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L’interruption d’OL-Rennes pour une banderole insultante faisait-elle sens ?

OL - Rennes : « Il faut le faire partout »… A quoi rimait cette interruption de match pour une banderole insultante ?

Ultra ProvocLe virage nord du Parc OL a longtemps mis en avant samedi une banderole anti-Stéphanois, repérée tardivement par le délégué du match Lyon-Rennes (4-0), qui a bien failli coûter cher à l’équipe de Paulo Fonseca
Ligue 1: Le brief-débrief de la déroute rennaise à Lyon (4-0)
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le match de la 5e journée de Ligue 1 OL-Stade Rennais (4-0) a été interrompu durant quinze minutes en première période, samedi soir à Décines.
  • A la 36e minute de jeu, une banderole insultante et jugée « discriminatoire » à l’égard de l’AS Saint-Etienne, selon le délégué du match Jean-Marc Roybier, a causé cette longue interruption.
  • Malgré les demandes du speaker et la menace « d’arrêt définitif du match », le virage nord a longtemps maintenu la banderole et scandé des chants insultant la LFP.

Au Parc OL,

Corentin Tolisso a fait la connaissance samedi soir avec un certain Jean-Marc Roybier, délégué référent du match OL-Stade Rennais (4-0). Et autant vous dire qu’il n’a pas été convaincu par l’évolution de leur échange au bord du terrain, alors que cette affiche de la 5e journée de Ligue 1 était menacée de ne pas aller au-delà de la 36e minute de jeu. « Le délégué m’a répondu qu’il avait envie de faire comme ça et qu’il faisait comme ça », soupirait après coup le capitaine lyonnais, agacé par cet épisode qui a terni l’éclatante démonstration des hommes de Paulo Fonseca, désormais deuxièmes du championnat.

Que s’est-il exactement passé pour qu’on en arrive à ces quinze minutes d’interruption de match, à 2-0 en faveur de l’OL grâce à un doublé d’Ernest Nuamah (7e et 30e) ? Tout part donc de Jean-Marc Roybier, lorsqu’il informe l’arbitre Mathieu Vernice d’une banderole posant selon lui problème dans le virage nord lyonnais. Tandis que M. Vernice informe les capitaines Corentin Tolisso et Valentin Rongier de la situation, le speaker du stade a pour mission de sensibiliser le public, en lisant un texte qui cible « notamment une banderole à caractère discriminatoire constatée en tribunes ».

Juste après une victoire référence contre le Stade Rennais (4-0), les joueurs de l'OL sont allés célébrer devant le virage nord, où la banderole de la discorde a réapparu comme par enchantement.
Juste après une victoire référence contre le Stade Rennais (4-0), les joueurs de l'OL sont allés célébrer devant le virage nord, où la banderole de la discorde a réapparu comme par enchantement. - J. Laugier/20 Minutes

« L’arrêt définitif » évoqué sur OL-Rennes

Cette fameuse banderole est la suivante : « Saint-Etienne la concha de tu madre », soit une tendre attention en espagnol à l’égard de l’ASSE (actuellement leader de Ligue 2), comme la féroce rivalité du derby en réserve tant. L’objectif est clair pour le délégué, et par rebond pour l’OL : « faire cesser immédiatement » ces insultes dans le virage. Les écrans géants du Parc OL indiquent également : « Nous vous rappelons que les messages insultants sont interdits dans l’enceinte du stade ».

Trois minutes après cette première annonce, la situation n’a pas évolué, puisque la banderole concernée est toujours brandie fièrement. En même temps, elle était déjà visible plus d’une demi-heure avant le coup d’envoi de la rencontre, visiblement sans avoir été repérée par Jean-Marc Roybier. L’étape suivante fait office de sérieuse épée de Damoclès, là aussi lue par le speaker : « Si de tels agissements se reproduisaient, ils seraient susceptibles d’entraîner l’arrêt définitif du match ».

Un faux cercueil vert en référence au 0-5 de 2017

De quoi inciter Corentin Tolisso à tenter de calmer le jeu un bref instant avec les leaders des Bad Gones. La réponse collective dans la foulée ? Un florilège de chants « LFP, n…. ta mère, LFP n…. ta mère » et « La Ligue, la Ligue, on t’enc… ». Une minute plus tard, entre ces chants insultants et la banderole maintenue, le délégué va jusqu’à faire signe à Mathieu Vernice de renvoyer les joueurs aux vestiaires. C’est là que Corentin Tolisso glisse son point de vue à Jean-Marc Roybier.

« Tous les week-ends dans les stades, il peut y avoir des chants ou des banderoles. C’est totalement bien d’arrêter les matchs mais alors il faut le faire à tous les matchs, et pas forcément que quand c’est l’OL qui gagne 2-0 et qu’il y a une banderole. Je suis contre cela, c’est sûr, mais il faut le faire partout, on ne peut pas le faire que chez nous. C’est dommage parce que cela a mis une pause à notre match, ce qu’on ne voulait surtout pas vu qu’on était bien. »

Corentin Tolisso

Suivent le fameux chant anti-Stéphanois « Emmenez-moi à Geoffroy-Guichard », Paulo Fonseca qui exhorte le virage nord à « se calmer », suivi de près par Corentin Tolisso et Moussa Niakhaté. La banderole de la discorde finit par être temporairement cachée au pied du virage nord, à côté d’un faux cercueil vert, avec la mention « ASAB » ( « All Stéphanois are bastards ») et une référence à la manita du 5 novembre 2017 sous le signe de la célébration de Nabil Fekir.

Outre leur banderole insultante à l'égard de l'ASSE, les supporteurs lyonnais se sont amusés à sortir samedi soir un faux cercueil vert qui fait référence au derby remporté 0-5 dans le Chaudron par la bande à Nabil Fekir.
Outre leur banderole insultante à l'égard de l'ASSE, les supporteurs lyonnais se sont amusés à sortir samedi soir un faux cercueil vert qui fait référence au derby remporté 0-5 dans le Chaudron par la bande à Nabil Fekir. - O. Chassignole/AFP

La fameuse banderole ressortie dès la fin du match

A peine le match repris, après qunze minutes d’interruption, les provocations du virage nord, qui a clairement joué avec le feu samedi soir, reviennent de plus belle, avec des « LFP n…. ta mère » lancés en chœur. Pourtant, après avoir profité de cette soirée pour marteler plus que jamais leur haine viscérale du voisin stéphanois, et à un degré moindre de la LFP, les ultras lyonnais ont savouré une prestation jusqu’au bout emballante de leurs joueurs, malgré ce contexte pesant.

Peu après le coup de sifflet final, les Bad Gones ont sans surprise fêté ce 4-0... en déployant à nouveau la banderole. Alors, comment juger la tournure de cette étrange soirée ? Dans un stade marqué par l’arrêt définitif d’un Olympico en novembre 2021, pour le jet d’une bouteille ayant touché Dimitri Payet à la tête après quatre minutes de jeu, l’exaspération des 42.919 spectateurs s’est sentie samedi, durant cet interminable quart d’heure d’interruption.

Le Classique sera scruté de près dans ce contexte

Comme l’évoquait à sa manière Corentin Tolisso, si chaque banderole ou chant insultant en Ligue 1 entraîne une telle interruption de match, le public va vite décrocher tant les exemples de rivalités historiques sont multiples. Car sur cet OL-Rennes, on était très loin de l’envahissement de terrain d’un Nantes-Toulouse en mai, où il y avait un véritable enjeu de sécurité.

Notre dossier sur la Ligue 1

Les violentes insultes d’une partie du parcage strasbourgeois à l’encontre de son ancien coach Liam Rosenior (désormais au PFC), qui a plongé à fond dans le trash-talking, samedi à Jean-Bouin, peuvent poser question, comme bien d’autres exemples. Et on n’est pas au bout de nos peines, rien que ce week-end, avec le Classique OM-PSG qui déboule au Vélodrome (ce dimanche à 20h45).