Mondial de handball: Deux jours à tuer avant la finale, c'est long! (mais ça peut servir)

HANDBALL Comme le dit si bien Jean-Mi, au comptoir du Balto, «faut faire gaffe à pas jouer le match avant dans sa tête»...

Nicolas Camus

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Les joueurs de l'équipe de France ont deux jours à tuer avant de revenir à l'AccorHôtel Arena de Bercy, pour la finale du Mondial.
Les joueurs de l'équipe de France ont deux jours à tuer avant de revenir à l'AccorHôtel Arena de Bercy, pour la finale du Mondial. — Coudert/Sportsvision/SIPA

C’est marrant, le temps. Pas la météo, non, mais la notion même de temporalité. C’est marrant comme deux jours peuvent passer si vite quand on est en week-end-relaxation-thalasso-machin-truc, par exemple, et comme ça peut passer très lentement quand on attend quelque chose qui nous fait saliver. Prenez, au hasard, la finale du Mondial de handball. On aimerait que ça arrive, là, tout de suite, pour arrêter de faire chauffer le cerveau au bain-marie et enfin être dans l’action. Mais il faut bien se résigner… Ce n’est que dimanche.

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Ces deux jours entiers à tuer ne sont pas forcément très simples à gérer pour les joueurs. Surtout quand ils ont le sentiment de péter le feu, comme c’est le cas des Bleus (on y reviendra). « Attendre deux jours, c’est hyper long. Moi je suis en pleine forme, et il ne me tarde que d’une chose, c’est de jouer. Si on jouait ce soir, il n’y aurait pas de soucis », disait ainsi Valentin Porte ce vendredi midi. « Pour moi aussi c’est long, ajoutait Nedim Remili, lui aussi de corvée médiatique au lendemain de la victoire contre la Slovénie. Mais je suis jeune. Certains ont peut-être besoin de plus de repos. »

Il y a en fait deux aspects dans cette notion d’attente. La récupération physique d’un côté, le bouillonnement mental de l’autre. Commençons par le second. La maxime est connue de tous les sportifs, il ne faut pas « faire le match avant dans sa tête ». Sous peine d’arriver complètement vidé au coup d’envoi. Comment on fait, alors ? « Déjà, on n’y pense pas. On essaye en tout cas. Parce que c’est trop tôt, explique Remili. Moi, je rentre dans mon match juste avant l’échauffement, dans l’idéal. Avant, je fais abstraction de tout ce qu’il y a autour. »

Ok, c’est bien beau, mais comment on fait ça ? Chacun ses petits trucs, évidemment. Pour le jeune arrière droit des Bleus, c’est la musique. « Quand je suis chez moi, j’aime bien jouer aux jeux vidéo. Mais ici ce n’est pas possible. Du coup j’écoute ma musique. J’écoute à fond. D’ailleurs ça peut déranger parfois, détaille-t-il en se marrant. Je parle aussi de tout et de rien avec ma famille, mes amis, mais surtout pas de hand. Ça m’arrive d’ailleurs de ne pas répondre si c’est le cas. J’ai pas envie qu’on me dise "ah, c’est une finale, c’est énorme, comment tu la sens, c’est incroyable ce que tu vis", etc. Non c’est pas le moment. Le moment il est à penser à autre chose. Je me concentre sur tout sauf le handball, et au dernier moment, quand je commence à m’habiller, là je m’y mets. »

Ok, parlons du physique, alors. Là en revanche, les Bleus sont des nantis. Ces deux jours de préparation, « c’est un luxe », admet Porte. Un luxe et un de ces petits avantages en nature dont a bénéficié le pays hôte tout au long du tournoi. Les Bleus ont été les seuls à ne jamais jouer deux jours de suite, et cette fois, ils ont pu passer l’après-midi à l’Insep à se faire dorloter pendant que leur futur adversaire n’avait même pas encore disputé sa demi-finale.

Au menu des experts, cryothérapie, piscine, soins, massages… Le tout à la carte. « C’est bien d’avoir ce jour off, où ils vont pouvoir être bichonné, ne penser qu’à eux et pas du tout au ballon », relève Guillaume Gille. Si chacun traîne ses petits bobos réglementaires dus à l’intensité que représente un match de hand, l’état général des troupes est plutôt bon.

« On se demandait avant cette compétition, au milieu d’un championnat très dense, six mois après les JO et avec un Euro aussi dans la même année, dans quel état on allait récupérer les joueurs, c’est vrai, reprend le second coach des Bleus. Aujourd’hui, avec un temps qui a été équilibré, des responsabilités qui ont pesé sur plus d’épaules, les indicateurs sont au vert. C’est hyper plaisant de pouvoir se dire qu’on va préparer cette finale avec le maximum de nos forces à disposition. »

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Pas comme à Rio, donc. Le turnover avait été beaucoup moins large pendant la compétition, et les Bleus l’avaient payé en toute fin de finale contre le Danemark. Didier Dinart rembobine : « On est mené 25-20, on revient à 26-25 et à ce moment-là, il reste trois minutes. Je vois que Niko [Karabatic] n’est pas bien, je me dis "il peut tenir encore trois minutes". Mais derrière le match bascule ». Le joueur du PSG perdra en effet deux ballons chauds, que le Danemark exploitera à merveille pour aller chercher le titre (28-26, score final).

« Toutes les rotations faites pendant ce Mondial sont censées préparer ce genre d’événement, ajoute le coach. Nous faire arriver frais sur cette finale et éviter le même scénario. » A écouter tous les joueurs, ça a l’air d’être le cas. Aussi parce que les petits jeunes se sont montrés au niveau. Rendez-vous dans deux jours, alors…