Mondial de hand : Gardienne primée, prépa compliquée et libertés contrôlées, on vous raconte la première historique de l'Iran

HANDBALL C'est la première fois qu'une équipe féminine iranienne se qualifie pour un Championnat du monde

Antoine Huot de Saint Albin
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Les Iraniennes posent avec les Norvégiennes après le match de poule.
Les Iraniennes posent avec les Norvégiennes après le match de poule. — IHF
  • L'Iran dispute son premier Mondial avec une équipe féminine.
  • Aux Championnats du monde de handball, même si elles enchaînent les défaites, la gardienne a été élue meilleure joueuse face à la Norvège.
  • Mais les Iraniennes sont très surveillées par le régime de la République islamique.

Quel autre sport que le handball féminin, et sa phase préliminaire de Championnat du monde à rallonge, peut nous procurer autant d’émotions ? A peu près tous, on va être honnêtes. Mais, parce qu’il y a toujours un « mais », on a quand même vécu un beau moment de sport, comme le disait Gégé Holtz, après le match Iran-Norvège, dimanche soir. Bon, pas à cause d’une improbable victoire des Perses face aux  doubles championnes olympiques, non. Il n’y a pas eu match : 22-3 à la mi-temps, 41-9 à la fin du match. C’est la piquette, Jack.

Si les poils se sont dressés sur nos petits bras, c’est surtout en voyant la gardienne iranienne Fatemeh Khalili Behfar recevoir le trophée de joueuse du match à la fin de la rencontre. Déjà autrice de 18 arrêts lors du premier match face à la Roumanie, perdu 39-11, la joueuse de 25 ans a réalisé quelques gros arrêts face aux Norvégiennes après s’être fait canarder à longueur de temps.


Emotion générale

En tout, 86 tirs en deux matchs (29 % d’arrêts). Ça méritait donc bien une petite récompense pour services rendus à la nation. Fatemeh Khalili Behfar a fondu en larmes au moment de recevoir la distinction. Ça pleurait même chez les Norvégiennes, qui ont demandé à faire une photo de groupe pour immortaliser le moment.

 Je suis si content pour elle, nous fait savoir Ali İhsan Tekin, son entraîneur en Turquie. C’est une femme respectueuse, calme et de devoir. Elle travaille beaucoup. Même si elle reçoit 180 tirs pendant un match, ça ne sera pas un problème, parce que c’est une personne qui adore son boulot et adore travailler. »
 

Une belle distinction pour un pays qui dispute son premier Mondial. La première fois, aussi, qu’une équipe nationale féminine iranienne participe à un championnat du monde, que ça soit en seniors, espoirs ou juniors. Alors, on ne va pas vous mentir, l’Iran n’est pas devenu en quelques années une nation qui compte dans le handball mondial, mais le pays a profité de l’ouverture de la compétition à 32 équipes pour se faire une petite place, grâce à une quatrième place obtenue aux Jeux asiatiques.

« Un événement historique »

Si certaines, comme Alexandra Lacrabère, sur beIN Sports, sont franchement contre ce Mondial à 32 – « Ce n’est pas une très bonne publicité pour le handball » –, d’autres, comme le sélectionneur norvégien, y sont favorables, notamment pour mettre en lumière l’Iran : « J’attends ce match avec impatience, expliquait Thorir Hergeirsson au site norvégien Aftenposten. Pour les femmes musulmanes, c’est merveilleux. Il s’agit d’un événement historique. »

Historique, en effet, pour une sélection dont la majeure partie des joueuses évoluent au pays. Seules trois, dont la désormais légendaire Fatemeh Khalili Behfar, évoluent à l’étranger, en Turquie, toutes dans le même club : Antalya Anadolu Spor Kulübü. « Une première joueuse iranienne nous a été proposée et j’aimais bien sa façon de jouer. Du coup, j’ai demandé si d’autres coéquipières étaient intéressées et nous les avons toutes recrutées en même temps », raconte Ali İhsan Tekin.

Pas de médiatisation au pays

On imagine déjà la suite. Fatemeh Khalili Behfar recrutée par Brest, elle fait gagner la Ligue des champions, l’Iran n’en finit plus de grandir et remporte les JO en 2024 à Paris devant des Françaises médusées. Bon, on va peut-être un peu vite. « En Iran, le handball est devancé par le football, la lutte, le volley et le basket. Surtout en tant que sport féminin, c’est très limité. Là, pour le Mondial, elles n’ont pas eu de préparation, pas de terrain d’entraînement, pas de matchs amicaux, » explique Reza Mohaddes, journaliste sur la chaîne indépendante  Iran International, basée à Londres, qui couvre le Mondial en Espagne.

D’ailleurs, niveau médiatisation, difficile de mobiliser les foules, car tout est contrôlé par les chaînes gouvernementales. « La télévision d’Etat ne montre pas les matchs et ne couvre même pas les événements sportifs féminins, reprend Mohaddes. En Iran, on a juste droit à de rares photos des joueuses iraniennes [les joueuses adverses sont censurées car non couvertes]. La seule façon de voir des images de ce championnat du monde, c’est sur les réseaux sociaux, avec un proxy, car sinon, c’est bloqué. »

Surveillées par un agent de sécurité

La République islamique a aussi interdit aux joueuses de répondre directement à notre journaliste [qui ne peut pas rentrer dans son pays], car il travaille dans une chaîne, considérée par le régime, d’opposition. Les handballeuses sont également surveillées et encadrées par un agent de sécurité du ministère des Sports​, en relation avec les Renseignements généraux.

« C’est fait pour les contrôler, pour leur interdire de parler à certains médias étrangers, pour leur interdire de sortir, de faire la fête, reprend Mohaddes. Dès qu’un sportif ou une sportive sort d’Iran pour une compétition, il est obligé de laisser une caution très élevée pour l’obliger à rentrer au pays et éviter des cas comme le judoka Saeid Mollaei [médaillé d’argent à Tokyo sous les couleurs mongoles]. Au Mondial, les handballeuses sont dans une sorte de bulle. » Les autorités sanitaires espagnoles doivent apprécier. Les défenseurs de la cause des femmes un peu moins.