Jérémy Laugier
L'essentiel
- Tony Parker débute officiellement sa carrière d’entraîneur de l’Asvel, à 44 ans, ce samedi (16 heures) lors de la Supercoupe à Roland-Garros, en affrontant Roanne et son frère TJ.
- Président depuis 2014 du club le plus titré dans l’histoire du basket français, l’ancien meneur de jeu des Spurs s’est entouré pour ce challenge d’un staff colossal de 20 adjoints, dont l’ancien sélectionneur des Bleus Vincent Collet.
- Le projet très ambitieux de « TP » s’est accompagné d’un gros contretemps cet été, puisque le budget initialement prévu à 59 millions d’euros est retombé à 24 M€, ce qui a bloqué les signatures de quatre recrues majeures, dont Sylvain Francisco.
A l’Astroballe (Villeurbanne),
On en viendrait presque à considérer l’été 2026 de Tony Parker comme « scripté ». Trois mois après avoir disputé son premier match officiel en tant que sélectionneur de l’équipe de France U17 contre les Etats-Unis, le pays de son père, « TP » lance ce samedi (16 heures) son aventure comme entraîneur de l’Asvel face à son frère TJ, coach de Roanne après avoir lui-même été celui de l’Asvel de 2020 à 2023. Ce rendez-vous en Supercoupe, qui se disputera à Roland-Garros, donnera le ton de LA curiosité de la saison dans le basket français.
A savoir ce virage pris par le plus grand joueur de l’histoire des Bleus, quadruple champion NBA en tant que meneur de jeu des Spurs puis président de l’Asvel depuis 2014. Tony Parker effectue le grand saut en tant qu’entraîneur du club le plus titré du championnat, accessoirement son club donc. Une configuration inédite dans le basket tricolore, tout comme pour son staff pléthorique (100 % masculin) digne de la NBA, avec 20 adjoints encadrant au mieux un effectif de 15 joueurs professionnels.
Vincent Collet et Dounia Issa parmi les 20 adjoints
« Quand on s’est présenté à 38 pour un match de préparation à Roanne, ça a fait sourire du monde, raconte Dounia Issa, le coordinateur défensif dans ce nouveau projet villeurbannais. Et ça fera sourire partout parce que c’est novateur. C’est un peu l’avenir du basket, si on veut offrir une qualité d’accompagnement incroyable aux joueurs. Mais encore faut-il avoir les moyens. » Et cette saison en Betclic Elite, l’Asvel devancera le Paris Basketball côté budget, avec un niveau record pour le club de 24 millions d’euros, alors que l’ex-mastodonte Monaco s’est crashé financièrement. Dounia Issa poursuit, lors du media day organisé mardi à l’Astroballe.
« En plus de ça, Tony sera forcément attendu partout vu ce qu’il représente dans l’histoire du basket français. Il faut qu’on soit prêts, qu’on prépare mentalement notre équipe à affronter toute cette adversité, avec des équipes qui vont vouloir jouer le match de leur vie. »
Sacré meilleur entraîneur d’Elite 2 en 2025-2026 avec Vichy, Dounia Issa a choisi de se muer en assistant ++ de Tony Parker, tout comme l’ancien emblématique sélectionneur des Bleus Vincent Collet, coordinateur offensif de cette Asvel new-look, « plus ambitieuse » en Euroligue et promise au fameux projet NBA Europe.
Le projet de « super team » s’est vite envolé
A 36 ans, l’ailier américain Jae Crowder débarque avec une expérience XXL de 927 matchs NBA (près de 10 points de moyenne), tout comme l’arrière australien Patty Mills (38 ans) et ses 1.020 matchs disputés dans la plus grande ligue du monde. Tous les deux assument un rôle de « leader » au sein d’un effectif qui devait initialement être bien plus surdimensionné pour le championnat de France.
Quatre valeurs sûres d’Euroligue avaient ainsi été annoncées par « TP » lui-même fin juin : le meneur de jeu des Bleus Sylvain Francisco, plus Armoni Brooks, Nick Weiler-Babb et Daniel Theis. Mais après les couacs Smart Good Things (en 2023) puis Skweek (en 2025), Tony Parker président a encore été pris de court, en ne finalisant pas à temps son opération avec un fonds d’investissement.
Conséquences ? Adieu le budget initial à 59 millions d’euros, réduit donc à 24 M€, et adieu la « super team » imaginée pour les débuts du président-coach Parker, appelée à rouler sur la Betclic Elite et à délaisser un rang de cancre en Euroligue. Alors, dans ce contexte à montagnes russes, que faut-il attendre des débuts de « TP » coach ?
« Un entraîneur proche de ses joueurs »
« C’est un coach très transparent, qui va vous dire les choses comme elles sont, que ça vous plaise ou non. Ça, c’est vraiment cool, et puis il traite tout le monde de la même manière sur le terrain », apprécie l’intérieur tricolore Yves Pons, de retour à l’Asvel cet été après un passage en 2022-2023.
L’ailier américain David Lighty (38 ans), qui entame sa 12e saison à Villeurbanne, glisse au sujet de son boss : « Etre un joueur de basket, c’est sa vie. Il ne pouvait pas être éloigné des terrains indéfiniment. Il est encore en phase d’apprentissage mais je sens que c’est avant tout un entraîneur proche de ses joueurs. Il sait ce dont ils ont besoin et ce qu’il attend d’eux ». Vincent Collet entre dans le détail quant à la patte « TP », depuis la reprise tardive de l’entraînement le 19 août jusqu’à cette préparation de Supercoupe.
« Je trouve que son autorité sur le groupe et sa prise en main ont vraiment évolué depuis une semaine. Il est à la fois ambitieux et déterminé, j’ai reconnu le compétiteur lors d’une réunion avec les joueurs. Sur le tournoi de Cagliari, il a aussi pris deux ou trois temps morts un peu plus appuyés, où il a clairement élevé la voix, à des bons moments. Maintenant, il faut nous laisser rentrer dans la compétition, dans le dur... »
Que des défaites en matchs de préparation
Les nombreux fans de basket anti-Parker, au vu de sa personnalité clivante, ne manquent pas de relever le bilan de quatre défaites en autant de matchs de préparation cet été. Avec moins de dix entraînements en commun pour ce groupe chamboulé (12 nouveaux joueurs sur 15) avant d’enchaîner la Supercoupe ce week-end puis la réception du Maccabi Tel Aviv en Euroligue jeudi, le retard à l’allumage est à redouter.
Ça serait d’ailleurs logique, après les derniers mois mouvementés en coulisses, où il a même été question de la famille Buss, ex-propriétaire historique des Lakers, pour investir dans le club. « Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas contrôler, que ça soit la question des propriétaires du club ou la NBA Europe, note la recrue phare Jae Crowder. Certains diront que c’est le chaos ici mais j’aime m’épanouir dans le chaos. Ça reste du basket et je pense que les victoires règlent tout. »
Un état d’esprit qui ira parfaitement à Tony Parker, alors que l’Asvel (21 fois championne de France) n’a plus remporté le moindre sacre depuis la Leaders Cup 2023. « En France, c’est simple, il faut tout rafler, tout en cherchant à se rapprocher des play-offs en Euroligue », fixe Yves Pons. Lors de sa conférence de presse de rentrée le 4 septembre, l’homme qui ne cesse de « rêver en grand » voyait encore plus loin.
Edwin Jackson jongle entre « grand frère TP », coach et président
« Ma motivation est claire : faire aussi bien qu’en tant que joueur, confiait alors Tony Parker. C’est peut-être fou de dire ça mais j’aimerais qu’un jour on parle de l’Asvel comme on parle du Real Madrid, de Barcelone ou de Fenerbahçe, sinon ça sert à quoi de faire ce métier-là ? Je me vois bien rester les 15 prochaines années à l’Asvel. »
Comment va-t-il gérer sur le long terme cette double casquette de président-coach inédite dans le sport professionnel français, notamment vis-à-vis des joueurs, avec qui la relation change forcément ? David Lighty sourit lorsqu’on lui pose cette question : « C’est toujours la même personne, nous avons une relation liée au basket et une relation qui nous unit, Tony et moi. Je pense qu’on peut faire la distinction entre les deux ». La configuration est encore plus folle pour l’arrière Edwin Jackson (38 ans), l’un des meilleurs amis de Tony Parker hors parquets.
Notre dossier sur Tony Parker« On a toujours très bien géré cette situation, assure-t-il. Quand on est chez lui, chez moi, ou qu’on passe des moments en vacances, c’est "TP", c’est mon grand frère. Et quand on est à la salle, c’est coach. Je pense qu’en tant qu’entraîneur, il sera plus exigeant et plus dur envers moi, parce qu’il sait ce que je peux encaisser. Et le 30 du mois, je l’appelle président comme il doit me payer ! ». CQFD.