Jacques Brunel a apaisé le climat autour du XV de France, c'est déjà pas mal.
Jacques Brunel a apaisé le climat autour du XV de France, c'est déjà pas mal. — FRANCK FIFE / AFP

RUGBY

XV de France: «Qu’elle donne tout, ça sera déjà pas mal…», on a cherché les motifs d'espoir de l'ère Brunel

Après un cinquième revers de rang, le XV de France se cherche des raisons de croire à des lendemains meilleurs...

  • Battu sur le fil face à une faible équipe d'Afrique du Sud, le XV de France traverse une période très compliquée de son histoire. 
  • Le remplacement de Guy Novès par Jacques Brunel semble dependant avoir (un peu) porté ses fruits. 
  • On a cherché pour vous les motifs d'espoir pour cette équipe à moins d'un an du Mondial au Japon. 

A-t-on vraiment besoin d’attendre la fin de la tournée de novembre du XV de France pour dresser un premier bilan de l’ère Tonton Brunel ? Si on pose la question, c’est que la réponse est non. A l’heure d’aller se jauger face aux Pumas - que l’on retrouvera dans notre groupe à la Coupe du monde au Japon l’an prochain -  et après une cinquième défaite de rang (le premier qui parle de défaite encourageante a perdu) contre des Springboks pourtant venus en claquettes, l’heure est venue de faire les premiers comptes.

Si on s’en tient aux seuls résultats, pas besoin de faire intervenir de spécialistes, on est assez grand pour le faire : c’est mauvais. Depuis qu’il a pris en charge le groupe France, un soir de novembre 2017 pluvieux et de match nul pas loin d’être honteux contre les Japonais à la U Arena de Nanterre, Jacques Brunel et ses joueurs affichent un piteux bilan de six défaites pour deux victoires. C’est pas encore le ratio de l’AS Monaco en Ligue 1, mais on s’en rapproche tout doucement.

Non, avec cette équipe de France, la meilleure posture à adopter est celle du maître d’école face au cancre de la classe. Avec mansuétude. En se focalisant, comme le disait Robert Louis Stevenson, non pas sur la destination mais sur le voyage en lui-même. Là, on peut éventuellement apercevoir un brin de lumière dans ce ciel de désolation. Quatre, même.

>> Motif d’espoir n°1 : Le climat autour de l’équipe de France.

Ce n’est un secret pour personne, le président de la fédération française Bernard Laporte et l’ancien sélectionneur Guy Novès s’appréciaient au moins autant que deux ultras du PSG et de l’OM qui se rencontrent dans une ruelle sombre. Avec Brunel, c’est différent. Les deux hommes s’estiment et se respectent, et mine de rien ça change quand même pas mal la donne. « C’est vrai que les relations se sont apaisées au sein de la Fédération entre le sélectionneur et le président, note l’ancien sélectionneur Marc Lièvremont. Ce n’est pas rien car, déjà que ce n’est pas facile d’être sélectionneur, mais si en plus l’équipe de France doit évoluer dans un climat de tension permanente, ce n’est pas possible. C’est la seule véritable avancée que je peux noter depuis un an mais elle est importante. »

Cela se traduit par un relatif effacement du président Laporte qui, à l’inverse, n’était pas le dernier à sortir le sabre quand les choses ne tournaient pas bien avec Novès. Aujourd’hui, plus question de fixer d’ultimatum de victoires au sélectionneur, ce que n’a pas manqué de noter Novès, non sans une pointe d’ironie, dans les colonnes du Parisien. Pour l’ex-talonneur du Stade Français Fabrice Landreau, « Laporte a peut-être pris conscience qu’il avait commis des erreurs en fixant comme ça des ultimatums, des exigences de résultats et il a décidé de changer de méthodes ». Mais peu importe finalement que Laporte soit devenu moins oppressant par copinage ou par discernement, tout le monde est d’accord pour dire que ce XV de France en déconfiture a besoin d’un tandem président de fédé-sélectionneur qui marche main dans la main.

>> Motif d’espoir n°2 : L’état d’esprit des joueurs

Après le match nul bien, bien nul, face au Japon le 25 novembre 2017, on avait laissé une équipe de France totalement à la ramasse, rincée, dépitée, perdue. Une équipe qui donnait la sentiment de pouvoir se faire taper par à peu près tout être humain (enfant et vieillard compris) qui possède deux jambes et deux bras.

« Aujourd’hui, au moins, les joueurs démontrent de la motivation, du caractère, ils mouillent le maillot comme on dit dans ce cas-là. En termes d’attitude, on sent qu’il y a quand même eu un changement. Et puis on voit des joueurs qui semblent plus en capacité de s’impliquer,  se responsabiliser, de prendre du plaisir. C’est important car on avait l’impression que tout cela avait un peu disparu sous le prédécesseur de Jacques Brunel », juge Thomas Lombard, l’ancien international tricolore et consultant sur Canal +.

« De l’extérieur, confirme Olivier Magne, il me semble que l’état d’esprit est bon. Ces derniers matchs ont montré une certaine volonté, une envie de jouer, chose qu’on voyait moins sous le précédent sélectionneur. Dans l’état d’esprit, on sent que les joueurs ne trichent pas. »

>> Motif d’espoir n°3 : Un (léger) mieux dans le jeu

Bon, c’est bien beau tout ça, mais ça se saurait si on pouvait gagner des matchs et stopper une spirale infernale de défaites grâce au seul état d’esprit et à un climat apaisé. Alors, il donne quoi au niveau du jeu ce XV de France version moustache ? Sur ce point, nos consultants sont moins unanimes. Si Marc Lièvremont nous explique qu’il est « objectivement difficile de dire qu’il y a eu réellement une amélioration notable dans le style de jeu », pour Fabrice Landreau en revanche « il y a une signature au niveau du jeu qui est en train de se mettre en place. Je pense que le message de Brunel c’est de continuer à avoir de l’audace, de garder cet état d’esprit et de faire preuve de plus de lucidité ».

Une forme de positive attitude que partage Thomas Lombard : « Sur les fondamentaux du jeu, on a vu une structure défensive qui était bonne, la conquête est bonne, la touche est meilleure et on a retrouvé un tant soit peu de leadership autour de garçons comme Bastareaud, Maestri ou Fickou. On sent que les choses qui sont en train de bouger. » Les avis sont donc assez partagés. Et au milieu de tout ça, il y a Olivier Magne qui veut bien concéder un léger mieux, « même si on reste quand même sur notre faim. Le problème c’est que le temps presse. »

>> Motif d’espoir n°4 : Une exigence revue à la baisse

La Coupe du monde au Japon est demain (du 20 septembre au 2 novembre 2019), c’est un fait, mais on peut aussi relativiser et se montrer, comme Olivier Magne, « honnête et ne pas être dans le déni : la France ne va pas gagner la prochaine Coupe du monde et ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on lui demande. A la limite, pour l’instant, tout ce qu’on attend d’elle c’est qu'elle se batte, qu’elle donne tout, ça sera déjà pas mal. » La résignation de « Charly » a quelque chose d’un peu effrayant mais de tellement réaliste à la fois. A l’écouter, on se demande finalement si la plus grande des victoires du XV de France n’est pas de nous avoir habitué à ne plus fonder aucun espoir en elle. Pas con: si on ne s’attend à rien on est sûr de ne pas être déçu.

Au fil des défaites et de la chute du XV au classement mondial, les prédécesseurs de Jacques Brunel lui ont fait le plus beau cadeau du monde : l’indifférence du public. Les audiences télé sont en bernes, la Fédé brade ses places et peine malgré tout à rameuter plus de 40.000 personnes au Stade de France pour un match face aux Springboks, et la presse sportive elle-même semble peu à peu se désintéresser de l’équipe de France. Lors du dernier point presse à Marcoussis, nous étions à peine une dizaine à avoir daigné se déplacer.

On peut trouver ce sombre tableau préoccupant, ou alors on décide de voir la gourde à moitié pleine. « Léquipe de France perd depuis pas mal de temps et ce quelque soit le sélectionneur, il y a donc une forme de fatalisme qui s’installe, valide Marc Lièvremont. Les gens se rendent bien compte que ce n’est pas forcément la faute du sélectionneur et de son staff mais que c’est un vrai problème de fond. Il y a une forme de clémence qui s’instaure. » Et si c’était ça finalement, la clé du bonheur et des succès futurs : Aller au Japon sans pression, à la Jean-Claude Duss ? On ne sait jamais, sur un malentendu…