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A un an des Jeux, Charline Picon embarque pour sa troisième médaille

JO de Paris 2024 : « À la maison, ça va être grandiose », affirme Charline Picon

ENTRETIENElle vise la passe de trois en 2024. Après la planche à voile, Charline Picon s’élance en binôme, et en bateau, dans la course à la médaille olympique
Charline Picon, l'interview (replay Twitch)
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Médaillée d’or à Rio en planche à voile, avant de buter sur la deuxième marche du podium aux JO de Tokyo, Charline Picon, LE visage féminin de l’olympisme tricolore, a décidé de pousser jusqu’à Paris pour tenter d’aller chercher une troisième médaille de rang.
  • L’athlète se lance dans une toute nouvelle discipline pour elle : le 49er FX, un bateau en binôme.
  • Charline Picon espère que les prochains Jeux auront un impact durable, et qu’ils vont « booster » l’envie des enfants de se mettre au sport.

À un an des Jeux, comment vous projetez-vous sur ce rendez-vous si particulier à domicile ?

Les Jeux à la maison, ça a clairement pesé dans la balance pour que je reparte après Tokyo. J’ai donné une interview l’autre jour, et parler des Jeux me procure tellement d’émotion que j’étais en pleurs au bout d’un quart d’heure. La médaille, c’est la concrétisation, mais le chemin qu’on parcourt est immense en matière de développement personnel, de partage, d’aventure humaine. L’émotion que j’ai vécue à Rio, avec ma famille sur la plage, c’était énorme. Je m’étais mis tellement de pression. À Tokyo, j’avais promis de rapporter une médaille à ma fille pour ses quatre ans et la finale était le jour de son anniversaire, c’était fort. J’ai envie de vivre des émotions et de les partager. J’ai souvent une vision, je me vois passer cette ligne d’arrivée olympique avec Sarah. Je n’arrête pas de lui dire : « Si on va au bout et qu’on fait une médaille, je peux te dire qu’on va chialer ! »

Vous avez quitté la RS:X, la planche à voile, qui vous a souri à Rio et Tokyo pour le 49er FX, un bateau en binôme. Ce choix était motivé par le besoin d’un nouveau défi ou par la disparition de la catégorie RS:X aux Jeux ?

C’est un mix. Il y a toujours de la planche à voile aux JO, mais c’est une planche avec un foil, qui vole au-dessus de l’eau. Cette discipline demandait une grosse prise de poids pour être performante et aller vite, ça m’a un peu freinée. J’avais aussi cette envie de partager une aventure, découvrir un sport d’équipe. A Tokyo, il n’y avait ni public, ni famille, c’était assez spécial. Ça m’a donné envie de partager quelque chose au quotidien. Le 49er FX est un bateau fun, à deux, c’est une sacrée aventure ! Mon équipière, Sarah (Steyaert), est à la barre, elle dirige le bateau, et moi, je gère plutôt les voiles, un poste assez physique. Tout le challenge est de réussir à communiquer.

Vous avez pu réutiliser vos compétences ?

J’avais des compétences en planche qui restent utiles pour ce projet. Ce sont les mêmes courses, les mêmes parcours. Mais techniquement, je suis partie de zéro. Quand j’ai commencé la voile à 11 ans, j’étais tout de suite sur une planche à voile, je n’ai jamais été sur un bateau. C’était la découverte, mais c’est intéressant de sortir de sa zone de confort ! C’est l’un des bateaux les plus instables en plus, on est debout la plupart du temps. Mes compétences en planche font que je me suis plutôt vite adaptée, mais c’est un vrai changement de discipline. J’ai eu besoin que Sarah me drive pendant presque un an pour que je trouve ma place.

Que représentent les JO pour vous ?

Les Jeux olympiques, c’est ma vie ! Ça fait vingt ans que tout tourne autour de ça. Les Jeux, pour moi, c’est de l’émotion. Si tu me montres les images de la médaille à Rio, je vais avoir la larme, ça réveille trop de choses. Il y a eu des mois difficiles avant Rio, j’étais presque dépressive. J’ai beaucoup travaillé avec mon préparateur mental Richard Ouvrard à cette période. J’étais très mal, mais cette médaille à Rio, c’était un bon médicament. Une troisième serait vraiment le médicament final ! Par rapport à la planche, je suis dans un nouveau contexte : il y a trois bateaux pour une place, c’est un peu plus chaud, tu ne sais pas si tu y seras.

Être en France (les épreuves se dérouleront à Marseille), si vous êtes qualifiée, ça apportera quelque chose en plus à cette expérience des Jeux ?

On n’a pas l’habitude d’être dans un stade. En athlétisme, le public donnera un plus en termes d’énergie, ça va être la folie pour eux. Nous, on n’a pas ça, on est en mer, loin. Je me souviens quand même que Londres, ce n’était pas loin de la maison, il n’y avait pas de décalage horaire, les gens nous envoyaient des vidéos, des messages. Tu sentais que ça montait fort en puissance. Là, à la maison, j’imagine que ça va être grandiose ! Il y aura nos supporteurs, nos familles, les gens qui vont s’intéresser aux Jeux près de chez eux… C’est tellement chouette de pouvoir partager, de sentir cette ferveur derrière nous.

Les Jeux vont-ils permettre d’amorcer une dynamique dans la pratique sportive en France ?

J’espère que ce ne sera pas éphémère, que les Jeux auront un impact durable, et que ça va booster l’envie des enfants de s’inscrire dans un club à la rentrée 2024. Beaucoup de choses ont été faites dans les écoles. Dans celle de ma fille, avec le label Paris 2024, ils ont plein de sensibilisation. La maîtresse veut faire un projet autour des Jeux olympiques. Ça bouge et tant mieux parce que c’est la future génération.