XV de France: La victoire contre les All Blacks, «peut-être un très grand pas en avant» pour la popularité du rugby féminin
INTERVIEW•La capitaine du XV de France, Gaëlle Hermet s'est confiée sur l'exposition grandissante du rugby féminin dans l'Hexagone...Propos recueillis par William Pereira
L'essentiel
- L’équipe de France féminine a battu la Nouvelle-Zélande la semaine dernière (30-27).
- Les Bleues se sont imposées devant plus de 17.000 spectateurs à Grenoble.
- Gaëlle Hermet, capitaine du XV de France, parle pour 20 Minutes de la popularité croissante du rugby féminin français.
En politique, on parlerait d’inversion des courbes. Au moment où se pose la question de l’inquiétant déclin du rugby masculin en France - malgré le récent succès encourageant des Bleus contre l’Argentine - commence à monter la hype du rugby féminin tricolore. Les Françaises ont battu la Nouvelle-Zélande 30-27 le 17 novembre devant plus de 17.000 supporters à Grenoble.
Cette affluence, la deuxième meilleure de tous les temps pour le XV féminin, atteste d’un intérêt croissant pour la discipline qui finira bien par poser un jour la question du professionnalisme en France. En attendant cette révolution, on a demandé à la capitaine tricolore Gaëlle Hermet de faire la promo de son équipe et du rugby féminin.
Quel est l’état d’esprit dans le groupe, plusieurs jours après cet exploit contre la Nouvelle-Zélande ?
On vient de prendre conscience de ce qu’on vient de faire. Il y a beaucoup d’émotion, beaucoup de joie, de rires, de cris. Maintenant on sait que c’est le fruit d’un travail qui doit perdurer, on sait que c’est une première marche de franchie avant la prochaine Coupe du monde en 2021 qui est un de nos objectifs sur le long terme. Nous étions très, très contentes de pouvoir affronter les Blacks en France, c’est vraiment chouette pour le rugby féminin.
Vit-on les meilleures heures du rugby féminin français ?
Ouais, peut-être. Il n’y a pas que ça… Je pense que ce résultat est le fruit d’un travail de longue haleine. Ça date de bien avant 2014, il y a des joueuses qui se sont battues pour que le rugby féminin en arrive là, et aujourd’hui il y a un bel engouement autour du rugby féminin. On en a conscience.
Est-ce que ce France-All-Blacks est une date clé du rugby féminin français. Il y aura un avant-après comme on a pu le voir plusieurs années en arrière pour le foot féminin ?
Probablement, c’est une date clé qui va rester ancrée dans nos têtes, maintenant le but c’est de les rejouer avant la prochaine Coupe du monde, en plus le Mondial sera chez elles. Le but c’est de jouer le plus de matchs de très, très haut niveau et on le voit, le rugby féminin ne cesse de progresser. Mais oui, c’est une date qui a marqué les esprits et surtout dans ce stade emblématique de Grenoble qui est un peu notre Stade de France à nous, j’ai l’impression.
En termes de popularité, cette victoire, elle change quoi ?
Je ne sais pas si ce match va faire en sorte qu’une nouvelle ère commence ou plutôt qu’un mouvement va se lancer… Mais c’est vrai que là, le fait que notre match ait été diffusé sur France 2 pour la première fois, ça c’est vraiment quelque chose de valorisant, qui prouve que les gens s’intéressent au rugby féminin. C’est peut-être un très grand pas en avant.
Comment le vivent les plus anciennes du groupe français, qui ont longtemps joué dans l’ombre et passent maintenant à la lumière ?
Pour les anciennes qui sont là depuis des années, qui se sont battues pour que tout ça arrive, c’est une belle reconnaissance pour elles, et je pense que ça leur fait chaud au cœur.
Tu parlais du stade de Grenoble comme de votre stade de France, il y a eu de belles affluences là-bas, mais en dehors des affiches de top niveau, où se situe pour toi la popularité globale du rugby féminin en France ?
On n’était pas loin du record d’affluence en France contre la Nouvelle-Zélande [17.102 contre 17.440 contre l’Angleterre, déjà à Grenoble]. On le voit que ce soit au niveau international ou au niveau national pour les clubs, qu’il y a de plus en plus de monde qui vient nous voir, qui s’intéresse au rugby féminin, les stades se remplissent de plus en plus. Les gens nous remercient pour ça, c’est à nous aussi de les remercier et d’être présentes… Tout ça, on ne pourrait pas le vivre s’ils n’étaient pas là.
Qu’est-ce qui explique, dans l’identité de l’équipe aussi bien sur le plan sportif qu’en dehors, votre popularité ?
Le fait qu’on soit nous-mêmes que ce soit sur ou en dehors du terrain. Notre état d’esprit c’est de prendre du plaisir, d’être toujours souriante, d’avoir la tête sur les épaules. Notre identité c’est d’êtres humbles et affamées [c’est le slogan de l’équipe] mais de garder les pieds sur terre au niveau médiatique et sur le terrain.
Au niveau personnel, comment se concrétise cette nouvelle popularité ? Le téléphone sonne plus souvent, le public te sollicite… ?
Là ça fait un an que je suis capitaine et ça a été un peu nouveau tout cet aspect… Ces sollicitations des médias, je n’y étais pas habituée. On en parle beaucoup entre joueuses, on se rend compte qu’on reçoit de plus en plus de messages pour nous féliciter. Ça nous touche et on a envie de nous donner encore plus pour ces gens-là, aussi pour les médias qui veulent valoriser le rugby féminin. Aujourd’hui j’en ai conscience et je sais que c’est important pour le développement du rugby féminin.
Tu es un peu dans un rôle d’ambassadrice quelque part ?
Oui, les sollicitations sont importantes parce qu’elles permettent de parler de rugby féminin, de faire part de notre ressenti sur notre sport.
Tu es capitaine de l’équipe de France, mais quel est ton statut aujourd’hui ? Semi-pro ?
Aujourd’hui le rugby féminin est en train d’évoluer, des choses se mettent en place. On ne vit pas de notre sport, on concilie un double-projet qui pour moi est essentiel. Pour moi c’est vraiment important d’avoir ce double-projet qui est à la fois d’être étudiante et de pouvoir pratiquer mon sport. Mais là, il y a vraiment une très grosse ascension du rugby féminin.
Tu penses que le professionnalisme dans le rugby féminin français sera envisageable pendant ta carrière ?
Je pense que la question se pose pour tout le monde, ça évolue doucement et positivement, mais je ne saurais pas le dire. Le but pour le moment c’est de pouvoir gérer ce double-projet et de nous entraîner, de nous reposer pour pouvoir être encore plus performantes. Les Blacks et les Anglaises sont passées professionnelles, je ne pense pas que ce soit pénalisant pour nous. Je pense que le fait de jouer des matchs comme ça face à des grosses nations comme ces deux nations ou le Pays de Galles et l’Irlande nous fait progresser. Mais quand on a joué les Blacks, on s’est préparé de la même manière que pour n’importe quel autre match sans se mettre de pression supplémentaire.
Le moment de gloire du XV de France féminin coïncide avec une période plus inquiétante pour le rugby masculin…
Il ne faut pas comparer le rugby masculin au rugby féminin, on a tous le même projet. Peut-être qu’ils ont connu des moments difficiles mais ils ont montré qu’ils étaient capables d’être là et de répondre présent aux différentes échéances. Justement il faut que les deux équipes se soutiennent mutuellement pour avancer ensemble.
Quelle est la différence entre le rugby féminin et le rugby masculin et d’après toi est-ce qu’il faut cultiver cette différence ou à tout prix essayer de tendre vers ce qui se fait en rugby masculin ?
Pour moi, nous, on apporte notre touche de féminité dans le rugby, c’est une des choses que les gens apprécient et il faut le garder. C’est le fait de… Bah voilà, chez nous, notre projet c’est de jouer simple, vite et fort, d’envoyer du jeu, de jouer main-main. C’est beaucoup de jeu, beaucoup de fluidité, voilà ce qui nous ressemble.
Vitesse dans les transmissions, fluidité, et évitement ?
Oui voilà, exactement. Après des impacts, il y en a, on a été capable de montrer que les contacts pouvaient être rudes et qu’on était bien présente aussi dans le combat. Notre philosophie c’est de jouer simple, vite et fort, franchir la ligne, mettre des ballons dans le dos, envoyer des ballons en l’air… C’est du rugby, tout simplement et, nous, on veut apporter notre touche de féminité à ça.


















