JO de Paris 2024 : Le water-polo français, du « village gaulois » à l’épouvantail des Jeux ?
Le grand bain•Simple faire-valoir il y a encore une dizaine d’années, l’équipe de France masculine de water-polo sorti la tête de l’haut et se présente aux JO avec le vent en poupeQuentin Ballue
L'essentiel
- L’équipe de France de water-polo commence le tournoi olympique contre la Hongrie, dimanche soir, au Centre aquatique de Saint-Denis.
- Les Bleus ont connu une longue traversée du désert entre les années 1990 et la fin des années 2010, au point de ne même plus disputer les Championnats d’Europe A.
- Les poloïstes tricolores ont réussi un redressement impressionnant en s’appuyant sur davantage de moyens et en adoptant un état d’esprit plus compétitif. Quatrièmes des Mondiaux en début d’année, ils visent ouvertement l’or cet été, 100 ans après le seul titre de leur histoire, déjà à Paris.
La première pierre du centre aquatique olympique, destiné à accueillir la première phase du water-polo, la natation artistique et le plongeon lors des Jeux, a été posée le 15 novembre 2021 à Saint-Denis. À peine trois ans de chantier, donc, là où celui des poloïstes français s’est étalé sur une vingtaine d’années. À la sortie des Jeux de Barcelone en 1992, les Bleus sont en effet entrés dans un tunnel interminable.
Le train des JO a filé sous leur nez cinq fois d’affilée (1996, 2000, 2004, 2008, 2012). Ils ont aussi passé 26 ans sans disputer les Championnats du monde. Ils n’étaient même pas parmi le haut du panier européen puisqu’ils n’ont participé qu’à un seul Championnat d’Europe A entre 1993 et 2012. La bande d’Ugo Crousillat a néanmoins fini par retrouver la lumière, au point de se présenter à Paris en prétendant crédible à la breloque. Et ce n’était pas gagné.
Les irréductibles
Le colosse Mehdi Marzouki, 37 ans, a connu les galères de l’époque où le navire bleu prenait l’eau. « Nous, les Championnats du monde, on les regardait à la télé ! On était invité à des tournois où on jouait contre la Biélorussie ou l’Ukraine, on gagnait de 15 ou 20 buts. On ne faisait jamais des sparrings avec de vraies équipes. » La discipline a aussi dû se battre pour faire sa place au sein de la Fédération française de natation, où elle n’était pas vraiment une priorité. « Historiquement, le water-polo a toujours été le village d’irréductibles Gaulois au sein de la fédé, confie l’entraîneur national Florian Bruzzo. Le sport co a des problématiques différentes du sport individuel. Il a fallu acculturer les gens, expliquer ce qu’on faisait, expliquer nos logiques. »
Petit à petit, l’oiseau poloïste a fait son nid et la FFN a impulsé la création d’un pôle France jeunes. « Ça a créé de l’émulation sur tout le territoire. Tous les clubs ont pris conscience qu’il fallait accélérer sur la formation des jeunes », souligne le coach, mentionnant également « des facteurs comme la limitation du nombre de joueurs étrangers dans le championnat Elite » pour faire progresser les poloïstes français. L’équipe de France commence à récolter les fruits de ce travail de longue haleine : désormais installée au niveau continental (six participations consécutives aux Championnats d’Europe A), elle s’est classée quatrième de la Ligue mondiale en 2022, sixième des Mondiaux en 2023 et quatrième en 2024.
Messieurs bricolage
En relevant peu à peu la tête, le water-polo français a obtenu plus de reconnaissance, et donc de moyens. Marzouki jette un coup d’œil dans le rétro : « C’était un peu à la bonne franquette. On se débrouillait. On voyageait beaucoup en minibus, on bricolait… Il y a 10-15 ans, dans le staff, ils étaient trois : le coach, le coach assistant et de temps en temps un kiné ou un médecin. Ça n’a plus rien à voir ! On a l’un des meilleurs staffs d’Europe aujourd’hui, ils sont huit ou neuf avec un préparateur physique, deux kinés, un médecin, un préparateur vidéo, une préparatrice mentale, etc. »
« On a progressé de manière incroyable. Pour les jeunes qui arrivent, avoir un staff comme ça, faire les Championnats du monde, c’est normal. Pour Ugo (Crousillat, le capitaine) ou moi, ça ne l’était pas. On sait d’où on est parti, on ne veut pas y retourner. »
Le purgatoire, c’est terminé. Ces Bleus sans complexe ont affiché toute leur gnaque et leur force mentale en février, aux Mondiaux, en remontant quatre buts de retard pour battre la Hongrie en quarts (11-10). Ils ont refait le coup en demies contre la Croatie en arrachant les tirs au but alors qu’ils étaient menés 9-6. Et ça aussi, ça a changé. « On avait des croyances limitantes. Avant, on se satisfaisait de perdre de deux ou trois buts contre les meilleures équipes, reprend Bruzzo. On était toujours à 12-6, 12-7. Quand on a changé cette mentalité, on a pris des 22-3, des 22-4. Parce que quand tu commences pour gagner, les émotions ne sont plus pareilles. »
Le nouveau logiciel est désormais intégré, et les gars de Bruzzo sont « là où (ils voulaient) être » au moment d’aborder les Jeux de Paris. En position de dépoussiérer un palmarès vierge depuis les années 1920, quand les Bleus avaient mis la main sur deux médailles olympiques (l’or en 1924, le bronze en 1928) et atteint la finale des Championnats d’Europe en 1927. Thomas Vernoux annonce la couleur : « On a battu les champions du monde sortants (la Hongrie), on a fait une demi-finale où on a perdu aux penalties contre les nouveaux champions du monde (la Croatie)… Qu’est-ce qu’on peut viser à part l’or ? On ne va pas viser l’argent ou le bronze, on ne peut pas se dire qu’on va perdre un match. On peut gagner contre tout le monde, donc c’est l’objectif. » Il y a cinq ans encore, les Bleus mataient les Mondiaux à la télé. Désormais, ce sont eux que le monde va regarder.


















