le jeu et l’ambiance, surtout dans un sport où la troisième mi-temps fait partie intégrante du truc. A Rome, à Edimbourg, il y a une vie autour du stade. Elle n’existe pas à Saint-Denis. »

Celui qui connaît quelqu’un qui connaît un joueur : Ahmed

« J’y vais parce que mon meilleur pote est le grand frère de Demba Bamba (18 ans, appelé pour la première fois par Brunel en novembre). On sera une dizaine, ça va être très spécial, pour moi comme pour la famille. Il y a beaucoup d’attente autour du "petit" et du match. Ça englobe beaucoup de choses, c’est la première fois que je vais voir le XV de France et c’est une sacrée première. Malgré les derniers résultats, je trouve que l’équipe donne envie de la regarder. De toute façon elle ne peut pas faire pire ! Après, j’espère que je vais aimer l’ambiance. Je crains que ce soit calme, j’ai entendu plein de gens dire que c’était un public de spectateurs plus que de supporters. Bon, j’espère quand même prendre du plaisir, être dans les tribunes du Stade de France ça n’est pas donné à tout le monde. »