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Paulo Fonseca, l’homme des causes perdues qui « fait famille » avec ses équipes

OL - PSG : Paulo Fonseca, l’homme qui « fait famille » avec ses équipes pour surmonter les causes perdues

portraitL’OL, qui reçoit le PSG dimanche soir, réalise un début de saison largement au-delà des espérances après un été chaotique. La routine pour Paulo Fonseca, qui a bâti sa réputation sur des exploits
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • L’Olympique Lyonnais, affaibli par les départs et blessures de joueurs majeurs et malgré un secteur offensif défaillant, réalise un début de saison très convaincant en Ligue 1, où l'attend un gros choc ce dimanche soir contre le PSG.
  • Cette entame au-delà des espérances est en grande partie due au travail de son coach, Paulo Fonseca. Pas vraiment une surprise : le Portugais est un habitué des causes perdues.
  • L’ancien coach de la Roma ou du Losc excelle dans la gestion d’équipes aux moyens limités grâce à sa capacité à fédérer des effectifs jeunes autour de principes de jeu clairs, et sur des choix tactiques ponctuels singuliers, parfois à la limite du rationnel.

Edit : A l'occasion de la réception du PSG par l'OL, nous rééditons cet article publié à l'occasion du match des Lyonnais à Bâle en Ligue Europa fin octobre.

Qui aurait mis une pièce, mi-août, sur la possibilité de voir l'Olympique Lyonnais aborder la réception du PSG trois mois plus tard avec l'ambition de revenir à un petit point du club parisien, dans le wagon des équipes appelées à se battre pour le podium ? Au mieux pas grand monde, soyons honnête, alors que l'OL venait de se séparer de joueurs majeurs (Cherki, Mikautadze et Perri, en plus du départ en fin de contrat de Lacazette) pour assurer sa survie après avoir senti sur son cou le souffle glacial de la relégation administrative.

Et pourtant. Malgré un secteur offensif d’une faiblesse abyssale, qui a en plus perdu sa principale arme Malick Fofana pour quelques mois, les Lyonnais réalisent un début de saison solide en Ligue 1 comme en Ligue Europa, avec notamment des victoires contre Lens, l'OM, Lille et Strasbourg. Un miracle à mettre au crédit de Paulo Fonseca, qui commande encore les opérations depuis son perchoir, sauf en Coupe d'Europe.

Quand Fonseca qualifiait une équipe à 3,5 M d’euros de budget en C1

Faire beaucoup avec peu n’est rien de plus qu’un retour aux sources pour le Portugais, qui a bâti sa réputation sur ce genre de performances. Jeune entraîneur, il avait atteint les quarts de finale de la Coupe du Portugal deux années de suite sur le banc d’un club de troisième division, avant de signer son plus beau chef-d’œuvre en envoyant Paços de Ferreira et ses 3,5 millions d’euros de budget en barrages de Ligue des champions, en 2012-2013.

« A l’époque, on avait réussi à former un groupe solide, raconte Pedro Moreira, ancien adjoint historique de Fonseca pendant neuf saisons jusqu’à son départ de la Roma pour se lancer en tant qu’entraîneur principal. La façon dont nous avons fait famille dans de nombreux clubs, sur le terrain mais aussi en dehors, précisément parce qu’ils sont plus petits ou qu’ils n’étaient pas attendus se retrouve forcément dans son OL. Paulo a cette capacité à diriger et à faire croire à ses joueurs et son staff que ce pourquoi l’on s’entraîne est la clé du succès. Et il a une pensée directrice : l’équipe passe avant le joueur, mais chaque individu doit œuvrer à faire grandir ce collectif. »

Paulo Fonseca époque 2012-2013, c'était aussi un style capillaire assez discutable, mais une barbe de deux jours très maîtrisée
Paulo Fonseca époque 2012-2013, c'était aussi un style capillaire assez discutable, mais une barbe de deux jours très maîtrisée - Paulo Duarte/AP/SIPA

Fonseca est d’autant plus habile pour obtenir l’adhésion d’un groupe que celui-ci est dénué de ces ego forts qui l’ont freiné dans ses expériences majeures à Porto et à Milan, où il a rapidement perdu son vestiaire dans des contextes qu’il n’a jamais su apprivoiser. Non pas que celui de Lyon soit particulièrement réjouissant, entre la succession à un entraîneur apprécié en interne - Pierre Sage - son coup de sang contre Brest et la quasi-relégation, mais il a au moins su en tirer parti pour fédérer autour de lui. « Je pense que l’épisode de sa suspension l’a soudé à son groupe, théorise le Franco-Portugais Tony, joueur de la génération dorée de Paços de Ferreira et aujourd’hui entraîneur en D2 roumaine. Paulo est capable de t’embarquer parce qu’il a de grandes qualités humaines. C’est quelqu’un qui est joyeux, amène de la bonne humeur et est très proche de ses joueurs. Il aime beaucoup parler individuellement avec eux. »

Confiance inconditionnelle et expérimentations dingo

Au fond, Paulo Fonseca ne demande pas grand-chose à ses disciples, si ce n’est une confiance aveugle et du respect pour ses préceptes. A savoir, « courir pour mettre la pression, retirer le ballon d’une zone pour prendre l’avantage dans une autre, attaquer la profondeur, tout cela sont des aspects non négociables pour le concept de jeu d’une équipe de Paulo », résume Moreira. Quitte à devoir jouer les cobayes pour ses expériences de savant fou. Tony se remémore l’une d’entre elles, au détour d’un match de championnat important dans la course à la C1.

« Il avait été interrompu à la 80e minute à cause du brouillard et remis au lendemain. Le match allait reprendre sur une balle en l’air et Paulo l’a pris en compte. Avant la reprise il nous a fait travailler une stratégie qui consistait à gratter le ballon pour le renvoyer en touche pour l’adversaire. L’idée était de les presser directement pour récupérer le ballon, parce que l’entraîneur avait remarqué qu’Estoril jouait ses touches d’une certaine manière qu’on pouvait exploiter. La séquence se passe comme prévu, on marque dans la foulée et on gagne 1-0. Des exemples comme ça, il y en a plein. »

La singularité de ses choix peut aussi lui être reprochée quand ils échouent, mais ces derniers ont souvent le mérite d’être rationnels - exception faite du fiasco total d’Old Trafford (Matic resté sur le banc, pardoooon ?). Critiqué pour son choix de faire tourner son effectif à l’occasion du déplacement à Nice (défaite 3-2), par exemple, l'ancien coach de la Roma et du Shakhtar l'avait justifié par un souci d’anticipation de futures problématiques, plutôt que d’attendre de se les prendre dans la figure le jour J.

« Je ne suis pas fou. C’est difficile de faire jouer des joueurs qui reviennent de sélection un jour avant le match en championnat. […] Il faut prendre en compte le futur et ce qui est le mieux pour le joueur et l’équipe. En décembre et janvier, nous n’aurons pas Niakhaté et Mata (à cause de la CAN), nous devons préparer cette situation et les joueurs qui joueront à leurs places durant cette période. »

Tyler Morton a rapidement été séduit

L’optimisation des ressources humaines est un prérequis pour naviguer à long terme en mode dégradé. « Je pense qu’on devrait lui tirer le chapeau au lieu de trouver des petites bêtes, recadre Tony. Quand on regarde le banc qu’il a à Lyon, de quelles solutions dispose-t-il ? Il réussit à faire au mieux avec le peu qui lui a été laissé et en lançant des jeunes. »

Jeunes dont Paulo Fonseca réussit à tirer le meilleur, autre condition sine qua non de ses succès dans des contextes économiques au rabais. « Combien d’entre eux a-t-il lancé depuis qu’il entraîne, interroge Pedro Moreira. Pour citer un exemple en France, à Lille, qui pensait qu’Alexsandro atteindrait ce niveau ? » Pas grand monde, il est vrai. L’international brésilien du Losc semble en tout cas vouer une éternelle gratitude à son ancien bienfaiteur : « Il me donnait ce petit truc en plus. Sur le terrain et en dehors aussi, il me donnait beaucoup de courage pour jouer, pour faire un geste défensif. »

S’il ne porte pas forcément les habitudes des nouvelles générations dans son cœur ( « ce n’est pas la première fois, ni même la deuxième, que je vois dix joueurs rivés à leur téléphone, sans parler, lorsque je traverse le vestiaire », a-t-il déclaré au détour d’un sommet du football portugais), Paulo Fonseca s’épanouira toujours auprès d’effectifs à moyenne d’âge basse, car c’est là que son autorité naturelle s’exprime. Sans parler du fait que les jeunes sont plus faciles à contenter par la promesse du temps de jeu et perméables à son enthousiasme technico-tactique. Arrivé de Liverpool cet été pour se relancer, Tyler Morton en est un bon exemple.

« Je pense que le manager m’a immédiatement montré qu’il me voulait, et qu’il voulait que je joue pour l’Olympique Lyonnais, raconte le Scouser pour le site de l’UEFA. Il m’a parlé de la tactique, qui est très similaire au style de jeu de Liverpool, et a dit que ce serait très facile pour moi de m’intégrer. Lyon a un style de jeu similaire : aimer jouer au football, toucher beaucoup le ballon. C’est un style qui me conviendrait parfaitement. » Un style pour le moment miraculeux au vu des moyens du bord. A confirmer sur la durée, notamment quand on voit les dernières sorties insipides face à Brest en championnat (0-0) ou au Betis jeudi (0-2), mais Fonseca peut au moins se réjouir d’une chose : s’il réussit sa saison, ce sera grâce à lui, et s’il se plante, ce sera de la faute du fossoyeur John Textor.