Coupe du monde 2017: «Avec les féminines, j'ai retrouvé les valeurs du rugby que j’avais connues il y a trente ans»

RUGBY L’équipe de France féminine joue son troisième match de poule ce jeudi contre l’Irlande…

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin
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Fabrice Ribeyrolles a entraîné La Rochelle entre 2011 et 2014.
Fabrice Ribeyrolles a entraîné La Rochelle entre 2011 et 2014. — XAVIER LEOTY / AFP

Il ne reste plus qu’à terminer le boulot. Après les deux claques infligées au Japon et à l’Australie, la France ne doit pas perdre contre l’Irlande (ce jeudi soir à 20h45) pour être assurée de terminer leader de sa poule et se qualifier ainsi pour les demi-finales de la Coupe du monde du rugby féminin. Avant cette affiche, Fabrice Ribeyrolles l’entraîneur de l’ASM Romagnat, membre du Top 8, est revenu sur l’évolution du rugby féminin et les différences qu’il a pu trouver dans le coaching, lui qui a aussi entraîné des équipes masculines.

Qu’avez-vous pensé du début de Mondial des Bleues ?

Elles sont bien en place, que cela soit dans le jeu ou défensivement. Physiquement, elles sont aussi en forme. Les filles adhèrent au projet de jeu des deux entraîneurs. Il y a en plus dans ce groupe de bonnes individualités. Un gros morceau arrive maintenant, ça va être autre chose. L’Irlande joue sa qualification pour les demi-finales à domicile. Sur ce que j’ai vu, je fais de la France une des favorites. Mais il y a quand même des nations comme l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande qui semblent équipées. Les Anglaises sont championnes du monde en titre et ne seront pas faciles à prendre.


L’Angleterre va justement lancer début septembre un championnat qui tend vers le professionnalisme. Où en est-on en France ?

Il y a un gros débat en ce moment, avec des désaccords entre certains clubs. Il y en a qui veulent garder vraiment une élite, la resserrer même. A mon avis, on ne va pas dans le bon sens : on a créé une élite mais malheureusement la base n’est pas assez solide. Il faut donc repartir de la base et constituer un Top 12 ou Top 16, pour reconstruire une élite plus tard. Il y a des clubs qui sont très armés mais malheureusement la base n’est pas assez large ou solide pour avoir un championnat cohérent. Quand on commence la saison, on sait que Lille ou Montpellier va être sacrée, je ne trouve pas ça très intéressant pour le rugby féminin. Il faut laisser le temps aux clubs de se développer, de se structurer dans l’approche du haut niveau.

Est-ce que cela passe, comme le souhaite Bernard Laporte, par la création d’une section féminine dans tous les clubs professionnels ?

Ça me dérange un peu quand on force les gens. Si c’est une volonté du club de créer une équipe féminine, c’est positif, mais l’imposer, ce n’est pas la meilleure solution. Je préfère que ça soit quelque chose de réfléchi. Certains clubs pros prennent part au développement du rugby féminin, mais pas tous : Montpellier prend ça à bras-le-corps, nous avec Clermont on est en train de solidifier le partenariat. Il y a plein de choses à faire avec le rugby féminin, qui a une image positive. Il y a une super approche d’un rugby avec des valeurs qu’on ne retrouve plus chez les pros. C’est de l’amateurisme à 100 %, on s’engage, on a un double projet, on voit la détermination des filles qui enchaînent leur travail avec les entraînements. C’est le rugby plaisant. C’est la passion qui guide ces filles.

Cela ne risque-t-il pas de créer un gouffre entre les nations où les championnats tendent vers la professionnalisation ?

Le rugby à VII en France est professionnel. Les filles sont à temps plein avec la Fédération. Mais à côté, les clubs commencent à bien travailler. Il y a une structuration importante des clubs à mettre en place, avant de penser au professionnalisme des filles. Il faut professionnaliser l’encadrement, donner des moyens aux clubs…

Le partenariat avec l’ASM, commencé à l’été 2016, va dans ce sens…

Evidemment. Chez nous, les filles s’entraînent cinq fois par semaine, avec des contenus de pros. On n’est plus dans l’amateurisme de l’encadrement. On a un préparateur physique pro, qui apporte une plus value, on a une salle de muscu à disposition… L’objectif, c’est d’avoir une structure, des gens compétents qui permettent aux filles de s’entraîner super bien.

Vous avez été coach d’une équipe masculine à haut niveau [La Rochelle de 2011 à 2014], qu’est ce qui vous a poussé à venir entraîner une équipe féminine ?

Ce qui m’a plu, c’est de retrouver les valeurs du rugby que j’avais connues il y a trente ans. Un sport fait de partage, de passion, d’amitié, sans l’aspect financier au milieu qui peut tout fausser, tout dégrader dans les relations humaines. J’ai vu ma fille évoluer dans le rugby féminin et ça m’a plu. Dans le monde pro, on est prêt à tuer père et mère pour réussir. Là, c’est un monde un peu plus innocent et je n’aimerais pas que ça dérive.


A côté de vous, il y a également Martin Scelzo, l’ancien pilier de l’ASM qui a raccroché les crampons en 2012…

Martin est venu entraîner les filles directement. On a les mêmes valeurs : le respect de la personne, on parle avec le cœur, on accompagne les filles… Il prend du temps dans son activité professionnelle [restaurateur] pour venir. C’est un passionné, il est content de les voir évoluer. Les filles absorbent vraiment tout ce qu’on leur dit. Elles n’ont pas de vécu donc elles écoutent vraiment ce qu’on explique avec Martin et le mettent en application.