Euro de hand: De 2008 à 2018… Qu’est-ce qui a changé dans la vie d’un Expert?

HANDBALL En dix ans, les Experts sont devenus des stars et leur quotidien a changé...

B.V.

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Nikola Karabatic en 2008 (à gauche) et en 2018
Nikola Karabatic en 2008 (à gauche) et en 2018 — SIPA
  • Les Experts ont tout gagné ou presque depuis 2008.
  • Leur quotidien a forcément été impacté par leur réussite.

A l’époque, Jérôme Fernandez avait encore la nuque longue, Nikola Karabatic le visage juvénile et Olivier Girault le brassard de capitaine. Il y a dix ans, l’équipe de France version Experts remportait aux Jeux olympiques de Pékin un titre fondateur, qui allait en amener une palanquée d’autres. Devenus des stars du paysage médiatique français, les Experts, en demi-finale de l’Euro vendredi face à l'Espagne (18h), ont aussi connu avec les succès un bouleversement de leur vie. Etre un Expert en 2018, ce n’est plus la même chose qu’être un Expert en 2008, comme nous l’expliquent Jérôme Fernandez, le DTN Philippe Bana et l’agent de Nikola Karabatic, Bhakti Ong.

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Le quotidien : « De pro à ultra-pro »

Que ce soit en club ou en équipe de France, le « personnel » autour des joueurs n’a pas beaucoup changé : un médecin, deux kinés, un vidéo-statisticien, etc. « Ce qui a changé, c’est le souci du détail, explique Philippe Bana. Il y a toujours eu des séances vidéos, mais aujourd’hui, pour lire le jeu, un joueur reçoit des images d’analyses vidéo, des statistiques, et peut faire des commandes, précise le DTN. Les gardiens ont leur propre logiciel d’analyse des tireurs adverses. »

Pour lui, les Experts sont passés « de professionnel à ultra-professionnel », « dans leur capacité à se préparer, à ce que leur corps soit un outil de travail, à être très prudent sur la gestion de physique dans leur carrière. » « Le rythme des compèt' a changé, un international dans un grand club fait 70 matchs dans l’année alors la récupération, le repos, c’est très important, confirme Bhakti Ong. Le plus compliqué c’est de conserver la fraîcheur mentale. »

L’attractivité sportive : « Nous sommes une usine à cracher du handballeur international »

Aujourd’hui, « l’Expert » est devenu un gage de qualité internationale. « Avec l’avènement du championnat de France comme le meilleur du monde, nos joueurs passent leur temps baignés dans la partie supérieure du haut niveau », assure Bana.

De gauche à droite, Kentin Mahé, Ludovic Fabregas, Nedim Remili et Valentin Porte (avec Tim N'Guessan et Dika Mem cachés derrière), la relève de l'équipe de France de handball.
De gauche à droite, Kentin Mahé, Ludovic Fabregas, Nedim Remili et Valentin Porte (avec Tim N'Guessan et Dika Mem cachés derrière), la relève de l'équipe de France de handball. - Alain Coudert/sportsvisio/SIPA

« Nous sommes une usine à cracher du handballeur international, même nous on se dit "c’est pas possible", poursuit le DTN. Les grands clubs ont compris que la France était le nec plus ultra de la formation. Nos jeunes joueurs partent aussi plus vite à l’exportation, comme Dika Mem à Barcelone, où ils obtiennent facilement des contrats. L’Expert en tant que tel n’est pas un miracle qu’on attend quinze ans, le miracle est permanent. On a une densité d’Experts qui n’a jamais atteint un tel chiffre. »

Les salaires : « Chez les jeunes, c’est double ou triple »

« Les salaires n’ont jamais atteint ceux du rugby ou du foot mais sont en constante évolution », estime Philippe Bana, ce que confirme Bhakti Ong : « Le sport a progressé, les clubs ont grandi ».

A titre indicatif, selon différentes sources à travers les années, un Nikola Karabatic est passé de 25.000 à 90.000 euros brut par mois environ durant cette période, où il a connu Kiel, le Barça et le PSG. Mais il est largement au-dessus de la majorité de ses coéquipiers, qui sont eux passés d’une moyenne de 10.000 à 15/20.000 euros. De même, la prime de victoire du Mondial-2017 était comprise entre 70 et 100.000 euros par joueur contre 45.000 après la victoire de 2009 en Croatie.

Pour Jérôme Fernandez, c’est surtout les jeunes internationaux qui en profitent. « Pour les cadres ça a un peu évolué, mais les salaires se sont envolés pour les jeunes, explique-t-il. Quand je suis arrivé en équipe de France, j’avais un bon salaire mais quelque chose de raisonnable. Ceux qui ont aujourd’hui l’âge que j’avais à l’époque touchent le double ou le triple de ce que je touchais. »

Les Experts en 2012
Les Experts en 2012 - Christophe Simon afp.com

La visibilité médiatique : « Mme Michu regarde les Experts au lieu de Joséphine Ange-Gardien »

Devenus des stars du sport français, les Experts sont de plus en plus demandés par les médias. « De 30 ou 40 journalistes sur des compétitions, on est passés à 100, avec des médias qui n’ont pas du tout l’habitude du sport, mais on n’a jamais été fermés », assure Jérôme Fernandez. « Nous avons régulé mais en gardant quand même le principe de proximité, poursuit le DTN. Lors de cet Euro, on a quand même fait un pot avec les supporters et les médias ce qui n’est pas envisageable dans d’autres sports. »

« L’évolution de l’image est difficile à quantifier. Si on prend l’exemple de Mme Michu de Lannemezan, elle ne connaissait personne à part peut-être Jackson Richardson, détaille l’agent. Aujourd’hui, elle les voit régulièrement sur TF1 ou M6 le vendredi soir en demi-finale à la place de Joséphine-Ange-Gardien. » Bana : « Les performances durables font que la médiatisation a touché l’Expert. En dix ans, les droits marketing ont été décuplés. C’est la troisième compétition consécutive où TF1 ou M6 rachète les droits à BeIN de la fin des compétitions. Les grands médias ont compris que quand tu mets du hand, il peut y avoir 10 millions de personnes devant la télé ».

Le marketing : « L’Expert est devenu bankable, mais à taille humaine »

C’est la conséquence directe : si l’image des Experts est aussi bonne, elle se monnaye plus cher. En 2008, Nikola Karabatic était le premier à apparaître dans une publicité pour Mennen. Aujourd’hui, d’autres (Omeyer, Narcisse) y ont eu droit. Le sport est devenu aussi une affaire d’argent. « Aujourd’hui, il y a nettement plus d’agents qu’il y a 10 ans », explique Jérôme Fernandez.

« L’Expert est devenu bankable, mais à taille humaine, note Philippe Bana. Par exemple, il n’y a pas encore une systématisation des droits d’image. C’est une discussion des temps qui viennent, vers 2024. Le développement marketing reste marginal, il se concentre sur la super élite et quelques joueurs dont la tête de pont est Nikola Karabatic. »

Son agent confirme. « Il a émergé comme le leader médiatique et sportif de l’équipe de France, lance Bakhti Ong. Il est sorti du cadre handball, il y a eu une forme de peoplisation qu’on a vu lors de l’affaire des paris. On reçoit des invitations pour plein de trucs hors sport. »