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Banderole de soutien à Achraf Hakimi : Pourquoi le virage Auteuil aurait dû s’abstenir
on s’en serait passé•Le CUP a brièvement déployé une banderole pour afficher son soutien à Achraf Hakimi, renvoyé en procès pour viol, lors du barrage retour de Ligue des champions entre le PSG et Monaco. Pas glorieuxWilliam Pereira
L'essentiel
- Lors du match PSG-Monaco, les ultras parisiens ont déployé une banderole affichant leur « total soutien » à Achraf Hakimi, renvoyé en procès pour viol. Une démarche problématique.
- L’avocate de la plaignante rappelle qu'« il est lourd de déposer plainte pour des faits de viols contre quelqu’un de puissant », et les statistiques montrent que seules 7 % des femmes victimes de viols ou agressions sexuelles portent plainte.
- Au-delà de la présomption d’innocence, cette banderole alimente le climat hostile autour de la plaignante et illustre qu’il « reste des milieux où le mouvement #MeToo n’a pas franchi le mur du son, avec, en première ligne, le monde du football masculin », insiste Me Rachel-Flore Pardo.
Des supporters ne devraient pas afficher ça. Autour de la 20e minute de jeu du barrage retour de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’AS Monaco, les ultras parisiens ont déployé une banderole pour témoigner de leur « total soutien » à Achraf Hakimi, renvoyé devant la cour criminelle départementale en procès pour viol, des faits niés par le latéral droit.
La séquence est venue casser une certaine forme de retenue dans la gestion de crise menée par le club, incarnée par la sortie laconique de Luis Enrique, invité lors de la conférence de presse de veille du match à s’exprimer sur le sujet. « C’est entre les mains de la justice », s’était contenté l’Espagnol. En interne et comme révélé par Le Parisien, le PSG a pris le parti de protéger son cadre de travail afin de préserver une forme de sérénité dans son activité professionnelle et refusé de toucher à son statut de vice-capitaine en attendant que justice soit faite.
« C’est ma cliente, la victime »
Un positionnement en accord avec le principe de présomption d’innocence, certes discutable au regard des luttes féministes qui peinent encore à introduire dans les mœurs l’idée d’un « crédit de véracité » en faveur des victimes présumées de viols et violences sexuelles, mais toujours plus tolérable que le déploiement d’une banderole problématique.
Le « total soutien » à Hakimi s’inscrit dans une logique d’inversion des rôles amorcée par la communication offensive du joueur sur les réseaux depuis lundi. « C’est ma cliente la victime, pas Achraf Hakimi », s’indignait déjà mercredi sur franceinfo Rachel-Flore Pardo, avocate de la plaignante, qui rappelle aussi combien il est « lourd de déposer plainte pour des faits de viols contre quelqu’un de puissant ».
Une réalité qui échappe à l’imaginaire masculiniste de la femme vénale en quête d’argent facile - qui sous-estime grandement la complexité et le caractère dissuasif du parcours judiciaire dans les cas de violences sexuelles - au détriment d’un honnête footballeur qui, il est vrai, a obtenu cet argent à la sueur de son front.
Une affaire complexe loin de la caricature de la « victime idéale »
La tentation du cliché est ici d’autant plus grande que le dossier est complexe. Or, comme l’expliquait il y a trois ans à 20 Minutes Giuseppina Sapio, spécialisée dans la médiatisation des affaires de violences faites aux femmes, les victimes présumées sont culpabilisées dès lors qu’elles ne répondent pas à l’imaginaire de la bonne victime. A savoir, celle qui « est en mesure de prouver les violences qu’elle a vécues. C’est très facile quand on nous a dégommées et qu’on se prend en photo, encore faut-il y avoir pensé. » Gravité mise de côté, l’affaire Mason Greenwood est à ce titre beaucoup plus lisible.
Les éléments de l’enquête sur l’affaire Hakimi révélés par la presse et notamment L’Equipe et Le Parisien font état de messages ambigus échangés par la plaignante avec son amie, d’un refus de l’exploitation de son téléphone d’un côté et de l’autre, de la cohérence de l’accusation ou encore du témoignage de Kylian Mbappé… Faute de certitude, le tribunal populaire puise dans les éléments qui corroborent ses croyances pour émettre un jugement moral. Celui des supporters parisiens est sans équivoque : Achraf Hakimi est victime d’une cabale et devait être soutenu de toute urgence pour devancer une justice défaillante en faveur des femmes.
Allez, on prend ses cachetons et on se réveille du grand délire : dans le vrai monde, à la suite de viols, tentatives de viol et/ou agressions sexuelles qu’elles ont subi, seules 7 % des femmes victimes déclarent avoir porté plainte selon les résultats de l’enquête de victimation « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, réalisée en 2024.
Hakimi a posté une story de remerciements pour la banderole
Il ne s’agit pas de condamner prématurément le joueur, mais d’exiger un minimum de décence pour permettre à ce genre d’affaires de se dérouler dans un climat serein, sans empêcher au Parisien d’être blanchi si la justice estime qu’il doit l’être. A cet égard, la banderole n’aurait pas dû exister. Car au-delà de l’embarras que son déploiement pourrait causer aux supporters en cas de condamnation de Hakimi, celui-ci alimente le climat hostile autour de la plaignante.
Preuve en est que le latéral droit et ses équipes ont sauté sur l’occasion pour remercier les ultras de leur soutien dans une story sur ses réseaux. Voilà comment ajouter bêtement une pièce de plus dans le juke-box de la peur latente du recours à la justice chez les victimes passées, présentes et futures de violences sexuelles.
In fine, la leçon la plus importante à tirer de cette séquence tient certainement dans les propos (antérieurs à la banderole) de Me Rachel-Flore Pardo. « Si la justice a été dans ce dossier exemplaire, le traitement plus général de cette affaire rappelle une chose : il reste des milieux où le mouvement #MeToo n’a pas franchi le mur du son, avec, en première ligne, le monde du football masculin. »



















