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Le Bayer Leverkusen enfin débarrassé de son karma de « loser » ?

Finale de la Ligue Europa : La folle saison du Bayer Leverkusen peut-elle changer l’ADN de « loser » de cette équipe ?

footballL’équipe allemande, opposée à l’Atalanta Bergame ce mercredi soir en finale de Coupe d'Europe après s’être assurée du titre en Bundesliga, traînait derrière elle des décennies de désillusions avant cette extraordinaire saison
Nicolas Camus (avec Antoine Huot)

Nicolas Camus (avec Antoine Huot)

L'essentiel

  • Déjà sacré champion d’Allemagne, le Bayer Leverkusen a l’occasion de remporter la Ligue Europa ce mercredi soir lors de la finale contre l’Atalanta Bergame.
  • Longtemps moqué pour sa fâcheuse habitude de buter sur la dernière marche au moment de remporter des titres, le club allemand est en route pour un fabuleux triplé, avec encore la finale de la Coupe nationale à disputer samedi.
  • Cette saison folle, au cours de laquelle le Bayer n’a toujours pas connu la défaite, peut-elle changer le destin de ce club surnommé « Neverkusen » ? Les supporters veulent y croire, en tout cas.

Un homme seul peut-il changer durablement le destin d’un club ? La question nécessite forcément de la nuance mais si on était supporteur du Bayer Leverkusen, on ne s’embarrasserait pas trop avec ces considérations. On filerait directement les clés du club – et pourquoi pas de la ville tant qu’on y est – à Xabi Alonso, et roulez jeunesse.

Le coach espagnol a véritablement métamorphosé le Bayer depuis son arrivée en cours de saison dernière. D’une équipe en pièces détachées, il a fait une machine de guerre, la première de l’histoire de la Bundesliga à terminer la saison invaincue, en route pour un triplé qui lui tend les bras. Pas mal pour un club habitué à jouer les seconds rôles, qui avait en plus la fâcheuse habitude de trébucher aux portes de l’histoire les bonnes années, comme lors cette fameuse saison 2001-2002 où il avait échoué à la deuxième place du championnat, en finale de la Ligue des champions et en finale de la Coupe d’Allemagne. D’où le petit surnom de « Neverkusen », celui qui ne gagne jamais – ou si peu, une Coupe de l’UEFA en 1988 et une Coupe d’Allemagne en 1993, malgré le soutien financier du puissant groupe pharmaceutique et agrochimique Bayer AG depuis sa création il y a 120 ans.

La patte Xabi Alonso

Finies les moqueries, tout le monde craint désormais « Neverlusen », le club qui ne perd jamais. Et avant la finale de la Ligue Europa face à l’Atalanta ce mercredi soir, ça fait 51 matchs que ça dure, toutes compétitions confondues. « La qualité a constamment été présente à Leverkusen, mais il a toujours manqué quelque chose », a dit un jour la légende Michael Ballack. Le club l’a semble-t-il trouvé en la personne de Xabi Alonso, qui a apporté sa science de la gagne forgée tout au long d’une carrière qui l’aura vu remporter une Coupe du monde, deux championnats d’Europe et deux C1, sans parler de sa dizaine de titres nationaux avec Liverpool, le Real Madrid et le Bayern.

Question d’ADN

Mais cela peut-il durer ? Aussi extraordinaire soit-elle, cette saison doit appeler une suite pour imprimer cette culture de la gagne dans l’ADN du club. Pas une mince affaire, tant les dernières décennies ont accouché de désillusions en tout genre. « Je n’aurais pas été surpris si nous avions été éliminés de la Ligue Europa contre Qarabag. Cela aurait été typique de Leverkusen, nous avoue par exemple Julia, 34 ans dont 20 en tant que supportrice invétérée du Bayer. J’ai toujours été habituée à ce que ce que ce soient les autres qui gagnent des titres. »

Les supporters, dans leur ensemble, y croient toutefois. « La culture du club n’a pas seulement été modifiée cette saison, c’est le résultat d’un travail de plusieurs années, estime Jan, 24 ans. La prise en charge par le président Fernando Carro [en 2018] a professionnalisé la structure, puis Simon Rolfes [directeur sportif depuis l’été 2022] a apporté des changements dans la philosophie du recrutement, dans le but d’acheter de jeunes talents mais surtout de trouver du leadership et de l’expérience, ce qui manquait à l’équipe dans les moments décisifs. »

le président Fernando Carro, au centre, arrosé par ses joueurs après la victoire contre le Werder Brême qui assure à Leverkusen le titre de champion, le 14 avril 2024.
le président Fernando Carro, au centre, arrosé par ses joueurs après la victoire contre le Werder Brême qui assure à Leverkusen le titre de champion, le 14 avril 2024. - INA FASSBENDER / AFP

Carro et Rolfes, deux noms qui reviennent souvent dans la bouche de ceux qui suivent le club. Comme pour dire, aussi, que tout ne repose pas sur Xabi Alonso. Car si le technicien a assuré qu’il serait encore là la saison prochaine, malgré les avances de Liverpool ou du Bayern, son poste reste précaire. La direction, elle, peut s’inscrire plus facilement sur du long terme. « Avant eux, on entendait à chaque début de saison : "Nous voulons atteindre la Ligue des Champions". Maintenant, c’est "Nous voulons gagner un titre." C’est déjà un grand changement ! », apprécie Julia.

« L’impression qu’il manquera quelque chose pour garder ce feu »

La meilleure preuve selon elle de cette évolution en cours est le nombre de matchs où l’équipe a gagné ou évité la défaite dans les dernières secondes, sa marque de fabrique cette saison (16 buts inscrits dans les arrêts de jeu, pour aucun encaissé). « Avant, plusieurs se seraient terminés par un nul ou une défaite, dit-elle. Il y a cette volonté absolue de se battre jusqu’au bout, ça va marquer durablement le club. »

La saison prochaine, avec donc Xabi Alonso aux commandes, la pépite Florian Wirtz, les révélations Frimpong ou Hincapie et les tauliers comme Xhaka qui ont manifesté leur envie de rester, en dira long sur la capacité du Bayer à devenir une équipe capable de gonfler son palmarès régulièrement. Romain Brégerie, un défenseur français qui a joué outre-Rhin entre 2011 et 2019, en doute un peu. « Leverkusen ne fait pas partie des "clubs traditionnels", comme le Bayern, Dortmund ou Cologne, que l’Allemagne aime tant. Il y a un beau stade, du monde en tribunes, mais c’est tranquille, sans trop de pression. Ça changera peut-être, mais on a le sentiment qu’il manquera quelque chose pour garder ce feu, raconte-t-il. Gagner plusieurs années d’affilée, il n’y a que les gros qui savent faire. Le Bayer n’en est pas encore un. »

Flamme allumée

Force de l’habitude, tout le monde en Allemagne guette le rebond la saison prochaine du Bayern Munich, qui ne se rate jamais deux fois de suite. Lancé sur l’avenir de son club, Jan est intarissable sur le sujet :

« Le Bayern est actuellement en désordre mais il conserve des moyens bien supérieurs, donc à long terme, je ne vois pas Leverkusen capable de rivaliser à ce niveau. Mais dans les deux, trois prochaines années, la Bundesliga semble grande ouverte et si on peut capitaliser sur ces succès, faire de grosses ventes avec des joueurs comme Wirtz, Frimpong ou Hincapie et que Rolfes continue de faire du bon boulot dans le recrutement, tout est possible. Le plus important sera de voir qui remplacera Alonso quand il partira, parce que ça arrivera à un moment donné, et si ce prochain entraîneur saura accorder sa philosophie de jeu aux joueurs à sa disposition. » »

Ceux qui s’intéressent de près à la Bundesliga sont en tout cas curieux de voir la suite. « Ça remet un peu de suspense, tout le monde là-bas est heureux, surtout que ça joue très bien. C’est une équipe qu’on n’a pas l’habitude de voir gagner, ce serait super que ça continue. » Ils ne le resteront pas toute leur carrière, mais « Die Unbesiegbaren » (« Les invincibles » en VO) ont allumé une flamme que pas grand monde n’aurait cru voir s’animer en Westphalie.