JO 2024 : Pourquoi les Chinoises ont-elles évolué « comme à la maison » lors des épreuves de plongeon ?
HAUT VOL SYNCHRONISé•Comme à Tokyo, les jeunes stars du plongeon Chen Yuxi (18 ans) et Quan Hongchan (17 ans) ont sans surprise été sacrées ce mercredi au centre aquatique de Saint-Denis. Des centaines de supporteurs chinois sont venus savourer la victoire avec euxJérémy Laugier
L'essentiel
- Comme sur chaque olympiade, le plongeon chinois se prépare à faire le plein de médailles d’or lors de ces JO de Paris 2024.
- Ce mercredi, les jeunes stars du haut vol 10 m synchronisé féminin, Chen Yuxi (18 ans) et Quan Hongchan (17 ans), ont survolé la compétition.
- Chacune de ces épreuves de plongeon au centre nautique de Saint-Denis (6.000 places) attire des centaines de supporteurs chinois en folie.
Au Centre aquatique (chinois) de Saint-Denis,
Le suspense promettait d’être à son comble ce mercredi matin au centre aquatique des JO de Paris 2024. C’était écrit, on avait hâte de boucler nos vingt minutes de marche depuis la station RER de Saint-Denis pour vous narrer la médaille d’or en plongeon haut vol 10 m synchronisé de la paire française formée d’Emily Hallifax et de Jade Gillet. Le tout dans une ambiance encore plus chauvine que sur tout autre spot des Jeux.
On déconne, à 11 heures tapantes, une bonne centaine de drapeaux chinois étaient brandis tout autour du bassin en l’honneur de Chen Yuxi (18 ans) et de Quan Hongchan (17 ans), doublette déjà titrée à Tokyo, à un âge où on faisait mine de se concentrer sur notre bac. Sur la plateforme, les résultats sont sans appel, avec un récital de la paire chinoise, de nouveau championne olympique. 43 points d’avance sur la Corée du Nord (2e), 124 sur nos Françaises, 8es et dernières du classement.
38 des 48 médailles d’or raflées depuis les JO 2000
Si le supposé meilleur pongiste du monde Wang Chuqin est dans le même temps passé à la trappe dès les 16es de finale, il ne faut pas compter sur le plongeon chinois pour flopper. « En fait, le petit jeu en Chine est d’essayer de savoir quelle est la médaille d’or qui pourrait nous échapper dans la discipline, sourit Muqiu Zheng, journaliste pour China Media Group, la principale société de médias d’État. Pour l’instant, c’est du 3/3, et en général, ça se finit à 7/8. » OK, même les stars NBA de la Team USA ne se lanceraient pas dans une telle déclaration propice à une tempête de bad karma.
Mais oubliez vite ce concept : le plongeon chinois a raflé 38 des 48 médailles d’or distribuées depuis que l’intégralité des huit catégories du plongeon a été mise en place, lors des Jeux de Sydney en 2000. De quoi vous garantir un joli butin en or au général tout en zappant sans sourciller la prudence et l’humilité. C’est pourquoi les tribunes du centre aquatique de Saint-Denis (6.000 places) se sont couvertes de rouge, entre silence absolu lorsque les jeunes stars chinoises préparent leur envol et célébration dantesque ensuite.
« Le moment le plus fort de tous les JO »
« Quand on grandit dans certaines provinces chinoises, on est initié dès le plus jeune âge aux techniques de plongeon en regardant beaucoup de compétitions à la télévision, explique Rongrong, venue avec ses amies Xiaoting et Meng. Là, c’est un tel régal d’observer l’entrée dans l’eau incroyable de nos championnes. » Si elles vivent actuellement toutes les trois en France, elles l’assurent : « Certains supporteurs présents ce matin sont venus de Chine cet été spécialement pour assister à quelques épreuves de plongeon à Paris. »
Et oui, lorsqu’en France, il s’agit d’un rendez-vous plié en une heure dans un anonymat total, il s’agit du « moment le plus fort de tous les JO » pour de nombreux Chinois. « Ma femme m’a appelé car elle s’inquiétait de ne pas voir la compétition être diffusée sur France 2 ce matin, sourit Muqiu Zheng, qui vit à Paris. C’est comme ça, il y a un gros décalage puisque chez nous, les plongeurs sont partout dans les médias. »
Se faire chambrer par une supportrice chinoise, check
Il n’y avait qu’à observer les cris de certains supporteurs, leur fierté durant l’hymne victorieux et leur besoin d’immortaliser ce sacre en France avec des wagons de selfies, pour le croire sur parole. Et on ne vous parle même pas de l’engouement de l’espace autour du passage en zone d’interview de Chen Yuxi et de Quan Hongchan.
« On était comme à la maison aujourd’hui, il y avait trop de bonnes vibes, se ravit Jing Zhou, fan ultime de la doublette victorieuse. Je n’en connais pas trop la raison mais le public français n’avait pas l’air bien présent. Après, je suis désolé de vous dire ça mais vos plongeuses n’étaient pas très bonnes, ça explique sans doute aussi que le public français était si silencieux. »
Et bim, bonus condescendance pour les gloutons de la discipline, qui s’étaient déjà (évidemment) offert l’or en 3 m synchronisé féminin samedi et en 10 m synchronisé masculin lundi. Et ce n’est que le début, notre confrère nous a annoncé le 7/8 qui pourrait permettre à la Chine de s’installer durablement tout en haut dans le bilan général des médailles de ces JO.
« Entourées que de Chinois »
Dans ce contexte, et alors qu’on loue la ferveur folle du public français depuis l’ouverture de ces Jeux, il faut reconnaître qu’on a presque peiné à trouver des spectateurs français à interroger. « On ne connaissait pas du tout ce sport et on ne regrette pas d’avoir pris des places, indiquent nos heureuses élues Rebecca et Milucy. C’était incroyable de découvrir toute cette synchronisation entre les deux plongeuses. Et puis c’était amusant d’avoir l’impression de n’être entourées que de Chinois. »


















