JO 2024 – Handball : « Je ne suis pas inquiet pour l’avenir », assure la légende Jérôme Fernandez
Interview•L’ancien capitaine et meilleur buteur de l’histoire des Bleus se veut optimiste après l’échec en quart de finale dans ces Jeux olympiques à domicilePropos recueillis par Nicolas Stival
L'essentiel
- Alors que l’équipe de France féminine de handball défendra son titre olympique samedi à Villeneuve-d’Ascq contre la Norvège, les hommes sont restés à quai dès les quarts de finale.
- Cette défaite cruelle face à l’Allemagne (34-35 a.p.) aura été le dernier match en sélection de Nikola Karabatic, Vincent Gérard et Valentin Porte. Les deux premiers ont même pris leur retraite sportive.
- Jérôme Fernandez, ancien capitaine multititré des Bleus, veut croire en des lendemains qui chantent de nouveau.
A Villeneuve-d’Ascq,
Il n’y aura pas de double-double. Les deux équipes de France de handball étaient reparties de Tokyo avec l’or olympique. Ce week-end à Villeneuve-d’Ascq, seules les filles d’Olivier Krumbholz peuvent espérer conserver leur titre à la maison, si elles se défont samedi de leurs rivales norvégiennes.
Les joueurs de Guillaume Gille, eux, regarderont la finale hommes depuis le canapé, dimanche. Enfin, si le cœur leur en dit, après la désillusion en quart, mercredi contre l’Allemagne (34-35 a.p.), née d’une incroyable boulette commise alors que le temps réglementaire agonisait.
Du haut de son 1,99 m et surtout de ses neuf titres en Bleu (dont l’or olympique en 2008 et 2012), Jérôme Fernandez (47 ans) a une bonne vue sur l’horizon de la sélection. Et l’ancien capitaine et toujours meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France (1.463 réalisations en 390 capes), consultant pour France Télévisions sur ces Jeux, se montre optimiste.
Comment analysez-vous ce tournoi raté ?
Cela avait été un choix d’aller dans cette poule [le groupe B, le plus dur avec notamment le Danemark et la Norvège], de faire une préparation qui amène l’équipe à être dans les meilleures conditions à partir de la deuxième semaine. On a vu contre l’Allemagne que les joueurs étaient mieux physiquement qu’au début de la compétition. Malheureusement, on a perdu des matchs avant, ça a entamé la confiance et l’équipe n’a jamais trouvé son rendement habituel. Malgré tout, elle a fait son meilleur match et elle se fait sortir sur un fait de jeu cruel.
Dans ce sport, il n’y a pas trop le temps de gamberger car les compétitions s’enchaînent vite. Le prochain championnat du monde aura lieu dès janvier prochain (en Norvège, au Danemark et en Croatie). Est-ce un avantage ?
Il y a plusieurs avantages. Déjà, certains joueurs évoluent à l’étranger, ils vont se remettre dans le quotidien du club, loin de tout ce qui s’est passé cet été en France. Et puis en effet, il y a ce Mondial qui arrive en janvier. L’équipe va devoir repartir de l’avant quoi qu’il en soit. Je ne suis pas inquiet. Je sais qu’eux et le staff trouveront les ressources suffisantes pour repartir de l’avant. Mais c’est sûr qu’il va falloir digérer.
Juste après la défaite contre l’Allemagne, l’émotion ne filtrait pas dans la plupart des discours. Est-ce qu’avec le recul, les joueurs vont se rendre compte à côté de quoi ils sont passés ?
Je ne sais pas. C’est toujours compliqué de comparer les époques, mais nous avons connu une énorme déception à Athènes (aux JO 2004) quand Jackson (Richardson) était porte-drapeau. Nous faisons une très bonne phase de poules, nous terminons premiers et nous croisons avec le quatrième de l’autre groupe, la Russie. Là, nous nous faisons sortir après notre pire match de la compétition (24-26 en quart de finale).
On sait très bien qu’aux JO, l’heure de vérité démarre avec les quarts. Cette fois-ci, il s’en est fallu de peu pour que ça passe. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Il faudra de toute façon trouver ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi on est arrivés à cette situation-là.
Certains glorieux anciens passent la main : Nikola Karabatic, Vincent Gérard et Valentin Porte. Êtes-vous tout de même optimiste pour la suite ?
Oui. Le réservoir, on l’a. On perd des joueurs qui ont une très grosse expérience. Il va falloir, comme on l’a fait à l’Euro [remporté en janvier dernier], recomposer notre paire ou notre trio de gardiens, pour avoir la stabilité que l’on avait sur ce tournoi avec Vincent. Au niveau des joueurs de champ, je ne suis pas très inquiet. On a un gros vivier, avec des garçons comme Thibaud Briet, qui doivent entrer dans le groupe et prendre la place de Nikola. On a Benoît Kounkoud ou d’autres gauchers qui peuvent remplacer Valentin. Vraiment, je ne suis pas inquiet pour l’avenir.
Mais ce qui est sûr, c’est que si nous avions réussi un excellent résultat dans cette campagne, cela aurait pu déboucher sur une période de domination, en compagnie des Danois, avec lesquels nous aurions pu nous battre chaque fois pour aller chercher les titres. Au lieu de ça, nous allons prendre un coup au moral. Il va falloir vite se relever. Mais vraiment, cette génération et ce groupe ont tout ce qu’il faut pour performer lors du prochain cycle olympique. Ils l’ont montré d’ailleurs entre Tokyo et aujourd’hui.
Quand tu enlèves Niko (40 ans), Vincent (37 ans) et Valentin (33 ans), la moyenne d’âge baisse beaucoup. Ceux qui vont entrer sont de la même génération, ou plus jeunes, que les cadres d’aujourd’hui. Nous avons déjà des joueurs qui évoluent dans les meilleurs clubs d’Europe et ont un palmarès incroyable.
Et avec les équipes de jeunes, y a-t-il aussi de quoi faire ?
Ce sont aux formateurs et aux entraîneurs de ces équipes de le dire. Mais aujourd’hui, je crois que nous disposons d’un vivier assez important pour ne pas avoir besoin d’aller piocher dans les équipes de jeunes. Ceci dit, il faudra aussi préparer l’après-Los Angeles (organisatrice des JO en 2028) et l’après-Brisbane (en 2032). Petit à petit, il faudra intégrer une, deux ou trois rotations supplémentaires pour que ces jeunes prennent de l’expérience.
Pour vous, il n’y a donc pas de raison de toucher à l’encadrement.
Il va bouger forcément, puisque Érick Mathé (l’adjoint de Guillaume Gille) s’en va (à Montpellier). Ensuite, quelle sera la composition du staff au Mondial en janvier ? On le saura dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Je pense qu’il y a des choses qui vont évoluer. Il faut voir qui est candidat, est-ce que ça vaut le coup de changer. Ce sera à la Fédération de faire son choix.


















