JO 2024 : « C’est difficile de comparer », le run d’Anthony Jeanjean méritait-il mieux que le bronze en BMX ?
BMX•Malgré une chute sur sa première figure lors du premier run de la finale olympique de BMX freestyle, Anthony Jeanjean a posé un second run de folie pour assurer le bronze. Des petites erreurs lui ont coûté l’orWilliam Pereira
De notre envoyé spécial place de la Concorde,
Le destin sait se montrer taquin quand il veut. Là, on était à la limite du sadisme. Pour remettre la médaille d’or à l’Argentin Jose Torres Gil, vainqueur du concours masculin de BMX Freestyle des JO de Paris 2024, Gianni Infantino. On connaît des gens tombés dans le complotisme pour moins que ça, et avouons-le, seule la sympathie d’Anthony Jeanjean à l’égard du vainqueur nous sauvera de la crise de seum. « Je suis très content pour lui, sourit le Français en zone mixte. On s’entend très bien, il n’a pas eu un début de saison facile, donc je suis fair-play ! Il a fait un run parfait aujourd’hui. »
Content pour Torres Gil, moins pour lui-même, sa manière de tenir et regarder sa médaille de bronze traduit néanmoins un semblant de satisfaction. « Je venais pour la médaille d’or. Je repars pas avec, donc le premier sentiment, c’est celui d’un échec. Je sais que j’ai tout fait à l’entraînement. J’ai un run qui peut gagner, si tout se passe comme prévu. Ça ne s’est pas passé comme prévu, malheureusement. »
La photocopie du premier run cauchemar de Laury Perez
A commencer par ce premier run qui a temporairement fait basculer la journée de finales du BMX français dans la lose la plus complète. Partir à la faute sur sa première figure, Laury Perez l’avait fait une heure avant. Mais là où la jeune Française, débutante aux JO, n’a jamais su se relever de sa gamelle inaugurale (2e run à 64.30), Anthony Jeanjean a puisé dans son expérience les ressources mentales pour revenir plein de confiance. « Ça m’est déjà arrivé, je sais qu’il faut vite passer à autre chose. J’ai deux chances. Les finales, c’est fait pour ça. On a deux runs, c’est le meilleur des deux qui compte. Ça ne le fait pas sur le premier, ça le fera sur le deuxième. »
Le poing levé à l’annonce de son nom, il a donc quitté la rampe pour la seconde fois avec la ferme intention de soigner le mal par le mal, en posant la figure qui lui avait coûté cher un peu plus tôt. En apnée jusqu’à la réception parfaite, le public explose et l’ambiance bascule. Un 2e tricks de folie chauffe un peu plus le public dans la foulée. C’est là que Jeanjean va chercher la médaille. « C’est une première mondiale, ça n’a jamais été fait sur le dur. Ça n’a jamais été fait en compétition. J’ai réussi à le poser, je suis très content. C’est en partie ce trick qui m’apporte cette médaille olympique autour du cou. »
Pas de scandale au niveau des juges
Son engagement sans faille du début à la fin des 60 secondes a aussi pesé dans la balance des juges. En matière d'intensité, il n’y a pas un run de toute l’après-midi qui ait dépassé le sien. Pareil niveau dramaturgie. Entre le moment où le buzzer sonne et celui où sa note tombe, une éternité s’écoule. Un coup d’œil à la date, on est toujours en 2024. « L’attente ? Je l’ai trouvée plutôt longue, mais c’est comme ça. J’ai l’habitude. » La décision tombe et les supporters, au bord de l’implosion, ne peuvent s’empêcher de cacher leur frustration. Le chiffre 2 s’affiche à l’écran. Quelques minutes plus tard, il tombera à 3, derrière Kieran Reilly.
Un scandale ? Anthony méritait-il un arbitrage maison ? Le clan français se veut fair-play sur la question. « C’est difficile de comparer [les runs de Jeanjean et de l’Argentin], hésite le sélectionneur de l’équipe de France, Florian Ferrasse. C’est la part des juges, mais c’était un petit peu moins propre sur ce qu’Anthony a produit. Dans l’ensemble il a quand même fait des grosses figures, c’est ce qui a permis d’aller chercher, de gratter quelques places. C’est un sport de jugement donc c’est très délicat. » Vu d’où le Français a trouvé la force de revenir, on s’en contentera.


















