JO 2024 : A 300 kilomètres de l’euphorie parisienne, elle est comment, l’ambiance des JO à Châteauroux ?
Jeux olympiques•Les épreuves de tirs ne se déroulent pas à Paris mais à Châteauroux, à près de 300 kilomètres de la capitale. Si l’ambiance n’est pas exactement la même que dans la capitale, personne ne semble trop déçu du voyage en Centre-Val-de-LoireJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Oui, on le sait, il y a une vie en France hors de Paris, merci pour l’information.
- Reste qu’on pouvait légitimer se demander si l’ambiance olympique à Châteauroux, où se déroulent les épreuves de tir, valait celle de la capitale.
- Pour en avoir le cœur net, on s’est rendu sur place.
De notre envoyé spécial à Châteauroux,
S’il y a bien un domaine où les Jeux olympiques 2024 impressionnent, c’est par leur choix de décors toujours plus innovants. La Tour Eiffel pour le beach-volley, le Grand Palais pour l’escrime, Versailles pour les épreuves de cavalerie. Et… Châteauroux pour les épreuves de tir. Une légère infidélité à Paris, à 270 kilomètres et 2h30 de train tout de même.
Une sensation de monde à part encore plus renforcée par le spot. Le centre de tir, isolé, se trouve à 15 minutes de la ville en navettes, heureusement gratuites et en nombre suffisant. Une fois là-bas, c’est donc parti pour y rester à la journée en vase clos. Tout est certes prévu pour, avec aires de jeux, stand de bouffe, transat… Mais peut-on être emporté par la vague olympique lorsqu’on est enfermé dans un aquarium, en plus si loin de l’océan parisien ?
« On s’est déjà dit qu’on était au mauvais endroit »
La question se renforce au fil des jours, à force de voir la capitale céder à l’euphorie collective. Les images des fan-zones, la folie du club France, les Marseillaise à foison dans les stades donnent parfois aux épreuves du Centre-Val-de-Loire un sentiment de laissé-pour-compte. « C’est vrai qu’on s’est déjà dit qu’on était au mauvais endroit », reconnaît Sean, Américain venu voir des assiettes en argile imploser sous la mitraille. « L’ambiance est sympa ici, tout le monde est adorable, mais lorsqu’on parle des Jeux du siècle ou de la France en fête, on pense plus à l’ambiance parisienne qu’à Châteauroux. »
Ceci dit, habitants de la capitale, accrochez bien à votre Matcha-latté-lait-d’avoine et à votre médaille du marathon, car Gunnar, spectateur Islandais, n’est pas de cet avis : « Etre à Châteauroux, c’est mieux que Paris. Plus calme, plus tranquille, moins d’agitation. C’est génial, notamment en famille », dit-il en nous présentant sa petite troupe de blondinets. Et qu’importent la Eiffel Tower, Céline Dion qui chante dessus, la Seine, le Moulin Rouge et les « oléééé » à chaque coulée de brasse française : « On est venu pour du tir. Ici il n’y a que des fans de tir et c’est que du tir. Pourquoi on voudrait être ailleurs ? »
« Personne ne se plaint d’être ici »
Chez les volontaires, on jure que même sans la locomotive de la capitale, on est bien raccroché au train olympique. « Il y a clairement une ferveur JO, tout le monde est content d’être là, soutient Alicia, venu de Genève filer un coup de main. Pour avoir fait d’autres évènements sportifs, comme du foot, ici, les athlètes sont beaucoup plus accessibles, et l’ambiance est moins carrée et tendue. C’est bon esprit, c’est les Jeux. »
« Bien sûr, il y a moins d’ambiance qu’à l’Arena pour Léon Marchand », enchaîne Benjamin, lui aussi dans la team bénévole. La salle pour le tir à 25 mètres par exemple ne peut accueillir que 700 personnes, et les épreuves, impliquant un silence de cathédrale au moment du shoot, n’invitent pas non plus à la liesse en continu. « Mais ça reste très sympa, et personne n’a le sentiment de ne pas vivre les Jeux, ni se plaint d’être ici. »
Un vrai moment d’olympisme
Photo prise devant les anneaux olympiques, Alexandre et Lucile, venus passer la journée au stand de tir, semblent convaincus : « Les Jeux, ça reste les Jeux, que ce soit à Paris ou ailleurs. C’est bien aussi qu’il y en ait pour les autres. Le seul chagrin, c’est que pour l’instant, les athlètes français ne vont pas très loin et sont peu nombreux ».
Une problématique en partie réglée ce matin même, lorsque Camille Jedrzejewski a décroché une médaille d’argent au terme d’une finale héroïque au tir 25 mètres. Tout y était : la Française qui se surpasse à domicile, le public qui ne comprend pas tout mais clame son soutien, l’ambiance survoltée avant chaque tour, et les cris de joie lorsque la médaille fut assurée. Même dans une salle de seulement 700 gusses, la clameur n’avait alors pas grand-chose à envier aux victoires parisiennes. Un vrai moment de sport en somme, et tant pis si n’y avait pas Notre Dame ou le Louvre en face. « J’ai été marqué par le soutien du public français, s’émouvait la championne. L’ambiance était incroyable, je n’ai jamais tiré dans un tel chaudron, et je les ai vécus, mes jeux à domicile ».
« J’ai été très surpris par la ferveur et les tribunes pleines »
Le DTN de l’équipe de tir, Gilles Muller concédait tout de même :
« Evidemment qu’on serait plus porté au sein du village olympique, dans l’équipe unifiée, où on nous décrit une ambiance folle, ce serait mal venu de ma part de dire qu’on est mieux ici à 300 kilomètres. Mais même là, où on a su créer notre cocon, j’ai été très surpris par la ferveur, les tribunes pleines, et le soutien à nos athlètes. A ce niveau-là, on n’est pas en dette par rapport au soutien du public. » »
Dans la navette retour, volontaires et touristes regardent tous, scotchés à France2 sur leur écran, la formidable remontée fantastique des Bleus en finale de judo par équipe. Et vas-y que ça crie, que ça tremble, que ça saute de joie au moment du ippon définitif.
Un retard de la SNCF et l’envie d’un panaché pour passer le temps nous poussent à finir ce séjour express au Café du théâtre. Les rues de la ville sont relativement calmes, le flot de touristes s’étant déjà éparpillé à la fin de la finale de tir hommes, à seulement 16h15. « Ce n’est pas un raz de marée, mais oui il y a plus de monde, des touristes étrangers, des gens. Ça met une bonne petite ambiance », note le gérant Emmanuel. Peut-être pas l’euphorie parisienne au rythme effréné, mais la joie mignonne des grandes liesses sportives. « J’ai même vu Yohann Diniz commander un café chez moi ce matin même. » Si ça, c’est pas l’ambiance JO.


















