Euro de hand: Quand la France gagnait face à la Croatie le «plus grand match» de son histoire

HANDBALL En 2009, les Bleus sont allés gagner la finale du Mondial en Croatie, dans une ambiance hallucinante…

B.V.
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Et pas n'importe quelle France monsieur
Et pas n'importe quelle France monsieur — SIPA/20 Minutes
  • En 2009, l’équipe de France a gagné le match le plus dur de son histoire en finale du Mondial face à la Croatie.
  • On vous raconte cette rencontre sous haute tension.

Si on vous demandait, là comme ça, de nous raconter vos meilleurs souvenirs de la génération Experts, qu’est ce qui vient au cerveau ? Les titres olympiques, le fracassage du plateau de l’équipe TV, le clapping de la victoire à la fin du Mondial en France ? Ce serait bien vite oublier la victoire aux championnats du monde en Croatie. Mais si, vous savez, celle dont on ne retient qu’une image : le tête à tête mythique entre Nikola Karabatic et Ivano Balic, deux des meilleurs joueurs de l’histoire.

Perdue au milieu d’une palanquée de titres, cette finale remportée face au pays hôte - que les Bleus retrouveront mercredi soir pour terminer le tour principal de l’Euro – a une signification particulière. L’increvable Michael Guigou revenait dès 2013 sur ce match de dingue face à la Croatie :

C’est peut-être le plus grand match jamais réalisé par cette équipe de France. C’était France-Croatie, les deux meilleures équipes de la décennie qui se retrouvaient en finale, en Croatie, dans une ambiance énorme… C’était l’apothéose, la première fois qu’on enchaînait deux victoires consécutives dans une grande compétition après les JO. »

Capitaine de l’époque, Jérôme Fernandez confirme qu’il s’agit pour lui de « la plus belle victoire de notre épopée ». Il faut comprendre la symbolique. Tout juste championne olympique, l’équipe de France vient défier la meilleure nation de l’histoire du handball, chez elle. Philippe Bana, DTN du hand français depuis 1999, plante le décor historique :

« Nous avons deux dates avec les Croates, explique-t-il. La première passation de pouvoir, c’est quand on les bat pour la première fois en 1995. Jusqu’alors, notre relation avec les Croates, c’est le maître et l’élève. Les entraîneurs yougoslaves puis croates venaient en France pour nous enseigner la technique et la tactique. Là-dessus, tout au long des années 2000, on commence à asseoir une domination mais ils restent en termes d’expertise la nation référence. Et puis il y a 2009, ce moment très particulier, très intense, qui pèse lourd en terme historique, dans un pays où il y a une ferveur populaire autour du hand. C’était le jour des maîtres pour savoir qui était la meilleure nation du monde. Et on est devenu les maîtres du monde. »

Le Zagreb Arena, en 2009
Le Zagreb Arena, en 2009 - SIPA

L’ambiance dans la Zagreb Arena, chauffée par les 15.000 supporters croates, est surréaliste. « Tout le peuple croate était derrière cette équipe, se souvient Bana. Dans la salle, c’était un bazar innommable. Ça crie, on s’entend pas parler, Claude Onesta n’arrive pas à coacher… »

Si vous n’avez aucun souvenir de ce match, on vous invite à regarder la vidéo en dessous pour sentir la tension, l’ambiance et le niveau de jeu ahurissant.

Battus en poules par les Croates quelques jours plus tôt dans un match sans importance, les Bleus d’Onesta ont dessiné une tactique précise. Fernandez raconte :

Le plan de jeu, c’était de ne pas emballer le match. On voulait rester au coude à coude le plus longtemps pour tuer le match dans le dernier d’heure sans qu’ils puissent réagir. Si on menait rapidement au score, on avait peur de se laisser griser et qu’avec le public ils remontent en deuxième mi-temps et soient inarrêtables. En revanche on savait que si on leur mettait un petit coup derrière la tête vers la 45-50e minute, le temps qu’ils réagissent ce serait terminé ».

Avec du recul, Philippe Bana se souvient de cette stratégie « intelligente ». « Claude Onesta a dit : "On sait qu’on a la force de les battre, mais il ne faut pas les battre trop vite", explique le DTN. Dans ce contexte, avec le public, la pression sur les arbitres, le but du jeu était de se planquer, d’avancer masqué quitte à être un peu derrière au début. Puis leur envoyer le rouleau compresseur à la fin, que le public ne le voit pas arriver. »

Dire que ça a marché est un euphémisme. Dans le dur en première mi-temps, les Bleus s’accrochent grâce notamment à quelques lucarnes incroyables de Daniel Narcisse. A la 45e minute, le score est de 18-18. Un quart d’heure plus tard, les Bleus sont champions du monde 24-19. Et au milieu, l’image : le tête contre tête entre les deux meilleurs joueurs du moment, Ivano Balic et Nikola Karabatic. Le Croate est énervé, le Français sourit.

Nikola Karabatic et Ivano Balic, le 1er février 2009
Nikola Karabatic et Ivano Balic, le 1er février 2009 - Marko Djurica / Reuters

« C’est un moment très symbolique, recontextualise Bana. Au milieu de tout ça, il y a ce gamin, Nikola Karabatic, que la Croatie a offert à la France d’une certaine manière quand son père l’amène chez nous à 4 ans. Dans ce tête à tête, il n’y a pas de violence, d’agressivité, c’est juste la fierté des uns et des autres. D’un côté on a le meneur de jeu du siècle, Balic, de l’autre Niko qui arrive à maturité et qui s’oppose à cette domination en disant "l’avenir c’est nous". C’est le passage de deux générations, de deux pays. »

Le mental et la défense

Cette image résume cette rencontre. Sûre de sa force, la France de Karabatic contrôle. Elle sait qu’elle finira par gagner. « Jamais la dimension mentale n’a été aussi importante que ce jour-là, poursuit Fernandez. On a gagné ce match sur la maîtrise ». Guigou enchaîne : « Le match a été éprouvant, parce qu’on ne s’est détachés qu’à la fin, mais on a toujours maîtrisé. Quand toutes les équipes explosaient pendant ce Mondial contre la Croatie, on leur met un 3-0 et on ne lâche plus. » Philippe Bana :

Cette équipe avait engrangé beaucoup de confiance. Les Jeux de 2008 ont été le déclic. Le jeu était élaboré, puissant, le banc était extraordinaire. Il y avait une force mentale et technique qui se dégageait de cette équipe, et les gens le voyaient. Cette tranquillité, elle vient de la conscience de la puissance que représente l’équipe. On la retrouve dans la dernière causerie de Claude Onesta avant le match. Il n’y a pas un bruit, pas une question, c’est calme : "Quand on va perdre, ne vous affolez pas". Ils savent que quand ça va pas, Daniel Narcisse va sortir un 1 contre 1, que Niko va tout arracher, que Thierry Omeyer va être le dernier rempart. »

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Le rouleau compresseur est surtout défensif. Un seul but marqué dans le dernier quart d’heure, les Croates sont écœurés. « La Croatie était l’équipe qui jouait la mieux avec le ballon et nous la meilleure défense, synthétise Fernandez. On a démontré que dans ce genre de matchs, la défense prenait le pas sur l’attaque ». Plus encore que celle des JO, cette victoire en Croatie a donné à la génération Experts la confiance pour enchaîner les titres. « Oui, ce jour-là, on est devenu la meilleure équipe du monde, on a pris le dessus sur la génération forte de la Croatie », résume Fernandez.

Didier Dinart et Luc Abalo ferment la porte à Ivano Balic
Didier Dinart et Luc Abalo ferment la porte à Ivano Balic - SIPA

Nikola Karabatic apprécie avec un certain recul la performance de 2009. « Depuis qu’on a gagné le Mondial à domicile, que j’ai ressenti cette énergie de jouer à domicile, je regarde en arrière et je me dis que tout ce qu’on a accompli, de battre des pays hôtes comme la Croatie, c’est vraiment fort. »