Coupe d'Europe: Jeu défensif, ennuyeux, manque d'âme... Ces clichés sur le Racing, «c’est de la mauvaise foi»

RUGBY Julien Brugnaut, ancien pilier du club, nous raconte comment l'image du Racing est bien loin de la réalité...

Propos recueillis par J.L.D.

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Le Racing 92 est en finale de la Champions Cup pour la deuxième fois en trois ans.
Le Racing 92 est en finale de la Champions Cup pour la deuxième fois en trois ans. — Nicolas Tucat / AFP

Le Racing 92 affrontera samedi le Leinster en finale de Coupe d’Europe de rugby… et cela ne semble pas enthousiasmer les foules. Affublés de nombreux clichés, jeu moche, équipe sans âme, mercenaires, absence de soutien populaire, le Racing fait son chemin et cherche un peu d’amour. Du coup, on a discuté de toutes ces idées reçues avec Julien Brugnaut, ancien international Français qui a passé sept années là-bas de 2010 à 2017.

On présente le Racing comme ayant un jeu ennuyeux et trop défensif. En tant qu’ancien joueur, c’est une réalité que vous avez constaté sur le terrain ou cela vous semble une caricature ?

C’est vrai qu’à l’époque de Pierre Berbizier (entraîneur de 2007 à 2012), notre jeu était assez porté sur les avants, où le but était, pour exagérer, de rouler sur les équipes avant de lancer les chevaux derrière. Cela a évolué avec son départ et l’apport de joueurs plus instinctifs comme Imhoff ou Dulin… Mais quand Labit et Travers (entraîneurs depuis 2013) sont arrivés, c’était avec un groupe à reconstruire, et forcément on pose d’abord les fondations défensives. Du coup, cette image est restée.

Et c’est le cas cette saison également ?

Cette saison, dire que le Racing pratique un jeu défensif, c’est de la mauvaise foi. Il suffit de voir le nombre de bonus offensifs récoltés. Après forcément, c’est une étiquette qui va leur coller à la peau quelque temps, cela prendra des années pour enlever cette image d’un Racing ennuyeux. Après oui, le Racing reste excellent dans cet exercice, il gagne contre le Munster (en demi-finale) plus grâce à sa défense que grâce à ses trois essais en vingt minutes. Mais quand tu es en phase finale, l’important c’est de gagner, pas de faire du beau jeu juste pour faire du beau jeu.

Une autre image colle à la peau du Racing, c’est le manque de soutien populaire et de public…

Oui, on est souvent raillés dans les médias sur le nombre de supporter dans notre stade. Pourtant, après sept ans là-bas, je peux dire qu’ils sont très bien et très passionnés. Alors oui, ils ne seront jamais aussi bruyants que les supporters Catalans ou Clermontois… mais aucun joueur du Racing n’a jamais eu à se plaindre d’un manque de soutien de la part du public, jamais.

Le Racing est souvent présenté comme une équipe sans âme et sans histoire. C’est quelque chose qui vous énerve ?

C’est surtout que cela m’étonne ! Le Racing est le premier vainqueur du championnat de France, a gagné 6 fois le Brennus, c’est l’un des plus vieux clubs en France… Pour un club sans histoire, c’est déjà pas mal ! Et quand on arrive au club, on sent le poids de ce passé et de cette institution. Monsieur Lorenzetti (le président du club) a par exemple tenu dès son arrivée a organisé des rencontres entre les joueurs actuels et les champions de France 1990. Il y a également un gros travail avec les jeunes. Le club mise beaucoup sur la formation, notamment avec le travail d’Anthony Cabaj et Florian Guichard, les entraîneurs des jeunes, pour former des joueurs au plus haut niveau. De nombreux jeunes formés évoluent d'ailleurs à présent dans l'équipe première. Le passé du Racing, on le connait, on le revendique et on le porte sur le terrain. J’étais d’ailleurs très surpris d’entendre dans ma carrière de nombreux joueurs d’autres équipes me questionnait sur l’ambiance là-bas et sur comment ça se passait, comme si l’équipe n’avait réellement aucune identité ou solidarité.

Ce qui est bien sûr faux…

Bien sûr ! A les entendre ou à lire certains médias, on croirait que les joueurs du Racing viennent à l’entraînement, font leurs séances puis repartent sans se parler. Durant ma carrière là-bas, j’ai vécu avec un groupe soudé et uni. Et pourtant, on n’a pas vécu que des bons moments, sur le terrain ou en dehors. De toute façon, Pierre Berbizier disait : « C’est en défendant qu’une équipe montre son âme. » Et évidemment que le Racing en a une !

Mais justement, cette fausse image du Racing et tous ses clichés véhiculés, à quoi les expliquez-vous ?

Quand je suis arrivé en 2010, j’ai surtout senti un sentiment de jalousie. Le club avait été repris il y a peu de temps, avec de grosses signatures, et beaucoup d’équipes critiquaient cette façon d’atteindre le plus haut niveau. Après, il y a bien sûr les premières tentatives de gros transferts de Jacky Lorenzetti, qui ont pu véhiculer l’image d’une équipe de mercenaires. Et puis, le Racing reste un club comme aucun autre, il y a donc forcément de l’incompréhension. On s’entraîne dans une ville, on joue dans une autre… On défend plus un département qu’une ville précise. Mais bon, pour nous, cela ne change rien, on se bat pour le maillot plus que pour une localité précise. Après, ce sont plus des clichés qui ont la vie dure que de réels reproches méchants sur le club. En sept ans avec le maillot bleu et blanc, je n’ai jamais vu sur aucun terrain de rugby du désamour pour le Racing.