Coupe du monde 2017: Pour Marjorie Mayans, «les barrières sont en train de se briser»

RUGBY Marjorie Mayans, sélectionnée pour le premier match des Bleues face au Japon mercredi (20h40), estime que la France peut jouer les premiers rôles dans un sport qui ne cesse de se développer...

M.C.-V.
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Marjorie Mayans à Rome lors du Tournoi des Six-Nations le 12 mars 2017.
Marjorie Mayans à Rome lors du Tournoi des Six-Nations le 12 mars 2017. — CIAMBELLI/SIPA

Oui, le XV de France peut viser une place en finale de la Coupe du monde de rugby. Ça paraît farfelu après les roustes de nos gaillards en Afrique du Sud, mais heureusement, on peut compter sur les filles. 

L'équipe de France féminine sait castagner, en atteste leur troisième place à la Coupe du monde à Paris en 2014. Cinq fois sur la dernière marche du podium depuis 1991, la sélection française peut viser plus haut. C’est du moins ce qu’espère Marjorie Mayans. Au poste de troisième ligne, la rugbywoman de 26 ans (25 matchs en équipe de France) fait le point sur son sport qui s’achemine vers la professionnalisation.

Quelle a été votre préparation avant la Coupe du monde ?

Nous avons travaillé dur. Nous avons fait plusieurs stages, courts mais avec une forte densité de travail physique. Nous sommes allées à Saint-Brieuc, Font-Romeu et Marcoussis. Nous avons énormément joué au rugby afin d’habituer le corps à jouer en état de fatigue. Nous avons même mené des entraînements à 6h du matin. Ça pique un peu mais avec les copines c’est une chouette ambiance. Il y a pire dans la vie !

Qu’est-ce qu’on peut attendre de vos performances en Irlande ?

Nous voulons toutes être championnes du monde, surtout après avoir terminé sur le podium en 2014. C’est facile à dire, tout le monde le veut ce titre. On va devoir produire un jeu le plus efficace possible. Si nous sommes éliminées, il faut au moins n’avoir aucun regret.

Les rugbymen poids lourds se multiplient ces dernières saisons, est-ce que la même tendance s’applique au rugby féminin ?

Il y a eu une vraie mode pour les joueurs solides, hyper lourds. Maintenant, on revient à des gabarits plus petits, notamment au poste de demi de mêlée. Certaines équipes reviennent même à des joueurs de 70 kilos ! Que ce soit chez les hommes ou les femmes, tout dépend de la ligne du coach : s’il cherche un pack puissant, il prendra des joueuses solides…

Comment pourriez-vous décrire votre style de jeu de 3e ligne ? Vous êtes réputée pour vos plaquages !

(Rires) Effectivement, j’aime bien défendre ! Je n’ai pas le profil de Safi N’Diaye ou Romane Ménager (troisième ligne) qui sont des « joueuses de ballon ». Mon point fort, c’est mon engagement dans la défense, je n’hésite pas à aller au contact. Mais je ne garde pas le ballon pour moi, j’adore faire jouer mes équipières.



On critique souvent l’équipe de France masculine d’avoir perdu le french flair, est-ce qu’on va le retrouver chez vous ?

Les hommes n’ont pas perdu leur french flair ! Ils sont dans une phase un peu difficile c’est vrai. Quant à nous, nous sommes dans une poule très concurrentielle (la France jouera contre l’Australie, l’Irlande et le Japon), alors notre french flair serait une bonne arme pour s’en sortir vivantes !

Qu’est-ce qui nous fera regarder avec attention vos matchs ?

Nous défendons des valeurs. En nous voyant à la télévision, vous comprendrez que tout le monde peut faire du rugby : les hommes, les femmes, les minces, les grosses, les petites, les grandes, etc. C’est un sport collectif qui prône la solidarité et le respect entre tous et toutes. Je le conseille à tout le monde !

Est-ce que les femmes ont plus de chances de s’imposer en Coupe du monde que vos collègues masculins ?

Vous savez, les chances sur une Coupe du Monde, il ne faut pas y compter ! Tout est possible. Nous pouvons être championnes, tout comme nous pouvons souffrir en phase de poules. Il faudra tout faire pour avoir notre destin en mains et ne pas louper la qualification.

Comment expliquez-vous le fait que de nombreuses femmes comme vous jouent à la fois au rugby à 7 et à 15, alors que c’est rarement le cas pour les hommes ?

Le rugby à 7 n’est pas du tout assez connu en France. Dans notre pays, nous sommes très en retard sur la professionnalisation de cette discipline. Etant donné que nous sommes à la traîne, évidemment les partenaires financiers ne suivent pas. Ça ne les intéresse pas, que ce soit au niveau des retombées économiques ou médiatiques. Le jeu à 7 n’intéresse pas les garçons, même si les mentalités changent.



Pour les filles, c’est simple. Je pense que le rugby féminin se développe simultanément à 7 et à 15. Il n’y a pas une catégorie reléguée par rapport à une autre. Du coup, c’est plus facile pour nous de changer de catégorie. Il y a moins de changement, ce n’est pas un autre monde.

Est-ce que le regard porté sur votre sport a changé grâce à la Coupe du monde de 2014 organisée en France ?

J’ai senti que cette compétition a été le tournant pour la médiatisation de notre sport. J’ai connu un essor très bénéfique pour nous, dont on ressent encore les effets aujourd’hui. Si nous décrochons un joli résultat en Irlande, ça ira encore mieux !

Vous avez mis entre parenthèses vos études de droit. Cela veut donc dire vous avez acquis le statut de joueuse professionnelle ?

Je suis sous contrat pendant trois ans avec la Fédération française de rugby (FFR) pour les matchs de rugby à 7. Ce contrat reste à temps partiel (75 %). Je ne suis donc “que” semi-pro. Pour les études, c’est compliqué depuis ma période de préparation aux Jeux olympiques de Rio. J’ai décidé de me concentrer pleinement sur le sport pour ces deux années ponctuées d’événements mondiaux. Je suis dotée d’un bac +4 en droit, Je trouvais que c’était raisonnable d’arrêter à ce moment-là.


Est-ce que les remarques machistes concernant les rugbywomen sont encore légion ? Que faudrait-il faire pour que les mentalités changent définitivement ?

J’ai commencé le rugby il y a 15 ans, et j’ai constaté une sacrée évolution des mentalités ! Aujourd’hui, c’est extrêmement rare qu’on soit étonnée lorsque j’explique pratiquer le rugby. Il y a encore quelques petits efforts à faire, mais les mentalités ont vraiment changé. Maintenant, tout le monde considère que n’importe quelle femme peut faire n’importe quel sport. La même chose s’applique pour les hommes. Les barrières sont en train de se briser. Qu’on soit un homme ou une femme on peut avoir le job que l’on souhaite, le sport que l’on veut, avec le look de notre choix. Une femme peut par exemple être féminine en tennis comme en talons. Du moment que chacun se sent bien dans sa peau, il n’y a pas de problème.

Les matchs de l’Equipe de France :

France - Japon (1er match de poule), mercredi 9 août à 20h40 sur France 4

France - Australie (2e match de poule), dimanche 13 août 20h35 sur France 4

France - Irlande (3e match de poule), jeudi 17 août à 20h35 sur France 2