JO 2024 : « Avec cette équipe, on donne la possibilité aux réfugiés de croire en leur rêve », confie Masomah Ali Zada
INTERVIEW•L’ancienne cycliste afghane Masomah Ali Zada, porte-parole de l’équipe de réfugiés des Jeux olympiques de Paris 2024, s’est confiée auprès de « 20 Minutes » sur l’importance d’une telle équipe dans cette compétition internationalePropos recueillis par Elise Martin
L'essentiel
- Masomah Ali Zada est porte-parole de l’équipe de réfugiés des Jeux olympiques de Paris 2024. Cette équipe est présente aux JO depuis Rio en 2016.
- Elle a elle-même fait partie de cette équipe lors des JO de Tokyo, en tant que cycliste.
- Pour 20 Minutes, elle est revenue sur ce que l’équipe de réfugiés représente et le message qu’elle délivre au-delà de donner sa chance aux athlètes réfugiés.
Trois ans après avoir participé aux Jeux olympiques de Tokyo dans l’équipe de réfugiés, Masomah Ali Zada est cheffe de mission pour ceux de Paris 2024. A 27 ans, l’ancienne cycliste afghane est revenue pour 20 Minutes sur sa participation aux JO, son rôle d’aujourd’hui et l’importance d’avoir une telle équipe lors de cette compétition internationale.
Que représente l’équipe des réfugiés des JO pour vous ?
C’est simple : j’avais un rêve que je pensais impossible et grâce à cette équipe, il est devenu réalité. Quand j’ai été forcée de quitter mon pays et que je suis arrivée en France [en 2016], je n’avais pas les moyens ni les possibilités de faire du sport en tant que réfugiée. J’ai dû travailler très dur entre l’apprentissage de la langue, les cours et le sport. En 2019, j’étais la première réfugiée en France à obtenir la bourse pour les JO de Tokyo.
Lors de la compétition, assise sur mon vélo, je me souviens encore de la sensation quand j’ai entendu des spectateurs scander mon nom dans les gradins. C’est un moment inoubliable pour moi. A partir de cet instant, je me suis dit que tous les rêves, même les plus fous, même si on doit faire face à de grandes difficultés, sont réalisables. Et tout ça n’a été possible que grâce à cette équipe.
Comment s’est passée le « après » des JO de Tokyo ?
Après avoir participé aux JO de Tokyo, j’ai poursuivi mes études. Je viens de finir mon master en génie civil. Ça a changé beaucoup de choses dans ma vie. J’ai senti que le regard des gens avait changé sur moi. Quand on participe à ce genre de compétitions, on nous intègre plus facilement ensuite. Et désormais, je peux avoir le parcours de vie d’une personne « normale », chose que je n’aurais jamais imaginée il y a quelques années.
C’est pour ça que je suis fière aujourd’hui de représenter tous ceux qui ont été forcés de quitter leur pays et de les voir réaliser leurs rêves. En tant que cheffe de mission, je suis porte-parole des athlètes, je les soutiens et je les encourage. Et je leur partage aussi mon expérience.
En 2016, à Rio, l’équipe était composée de 10 athlètes, à Tokyo, 29, et pour Paris, 36 personnes en font partie. Qu’est-ce que cela signifie ?
C’est vrai que pour ces JO de Paris 2024, il y a 36 athlètes, de pays et de sports très différents, du judo, de la natation, du cyclisme… L’équipe s’est agrandie pour deux raisons, une positive et une négative. La première, c’est qu’on donne davantage la possibilité aux sportifs de réaliser leur rêve en participant aux JO malgré leur statut. Et d’un autre côté, ça montre que le nombre de réfugiés a énormément augmenté depuis Rio, en 2016.
Dans tous les cas, l’objectif reste le même que n’importe quel athlète, réfugié ou non, performer au mieux et gagner une médaille. Nous aussi, on a envie de croire et d’espérer qu’on peut gagner, comme les autres.
Au-delà de la performance sportive, quels messages l’équipe de réfugiés veut-elle délivrer ?
Le message, au-delà de la performance, c’est de montrer que n’importe quel humain peut avoir accès au sport et peut participer aux Jeux olympiques. A travers mon histoire et celles de chacun des 36 athlètes, c’est aussi donner la possibilité aux autres réfugiés de croire en leur rêve malgré leur situation. On a été forcé de quitter notre pays, on a dû tout recommencer à zéro mais on n’a pas abandonné, on a continué, on a avancé. Et là, on est aux JO. Donc vous aussi, si vous avez un objectif, vous aussi vous pouvez y arriver et l’atteindre.
Nous sommes 36 athlètes mais surtout 36 personnes différentes, aux nationalités, langues et cultures différentes et nous sommes ensemble, nous formons une équipe. On a réussi en acceptant les différences de chacun et en respectant l’autre. Cette équipe représente alors la réunification, la paix ainsi que l’espoir. Elle montre une image positive des personnes réfugiées, leur résilience et le travail acharné qu’elles ont dû accomplir.


















