JO 2026 - Patinage artistique : Comment Cizeron et Fournier Beaudry ont réussi leur défi « vertigineux » en un an
c’est « correc »•Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry sont devenus mercredi soir champions olympiques de danse sur glace à Milan. La consécration d’un « challenge presque impossible » de treize mois semés d’embûches pour les deux amisJérémy Laugier
L'essentiel
- Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry ont remporté mercredi la médaille d’or olympique en danse sur glace lors des JO d’hiver de Milan-Cortina 2026.
- Le couple de patineurs français a su devancer d’1,43 point le couple américain Madison Chock-Evan Bates, triple champion du monde en titre, dans la patinoire de Milan.
- Il s’agit de l’aboutissement d’un duo d’amis ayant relevé « un challenge presque impossible », en se formant à seulement treize mois des Jeux olympiques en Italie.
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,
« Sur la glace, on se sent vulnérables et très forts en même temps. » La formule est de Laurence Fournier Beaudry et elle symbolise bien le programme libre que Guillaume Cizeron et elle ont proposé, mercredi soir lors des JO d’hiver 2026. Il y a certes eu des fragilités, avec deux déséquilibres du Français, qu’on n’aurait pas repérées sans les ralentis, avouons-le. Mais aussi, et surtout, une dimension envoûtante pour leur prestation sur la bande originale du film The Whale.
Après une attente « interminable », les deux amis ont appris à 22h56 qu’ils étaient champions olympiques, avec 1,43 point d’avance sur le couple américain Madison Chock-Evan Bates, triple champion du monde en titre. « On savait qu’on n’avait pas fait une performance parfaite, mais notre focus était ce soir de patiner avec notre cœur, détaille Guillaume Cizeron. On a essayé de mettre un maximum d’émotions, de prendre un maximum de plaisir et de donner un maximum de nous-mêmes. »
« Un challenge presque impossible », presque donc
Une démarche qui a convaincu les juges, au point de les installer sur le toit olympique de la danse sur glace. « Très émue » et avec « des difficultés à y croire », Laurence Fournier Beaudry remporte du même coup son premier titre olympique. Au contraire de Guillaume Cizeron, sacré en 2022 à Pékin avec Gabriella Papadakis, avant la douloureuse séparation qu’on sait fin 2024, et sur laquelle la patineuse française de 30 ans revient dans son récent livre Pour ne pas disparaître.
Quelques jours après l’annonce de l’arrêt de sa carrière sportive professionnelle, Guillaume Cizeron se lance « un challenge presque impossible » : être prêt pour les Jeux de Milan-Cortina 2026 avec sa nouvelle partenaire, la Canadienne Laurence Fournier Beaudry. Oui oui, pour une échéance XXL seulement treize mois plus tard.
L’intense pression médiatique venue des USA
« C’est vraiment vertigineux quand on regarde un an en arrière, confirmait mercredi le natif de la Loire, au micro de France Télévisions. Et dieu sait qu’on a eu des obstacles… Ça donne à cette médaille une saveur toute particulière. » Car outre les saillies envoyées le mois dernier par Gabriella Papadakis en direction de son ex-partenaire de compétition, Laurence Fournier Beaudry a dû faire avec des accusations d’agression sexuelle visant son ancien conjoint et partenaire de glace Nikolaj Sorensen.
Avec toute la pression médiatique que ces deux affaires impliquent, surtout de la part de la presse américaine, et un timing serré pour obtenir la naturalisation française. Celle-ci devient officielle le 4 novembre. Et trois mois plus tard, Laurence Fournier Beaudry a pu chanter la Marseillaise dans la patinoire de Milan, tout en déployant le drapeau tricolore.
Le couple s’appuie sur « un amour profond pour la danse sur glace »
« On a travaillé tellement fort pour être ici. Mais je dirais qu’il n’y a pas eu de doute », assure la désormais patineuse franco-canadienne sur France TV, ce qui provoque un rire nerveux de Guillaume Cizeron à ses côtés. Mais celle-ci se justifie : « On a vraiment vécu des beaux moments à l’entraînement. Chaque jour passé avec Guillaume est magique. C’est quelqu’un que j’apprécie, le meilleur patineur au monde, et c’est un honneur de m’entraîner avec lui ».
Un sacré hommage, tandis que le vice-champion olympique de Pyeongchang se retrouve face à une question délicate en zone d’interview, invité à départager ses deux médailles d’or aux Jeux sur le plan émotionnel. « Je ne peux pas vraiment comparer, chaque expérience est différente et magique, glisse-t-il habilement. Ce qui nous donne beaucoup d’émotions ce soir, c’est de regarder en arrière et de voir le chemin parcouru. » Guillaume Cizeron poursuit.
« Je pense qu’on a non seulement créé ce programme mais aussi notre histoire, une vie pour nous deux qu’on a choisie. Ça nous a donné énormément de puissance et on savait exactement pourquoi on reprenait le patinage. On a un amour profond pour la danse sur glace, et ce soir, c’est vraiment la célébration de toutes ces heures de travail, de tout l’amour qu’on a pu mettre dans ce projet. »
Cap sur les Mondiaux de Prague fin mars
Un projet voué à perdurer encore longtemps pour les patineurs de 31 et 33 ans, avec les JO 2030 en France dans le viseur ? « Pour le moment, on veut vraiment savourer cet instant, coupe Laurence Fournier Beaudry sur France TV. C’est certain qu’on va être aux Championnats du monde [du 23 au 29 mars 2026 à Prague], même s’ils nous paraissent tellement loin là. » Le solide lien d’amitié entre Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry, renforcé par LE titre suprême de la discipline, a en tout cas déjà résisté à de nombreux vents contraires.
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026« On s’était dit qu’on allait le faire pour nous en premier, parce qu’on aime patiner ensemble, conclut le Français. C’est ce qui nous a tenu debout pour avancer dans chaque épreuve traversée. Tant qu’on est l’un avec l’autre, on est heureux, "correc" en québecois. » Et sans doute encore un peu plus que ça, ce jeudi matin, en se réveillant avec une médaille d’or sur la table de chevet.



















