01:33
JO 2024 – Athlétisme : Le mythique « cassé du renard » a sauvé l’honneur du 100m haies français en repêchage
rusé•Raphaël Mohamed et Wilhem Belocian se sont qualifiés pour les demi-finales du 110m haies mardi matin, au terme de deux courses particulièrement serrées où ils ont dû s’arracher sur la ligneNicolas Camus
L'essentiel
- Raphaël Mohamed et Wilhem Belocian, engagés dans les repêchages du 110m haies ce mardi matin, ont réussi à s’en extirper pour se qualifier pour les demi-finales.
- Les deux courses ont été extrêmement serrées, les athlètes tricolores passant pour une question de millièmes de secondes.
- Tous les deux ont dû batailler jusqu’au bout, et utiliser la technique bien française du « cassé du renard » sur la ligne pour passer. Une expression qui fait sourire et qui vient de Ladji Doucouré.
Au Stade de France,
On a rarement vu les serveurs de World Athletics mouliner comme ça. A l’arrivée de la deuxième course de repêchage du 110m haies messieurs des JO de Paris, ce mardi, il a fallu attendre trois bonnes minutes pour découvrir les résultats et les noms des deux heureux qualifiés pour les demi-finales. C’est que la course a été serrée, encore plus que celle de l’extraordinaire finale du 100m dimanche soir. Après un long suspense, une grosse clameur descend des tribunes : ça passe pour le Français Raphaël Mohamed, qui arrache la deuxième place.
Les trois premiers en 3 millièmes de seconde
On ne peut pas utiliser terme plus juste. A la bourre dès la sortie des starts, le hurdleur tricolore s’est littéralement plié en deux sur la ligne pour tenter le hold-up. Ça a fonctionné, pour un millième de seconde (!) face à l’Algérien Amine Bouanani, troisième (13’’538 contre 13’’539). Le premier, le Brésilien Rafael Pereira, a terminé deux millièmes devant (13’’536). Celui qui avait levé les bras sur la ligne car il pensait l’avoir emporté, l’Allemand Manuel Mordi, est finalement très loin derrière, 4e à un centième de seconde (13’’55).
Ce dénouement inespéré, Raphaël Mohamed le doit à une spécificité bien française : « notre fameux cassé du renard !, se marre l’athlète tricolore. C’est ça qui me sauve. Je suis vraiment passé sur le fil. » Le cassé du renard n’est pas un simple cassé, attention. Il part d’encore plus loin et nécessite de descendre les épaules bien plus bas. Une solution à n’utiliser qu’en cas d’urgence absolue, quand on est vraiment à l’arrache.
L’héritage Ladji Doucouré
L’expression fait sourire. Elle nous vient en fait de Ladji Doucouré, qui l’avait sortie quand il avait été sacré champion du monde à Helsinki en 2005 au terme d’une course « à la barbare », comme il l’avait décrite. En gros, c’était moche mais il a été la chercher à l’énergie, notamment en cassant comme un forcené sur la ligne. Ça lui avait permis de devancer les ténors Lui Xiang d’un centième et Allen Johnson de trois. « C’est le cassé du renard qui me réussit depuis tout petit, expliquera-t-il ensuite. Il fallait utiliser ce genre de cascade pour espérer la première place. »
La formule, à rapprocher du « renard des surfaces » au foot, pour décrire cet attaquant qui ne marque que des buts de raccroc en mettant le pointard à trois mètres de la ligne sur un ballon dévié, est restée. Et Les hurdleurs français se sont transmis le procédé de génération en génération. Pascal Martinot-Lagarde, notamment, en était un grand fan. Il lui a fait gagner bien des courses, dont celle qui l’a envoyé sur le toit de l’Europe en 2018. Ce jour-là, il avait (enfin) réussi à taper l’ogre russe Sergueï Choubenkov pour… deux millièmes.
Mais c’est quoi, du coup, un bon cassé du renard ? On a posé la question à Raphaël Mohamed. Mais un peu comme le « popopo popopopo pololo » lancé dans les tribunes de Roland-Garros, il n’y a pas vraiment de mode d’emploi. C’est une affaire de sensation. « Je ne peux pas l’expliquer, c’est à l’instinct », souffle le sprinteur de la Réunion. Demandez donc à Wilhem Belocian, lui aussi repêché ric rac dans la course d’après. Deuxième en 13’’45, il ne devance le Japonais Shunya Takayama que de cinq centièmes. En partie parce qu’il s’est un peu raté sur la ligne.
NOTRE DOSSIER JO PARIS 2024« J’ai essayé le cassé à la Ladji, mais je n’ai pas trop réussi, raconte-t-il en souriant. C’est passé quand même, je me suis fait peur encore une fois, mais ça fait plaisir. Je m’étais mis en mode deter. » Voilà les deux athlètes tricolores qualifiés pour les demi-finales de mercredi soir. Ils y accompagneront Sasha Zhoya, dont la présence, seul, aurait fait tache dans une des rares disciplines de l’athlé où la France fait partie des références. Maintenant, il faudra courir bien plus vite pour espérer entrer dans le grand 8 final. Le cassé du renard ne suffira pas toujours.


















