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A Vaires-sur-Marne, la découverte abrupte du tourisme de masse des Jeux

JO 2024 : « Comment on dit 4 euros en anglais déjà ? »… A Vaires-sur-Marne, la découverte abrupte du tourisme de masse

jeux olympiquesLa petite commune d’Ile-de-France accueille les épreuves de canoé et d’aviron de ces Jeux Olympiques. De quoi provoquer une arrivée massive de touristes, que la ville ne sait pas forcément gérer
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Depuis plusieurs jours, la petite commune de Vaires-sur-Marne accueille les épreuves d’aviron et de canoé des Jeux Olympiques.
  • Des compétitions qui attirent en journée des hordes de milliers de fans, que la ville peine à savoir absorber.
  • Barrière de la langue, sous-effectif de personnel et manque de place peuvent parfois irriter riverains comme touristes.

De notre envoyé spécial à Vaires-sur-Marne, le nouveau Disneyland,

« Les touristes arrivent dès 6 heures du matin, et après, ça ne s’arrête jamais. C’est super intense », indique la boulangère en plein branle-bas de combat. En décrochant les épreuves d’aviron et de canoé, Vaires-sur-Marne a-t-elle hérité d’un cadeau empoisonné ? On pourra difficilement reprocher à Paris 2024 un manque de volonté pour réussir ce énième projet fou. Des galions d’or engloutis, un stade flambant neuf, des transports renforcés et même des navettes reliant la gare RER au site. Mais malgré tous ces efforts, Vaires-sur-Marne reste une petite commune de 15.000 habitants, forcément peu adaptée pour engloutir un tel bain de foule.

« C’est une bonne opportunité bien sûr, mais c’est le bordel », reconnaît Félix, en train de jongler entre cinq commandes, 6 notes à encaisser et deux bières à servir. Avec un effectif total de deux personnes pour le service de midi, la fine équipe du Vaires-Café est quelque peu débordée par une horde d’estomac qui ne cesse de s’entasser dans le frêle établissement. Rien à faire du surmenage des locaux, le RER continue pourtant de dégueuler de nouvelles vagues de touristes tout au long de la journée au fil des épreuves. A l’heure du déjeuner, la petite place centrale de la ville a des allures de Chatelet-les-halles ou de file l’attente d’un concert Taylor Swift.

La barrière de la langue et des attentes

« Par rapport à un jour normal, l’affluence est multipliée par dix, vingt, trente. D’habitude, il ne se passe rien ici, ce n’est pas une ville animée, et là on est transformé en Disneyland », nous explique Bilel, dont le
stand de hot dog/burger est lui aussi assiégé. « On est content, mais c’est parfois difficile ». Un employé renchérit : « On essaie d’être prêt et organisé, mais face à autant de personnes, c’est impossible. » Notamment avec l’anglais, massivement utilisé par les touristes et qui pose quelques problèmes aux locaux, pas vraiment les plus habiles avec la langue de Shakespeare.

Un « Comment on dit 4 euros en anglais déjà ? » n’améliorera clairement pas la réputation du pays en ce qui concerne son polyglottisme. « On n’est pas habitué à avoir des étrangers », se défend Bilel. « Heureusement, on a des jeunes en job saisonnier qui nous dépannent un peu sur l’anglais. » D’autres stands sont bien décidés à maximiser la venue massive d’étrangers – 12 euros les 3 tenders de poulet, même à Paris ce serait choquant. De quoi lasser certains touristes. Debout faute de place, Liam, venue d’Australie, décapsule lui-même les bouteilles achetées, lassé d’attendre un serveur qui ne viendra pas. « C’est un très bel endroit, mais le service est à chier. La ville n’est pas prête pour accueillir autant de gens, l’attente est interminable », déplore-t-il.

« Tout le monde est si gentil »

La cohabitation n’est pas nécessairement plus appréciée de l’autre côté. Nicole, une riveraine, se plaint de ces hordes de nouveaux venus : « Ils sont bruyants, envahissent tout l’espace, chantent et boivent. On n’a pas demandé ça ! Je vis ici pour le calme, pourquoi on subirait les Jeux parisiens ? ». Reste que lorsque les deux camps y mettent du leur, l’inadaptation de Vaires-sur-Marne s’estompe. Face à des riverains souvent dépassés, les touristes s’entraident pour se traduire. C’est un Danois, trois Irlandais et quatre Sud-Africains qui rentrent dans un bar et non il n’y a pas de blague, c’est juste que tous ensemble, ils arrivent à assembler assez de mots de Français pour passer une commande compréhensible.

Ouf, certains Australiens n'ont rien à reprocher à la belle commune
Ouf, certains Australiens n'ont rien à reprocher à la belle commune - JLD/20 Minutes

Alors oui, on est parfois un peu entassé, exsangue et il faut attendre plus que de raison, voire carrément manger debout en plein cagnard, mais ça fait partie du jeu – et de la fête au milieu d’une meute d’Australiens. Comme leur compère Liam, ils ont dû poireauter plusieurs dizaines de minute avant d’avoir une table dans le nouveau café-bar du centre-ville, mais pour eux, il y a pire qu’une demi-heure en France à siroter des bières. « On est très content d’être ici, tout le monde est si gentil. L’attente ? On ne se plaint pas, ce sont les Jeux. »

Tomas et John, heureux irlandais présents ici
Tomas et John, heureux irlandais présents ici - JLD/20 Minutes

« Tout est super », acquissent Tomas et Johnn, heureux Irlandais, évidemment une pinte à la main. « C'est beau, la bouffe est bonne, et on est très surpris de voir que les Français sont si gentils, aidants et souriants. Du coup, tout se passe bien. »

Le charme à la française

Les touristes français sur place se montrent eux agréablement surpris. « Je n’ai attendu que 20 minutes pour avoir à manger, je m’attendais à bien pire », note Alexandre, qui fête son 31e anniversaire aujourd’hui avec une belle médaille d’or. Même satisfaction chez Laura, Baptiste, Mathieu & Maëlle, en train de taper leur meilleur croc assis sur le rond-point central. « Il y a des bénévoles partout, limite plus de policiers que d’habitants, c’est dur de ne pas se sentir en sécurité ou aidés. La bouffe n’est pas excessivement chère, il y a du choix, et même du végétarien ».

En France, nous n'avons pas de places assises mais nous avons des idées
En France, nous n'avons pas de places assises mais nous avons des idées - JLD/20 Minutes

Si le pays a tremblé pendant des mois de ce que rendraient les Jeux aux yeux du monde, notamment en matière d'organisation, la France a sans doute sous-estimé son charme naturel et sa beauté, suffisamment pour quasiment tout faire passer. Genre, vous voyez cette maison ?

Stand à selfie de Vaires-sur-Marnes
Stand à selfie de Vaires-sur-Marnes - JLD/20 Minutes

Ok, nous aussi on ne la trouve pas moche, on ne dit pas, mais on n’irait pas prendre un selfie dedans ou 15.000 photos de ses murs si on n’était pas en reportage. Ce n’est pas le cas des touristes étrangers, totalement charmés. « It’s a very nice and beautiful city », nous répète-t-on. Vaires-sur-Marne accueille ses premières vagues de touristes étrangers, et qu’elle se prépare mentalement, certains semblent même conquis et prêts à revenir.