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Pourquoi, malgré son bon niveau, Trump est-il un indécrottable tricheur au golf ?

Masters d’Augusta : Pourquoi, malgré un niveau plus que correct, Trump est-il un indécrottable tricheur au golf ?

GOLFAlors que le Masters d’Augusta se dispute jusqu’à dimanche, aux Etats-Unis, il semblerait que Donald Trump n’ait jamais été invité à entrer dans le cercle très fermé des membres de ce club très select. Son goût de la triche n’y étant pas pour rien
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Le Masters d’Augusta se déroule ce week-end, en Géorgie, aux Etats-Unis, et met en compétition les meilleurs golfeurs de la planète.
  • S’il est un passionné de golf, Donald Trump ne semble pas faire partie du cercle très select des membres de ce prestigieux club de golf aux USA.
  • Son exubérance et sa fâcheuse tendance à tricher peuvent en partie expliquer cela. Car le président américain a beau avoir un niveau plus que respectable, cela ne lui suffit pas. En politique comme au golf, ce qu’il veut, c’est être le meilleur parmi les meilleurs.

C’est sous un soleil aussi éclatant que l’espèce de tignasse blonde informe de Donald Trump que s’est ouverte l‘édition 2025 du Masters d’Augusta, la compétition de golf la plus prestigieuse du PGA Tour. Si l’amour du président américain pour le golf n’est un secret pour personne, lui qui, selon le site trumpgolftrack.com, a passé 25 % de son temps sur les greens depuis sa prise de fonction en janvier dernier – une belle perf pour celui qui critiquait la passion énergivore de Barack Obama quand celui-ci était à la tête du pays –, un mystère entoure encore la légende trumpienne et le sport favori des CSP ++.

Depuis des années, le monde de la petite balle blanche et des chaussettes Jacquard se demande en effet si, oui ou non, Donald Trump a bel et bien son rond de serviette dans le très prisé club d’Augusta, accessible uniquement sur invitation et réservé aux plus grands noms des affaires, de la politique et du sport.

Et pour cause, comme pour la recette du Coca-Cola, l’identité de ses quelques 300 membres est l’un des secrets les mieux gardés des Etats-Unis. Si bien qu’aujourd’hui encore, parmi tous les présidents américains, seul Dwight Eisenhower est officiellement répertorié dans ce club très select de l’élite américaine. Pour preuve, une cabane bordant l’un des parcours y porte même son nom. Pour tous les autres, Trump compris, le mystère reste entier. Cependant, les spécialistes ayant bossé sur la question semblent aujourd’hui formels : il y a peu de chance que le milliardaire fasse partie du gotha.

Entre Trump et Augusta, un amour impossible

En 2012, un journaliste américain avait pourtant révélé le contraire à grand renfort de témoignages de golfeurs proches du président, allant jusqu’à confier que Trump espérait réussir à persuader le club d’installer des fontaines devant les greens des 15e et 16e trous. Il s’agissait en réalité d’un poisson d’avril grâce auquel le journaliste s’était amusé à souligner l’incompatibilité entre le style exubérant de Donald et les codes d’Augusta, où la bienséance, le respect de l’adversaire et la discrétion sont de rigueur. A peu près tout ce que Trump n’est pas.

Dernier argument de poids, et non des moindres, on n’a trouvé aucune trace d’une déclaration publique de Trump dans laquelle il laisserait entendre qu’il a sa carte à Augusta. Or, l’humilité n’étant pas la qualité première du bonhomme, il y a fort à penser que s’il en avait été membre, il ne se serait pas privé pour le hurler au mégaphone sur tous les toits.

Et comme l’écrivait récemment un confrère du Times, « même s’il était parvenu à garder son adhésion secrète, il aurait forcément commis une bourde en portant sa veste verte (signe distinctif des membres) en public. » Pas faux. Du reste, difficile d’imaginer les très traditionnels membres du club accepter en leur seing un homme qui est connu et reconnu pour être un indécrottable tricheur au golf.

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Dans son ouvrage magnifiquement intitulé « Commander in Cheat » ( « Commandant en triche », un jeu de mots pour décrire le « Commander in Chief », comme on surnomme les présidents américains), le journaliste Rick Reilly s’est penché sur la tendance quasi pathologique de Trump pour la fabulation. Il a notamment découvert que celui-ci avait la fâcheuse tendance de s’octroyer des victoires inexistantes, la plupart du temps, ô surprise, dans les golfs dont il est propriétaire.

Tricheur invétéré

En janvier dernier, après sa victoire au championnat senior de son propre club de West Palm Beach, le Palm Beach Post révélait que « personne ne l’avait pourtant vu jouer ». Sur un autre de ses golfs, Rick Reilly a découvert qu’il s’était déclaré vainqueur d’un tournoi senior organisé à une date où celui-ci n’était pas encore sorti de terre… Trump se plaît aussi à raconter qu’il a un jour battu son ami Tiger Woods, ce qui n’est, cela a été prouvé depuis, que pure invention. Après une partie avec lui, l’acteur Samuel L. Jackson avait déclaré que Trump trichait mais qu’il ne voulait pas s’éterniser là-dessus car « tout le monde le sait, ce n’est une surprise pour personne ».

Quant au niveau supposé du bonhomme (2,8 de handicap, selon Trump himself), après une enquête minutieuse réalisée par Rick Reilly, obsédé par ce score pour le moins surprenant, auprès de ses nombreux partenaires de golf, le journaliste sportif est formel : « Le 2,8 de Trump est un mensonge plus gros encore que le fameux “Je n’ai pas couché avec cette femme” de Bill Clinton », au moment de l’affaire Monica Lewinsky.

Enfin, selon lui, le président américain est un adepte du « ball drop », une technique toute particulière qui fait qu’une balle peut se retrouver comme par magie en plein milieu du fairway alors qu’il venait de l’expédier droit dans un bunker ou dans le rough. Pas tant par l’opération du Saint-Esprit que par un subtil coup de pied discret de ses caddies (voire de ses gardes du corps), spécialement entraînés pour ça.

Le golf comme métaphore de la vie politique

Reste alors une ultime question, brûlante : pourquoi diable avoir besoin de tricher quand on a, comme lui, un niveau plus que correct, si ce n’est carrément bon ? On entre alors dans ce qui fait l’essence même de cet homme pas comme les autres. Dans tout ce qu’il entreprend, Trump ne veut pas juste être bon, ce qu’il aime, lui, c’est dominer, gagner, être le meilleur en toutes circonstances. Et si possible en le faisant savoir à tout le monde. Habitué depuis toujours à ce que rien ne lui résiste, cet homme agit en bulldozer pour qui les règles sont faites pour être enfreintes pour peu que cela serve ses propres intérêts.

La vérité est un concept qui lui échappe et il est aujourd’hui admis que Trump ne la distingue plus du mensonge depuis belle lurette. Il suffit de voir le nombre de bobards répertoriés par les services de fact-checking des médias US à longueur de discours pour s’en persuader. Sur les greens, c’est pareil. Trump ne joue pas juste au golf, il met en scène une version de lui-même : celle d’un homme invincible que ne connaît pas le mot « défaite ».

NOTRE DOSSIER GOLF

Il perçoit ce sport comme le reflet de ce que l’on est dans la vie. Au point que, selon Reilly, « si vous dirigez un pays sans jouer au golf, vous êtes quasiment mort pour Trump. » Pour résumer, sur les greens comme en politique, Trump ne joue pas pour gagner selon les règles, il joue pour que les règles se prosternent devant lui. La manière dont il le pratique traduit chez lui une volonté inconsciente de se voir tel qu’il pense être, non tel qu’il est.

Seul problème, à Augusta, tous les mensonges du monde ne feront jamais de lui un membre à part entière du cercle fermé, ce qui ne doit pas manquer de le faire enrager. De là à dire que c’est en partie pour cela qu’il soutient le LIV, cette organisation dissidente du PGA Tour financée par le Fonds d’investissement public (PIF) saoudien, il n’y a qu’un pas que l’on est prêt à sauter. Et tant pis si c’est faux, Donald sera fier de nous.