Euro 2018: Adieu les 2001, les Experts se renouvellent... Faut-il s'enflammer pour ces jeunes?

HANDBALL Entre les départs à la retraite des uns et le forfait des autres, les jeunes handballeurs français prennent du pouvoir dans le groupe Dinart...

William Pereira

— 

Nicolas Tournat incarne le futur des Experts

Nicolas Tournat incarne le futur des Experts — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Mine de rien, ça nous a fait tout drôle, de débarquer en début de semaine dans l’hôtel parisien où s’était établie l’équipe de France avant de partir pour l’Euro croate (12-28 janvier) et d’y ressentir comme un immense vide. Non pas que Didier Dinart et ses ouailles aient décidé de snober le point presse organisé par la Fédé de hand au lendemain de la défaite contre le Danemark en Golden League, mais le simple fait de ne pas y voir Titi Omeyer ou Daniel Narcisse déambuler au milieu des journalistes laisse forcément nostalgique.

Une page s’est définitivement tournée et l’hommage rendu aux derniers champions du monde de 2001 des Bleus sur le parquet de l’Accor Hotel Arena dimanche a fini de clore ce chapitre. Et maintenant, que va-t-on faire ?  Laisser la place aux jeunes.

Vieux, jeunes… Du pareil au Mem ?

Le saut est périlleux, l’issue incertaine, mais le sélectionneur des Bleus, Didier Dinart n’a guère eu le choix au moment de dresser sa liste que d’emporter dans ses valises des joueurs inexpérimentés : en plus des départs à la retraite, les experts font face à une vague de blessures. Pas de Nyokas, pas d’Accambray, pas de Fabregas (un jeune, certes). En Croatie, c’est « roulez jeunesse » et ambiance voyage scolaire. Trombinoscope :

  • Nedim Remili (22 ans, déjà une vingtaine de sélections)
  • Dika Mem (20 ans, s’éclate au Barça)
  • Nicolas Tournat (23 ans, le boss de la nouvelle génération)
  • Romain Lagarde (20 ans, réserviste)

Sans oublier les « vieux » jeunes Kentin Mahé (26 ans), Timothey N’Guessan (25 ans, dont Michael Guigou pense qu’il va être « amené à avoir plus de responsabilités ») et Benjamin Afghour (26 ans). Au total, un gros tiers de la délégation amenée à se frotter aux Hansen, Sagosen et consorts, sera estampillée (très) jeune. Vous avez peur ? Pas eux. Dika Mem :

On parle beaucoup de reconstruction. C’est vrai qu’il y a des joueurs qui sont partis et des blessés… Malgré tout ça, on a un bon groupe »

Michael Guigou n’est pas plus pessimiste : « quelque part, le but de cette équipe, c’est aussi de faire grandir les jeunes ». En fait, on a même l’impression qu’il y a un enthousiasme général autour de ce changement majeur, notamment dans le vestiaire. « Il y a comme une rupture. Avant on sentait qu’il y avait "eux", les titans du handball [les 2001], et le reste du groupe. Maintenant on ressent moins cette barrière », expose Cyril Dumoulin, la trentaine passée, qui incarne pourtant avec Nikola Karabatic et Michael Guigou la vieille garde des Experts.

Mais à l’aube de cet Euro 2018, soyons francs. Bonne ambiance ou pas, si les bizuts étaient des peintres, les commentaires à leur égard seraient sans doute moins laudateurs. Sauf qu’on parle de deux médaillés de bronze aux Mondiaux junior de 2017 (Mem et Lagarde) et d’un champion du Monde junior en 2015, Nicolas Tournat, à qui Kentin Mahé tresse des lauriers (« Nico tourne de manière impressionnante à Nantes, ça nous fait beaucoup de bien dans notre attaque ») et dont Cédric Sorhaindo loue l’expérience précoce (« c’est déjà un grand joueur qui joue deux fois par semaine avec la Ligue des champions »). C’est incontestable, ces petits sont forts.

« A 19, 20 ans, on a perdu contre des mecs qu’on n’a plus jamais revus »

Mais à grands pouvoirs s’ajoutent grandes responsabilités pour ces étendards de la première génération réellement performante chez les jeunes – trois ans qu’ils ne quittent plus le podium de l’Euro et du Mondial en juniors - et dont on attend forcément beaucoup. Kentin Mahé :

J’ai effectivement l’impression qu’on donne un peu plus de crédit aux jeunes. Ça fait partie du processus de notre temps. Ils ont plus de notoriété mais aussi plus de devoirs à rendre quelque part. En tout cas plus tôt que ce qu’on attendait auparavant. Avant, les anciens tenaient l’équipe plus longtemps maintenant, on est obligé, dû à la retraite internationale des stars, de leur donner plus de crédit plus tôt et s’ils acceptent ça… On a une génération de joueurs nés en 96-97 qui arrive, qui est déjà là et qui nous apporte déjà énormément. Moi je trouve pour le moment que ça se passe bien. »

Attention cela dit à ne pas exploser en plein vol. Des espoirs titrés et annoncés comme cracks des temps futurs avant de se dissoudre dans l’atmosphère à la moindre difficulté venue, on en a connu dans tous les sports où la France est un tant soit peu performante – on peut facilement faire un top 50 avec les footballeurs en herbe. C’est d’ailleurs peu ou prou le propos de Luc Abalo, qui s’est personnellement chargé de calmer nos ardeurs. « A 19, 20 ans, nous, on a perdu contre des mecs qu’on n’a plus jamais revus après. Donc… »

Et Kentin Mahé de conclure : « même si je me réjouis et suis fier de voir que les équipes jeunes et juniors du handball français continuent de performer, on sait très bien qu’il n’y a entre guillemet que la France A qui compte. Ça a toujours été le mot d’ordre dans notre fédération. » Ou comment éteindre l’enflammade en deux coups d’extincteur.