Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Plongée dans ces épreuves où on ne voit rien (ou presque) des tribunes

JO 2024 : « On avait pris les jumelles »… Plongée dans ces épreuves où on ne voit rien (ou presque) des tribunes

expérienceCertains sports, comme la voile, le tir à l’arc ou le tir vont tellement vite ou se passent tellement loin qu’ils ne sont pas simples à suivre pour les spectateurs
Nicolas Camus, avec Adrien Max et Jean-Loup Delmas

Nicolas Camus, avec Adrien Max et Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Il y a, dans ces Jeux olympiques, certaines épreuves assez particulières où l’expérience spectateurs n’est pas tout à fait la même que partout ailleurs.
  • Au tir à l’arc, à la voile ou au tir, il est assez compliqué de suivre la compétition directement par soi-même, parce que l’action se déroule trop loin ou qu’il n’est pas possible de connaître le résultat.
  • Nos envoyés spéciaux sur les sites olympiques sont allés parler aux spectateurs concernés, parfois déçus, parfois emballés tout de même par une expérience stade globale qui reste absolument unique.

De nos envoyés spéciaux chez l’ophtalmo,

Parfois, on prend des billets pour des épreuves juste comme ça, histoire de dire qu’on a été en voir une, c’est les JO à la maison quand même. Le prix est davantage un critère que le sport en lui-même, on voit un bon plan passer sur le site et hop, on clique avant que ça nous passe sous le nez. Sauf qu’une fois sur place, il faut se rendre à l’évidence : on ne voit absolument rien.

Les écrans plutôt que les athlètes

Prenez le tir à l’arc, par exemple. Les cibles sont loiiiiiiin, tout là-bas, 70 mètres à l’opposé des archères et des archers. Alors pour les spectateurs qui sont à l’extrémité des tribunes côté Invalides, ça fait quasiment 100 mètres. « C’est vrai qu’on ne voit pas grand-chose, nous dit Maggie, venue avec son mari et ses deux enfants en ce dimanche matin. On regarde les tireurs, mais après pour suivre la flèche ce n’est pas possible, ça va beaucoup trop vite. Du coup on regarde vite les écrans pour savoir ce qui s’est passé. »

Car oui, depuis les tribunes, le seul moyen de suivre la compétition est de rester les yeux scotchés aux deux écrans géants qui diffusent les mêmes images que la télé, avec un gros plan sur la cible après le tir. Deux speakers se relaient également pour annoncer les scores, et faire des points sur les volées en cours.

« Quel intérêt ? »

On demande à la fille de Maggie, Camille (3 ans), si elle a bien tout suivi ce qui venait de se passer. « Oui, c’était facile », répond-elle en nous faisant bien comprendre que cette question était un peu nulle. Sa maman se tourne vers nous et complète : « C’était pas si simple que ça. Mais le plus intéressant pour eux c’était surtout de voir le site en lui-même, les sportifs en vrai, comment la compétition est organisée. »

Au tir tout court, les distances sont moins grandes mais la visibilité pas forcément meilleure. Dans la salle de Châteauroux, les spectateurs sont placés à quelques mètres des athlètes, mais dans leur dos. Lorsque ça tire, on ne voit rien et on ne comprend pas si la balle a touché la cible ou pas. Impossible même de dire s’il y a une trace d’impact, c’est trop loin et trop petit si c’est le cas. Et on ne parle pas des premiers tours, avec huit tireurs en même temps devant les cibles. Ça canarde de partout et on ne sait plus où donner de la tête. Il faut regarder les panneaux d’affichage pour essayer de s’y retrouver, on passe donc le plus clair du temps les yeux sur l’écran – sans vue sur les Invalides ou la Tour Eiffel pour se faire un petit plaisir de temps en temps.

Le site de beach volley ou la salle de tir de Châteauroux ?
Le site de beach volley ou la salle de tir de Châteauroux ?  - Gian Mattia D'Alberto/LaPresse

Après une salve de la Française Camille Jedrzejewski, on file demander son avis à Médéric. Mitigé, dira-t-on. « Je n’ai rien compris et rien vu. En plus la foule doit se taire pendant les tirs pour ne pas perturber les athlètes, alors quel intérêt ? Au moins au judo on peut gueuler tout le temps. »

Dans la salle, de nombreux spectateurs sont un peu comme notre jeune homme… présents surtout parce qu’habitant Châteauroux. Michelle, 58 ans, fait partie de ces gens-là. Elle n’a pas vraiment aimé l’expérience. « On ne voit absolument rien. Même la manière de tirer n’est pas très esthétique je trouve, j’ai du mal à trouver l’intérêt. Ça fait du bruit en plus. » Oui bon là, mieux ne valait peut-être pas entrer dans la salle Michelle.

Même avec des jumelles…

Au moins, à Marseille, on peut profiter du soleil et de la plage en en marge des épreuves de voile. Niveau compète, ce n’est pas trop ça non plus. L’intérêt se situe plutôt avant, quand les bateaux partent depuis le port de la Marina et passent devant une digue où sont placés les spectateurs, ce qui leur permet de voir de très près les embarcations partir sur les lieux de compétitions. Et de les encourager, dans une très belle ambiance.

Les planches à voile et kitesurf partent eux de la plage, à quelques mètres de l’endroit où les spectateurs peuvent se baigner. Ces derniers ont donc une vue imprenable depuis l’eau pour voir les concurrents de ces disciplines partir vers l’un des quatre ronds de compétition. En revanche, une fois les concurrents là-bas, dans la baie, il est beaucoup plus difficile de les apercevoir. D’autant plus lors des journées avec peu de vent, qui oblige les concurrents à aller ceux qui sont les plus éloignés.

Retransmission soignée à la Marina

Rachel (19 ans) et Valentine (20 ans), deux copines venues de Toulouse exprès pour ces épreuves, sont un peu déçues. « On avait pris des jumelles, mais même avec ça, on ne les voit pas, c’est dommage », regrette la première. Elles avaient pourtant flairé le bon plan, en montant sur la colline à côté. « C’était un peu mieux, mais ils sont partis trop loin, donc on les a regardés sur les écrans », poursuit Rachel.

C’est là que l’on peut saluer la qualité des outils à disposition à la Marina. Car les organisateurs, évidemment, savent bien que la visibilité est réduite pour le public. Alors la retransmission a été soignée, avec « deux écrans géants qui retransmettent toute la captation en mer avec les images de drone et même des caméras embarquées sur les concurrents, accompagnées d’un commentaire de qualité », explique Pauline Laïd, la directrice du site.

A Marseille,des bateaux embarquent des spectateurs pour qu'ils voient les athlètes de plus près.
A Marseille,des bateaux embarquent des spectateurs pour qu'ils voient les athlètes de plus près.  - PHILIPPE MAGONI/SIPA

Un dispositif a également été mis en place, pour la première fois sur des Jeux, pour permettre à plusieurs centaines de spectateurs par jour de regarder les athlètes en action de tout près. Nommé « Bienvenue à bord », il consiste en deux navettes de 100 places chacune qui font des rotations d’une heure au plus près des épreuves en mer.

« Les spectateurs reçoivent cinq jours avant leur session un mail dans lequel ils peuvent s’inscrire sur des créneaux, précise la responsable. On n’a pas de place pour tout le monde, mais c’est vraiment une expérience géniale pour les plus chanceux. » Parfois, quelques personnes qui avaient réservé ne se présentent pas, cela vaut donc le coup d’aller attendre au point de départ voir s’il ne reste pas des places de dernière minute.

Ces détails qui rendent l’expérience stade unique

Cette innovation est un bon moyen d’admirer la performance sportive au plus proche. Mais ne pas bien voir le résultat d’une épreuve n’est pas toujours un frein décisif. Ou en tout cas, il y a toujours la possibilité de s’intéresser à d’autres détails, qui rendent l’expérience stade unique et valent le déplacement. Démonstration au tir à l’arc avec Julie, jeune trentenaire venue en couple avec Vincent.

« On était placés tout en bas, au bord, donc le plus loin des cibles mais tout près des archères et c’était impressionnant de voir la souplesse du poignet. Le cassé de poignet à la fin, quand elles viennent de tirer, c’est assez ouf, apprécie-t-elle. Donc même sans trop s’y connaître, on se régale. Et je dirais même que la flèche à la fin n’est pas le plus important. On sait qu’ils sont tous forts et qu’ils vont faire de gros scores. »

Fred, lui, a beaucoup aimé l’expérience sonore que constitue ce sport. « Il y a le visuel, ok, mais aussi ces bruits qu’on n’imagine pas du tout. Celui de la flèche quand elle est décochée, celui quand elle se plante dans la cible. Ça permet de s’immerger dans la compétition. »

« En fait, l’essentiel quand on vient au stade, c’est l’atmosphère générale », reprend Julie. Au tir à l’arc, c’est ce site grandiose, avec vue sur les Invalides d’un côté et le Grand Palais de l’autre, reliés par le Pont Alexandre-III. « On ne se trouvera qu’une fois dans notre vie dans des tribunes construites ici, sur cette pelouse, avec ce panorama, observe la jeune femme. On avait choisi le tir à l’arc aussi pour l’emplacement. »

NOTRE DOSSIER JO PARIS 2024

Cela permet aussi, évidemment, de vivre pleinement une épreuve quand elle nous passionne, sans dépendre de la retransmission télé. A Marseille, la petite blague circule : même s’ils sont loin, les spectateurs verront toujours plus de voile ici que sur France TV ou Eurosport.