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Ligue 1 : Vendeur de génie et acheter malin… Olivier Létang est-il devenu le maître absolu du mercato avec Lille ?
hot dogues•Le président de Lille a notamment vendu Ayyoub Bouaddi et Matias Fernandez-Pardo pour plus de 160 millions d’euros cet étéAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Olivier Létang, président et directeur sportif du Losc, a réalisé un mercato exceptionnel avec une balance des transferts de plus de 120 millions d’euros, notamment grâce à la vente d’Ayyoub Bouaddi à Manchester City pour 100 millions d’euros et celle de Matias Fernandez-Pardo à Newcastle pour 60 millions d’euros.
- Depuis son arrivée en décembre 2020 pour redresser un club endetté de près de 400 millions d’euros, Létang a réussi à vendre de nombreux joueurs entre 30 et 60 millions d’euros tout en maintenant la compétitivité sportive de l’équipe, avec deux qualifications en Ligue des champions et un titre de champion de France.
- Létang s’implique personnellement dans tous les aspects du recrutement, rencontrant lui-même l’entourage des joueurs ou participant aux négociations.
Olivier Létang a sans doute, pour la première fois depuis belle lurette, passé une bonne nuit, mardi, au terme de la dernière journée du mercato. A voir les valises qu’il avait sous les yeux sur la photo de présentation de la dernière recrue Maurits Kjærgaard, on se doute bien que le président et directeur sportif du Losc a vécu des dernières semaines agitées, très agitées, sur le front du marché des transferts.
Tout est parti de l’intérêt de Manchester City pour la petite perle de Luchin, Ayyoub Bouaddi. Prolongé par Lille il y a six mois, le jeune milieu de terrain marocain a réalisé une si belle Coupe du monde que les Skyblues, en quête d’un successeur à Rodri, se sont penchés sur lui pour ne plus jamais le lâcher. Au point, après de looooooongs échanges avec le Losc, de faire péter le chéquier et de lâcher 100 millions d’euros aux Dogues, qui se savaient en position de force : ils n’avaient pas besoin de le vendre d’un point de vue simplement financier.
Ajoutez à ça les 60 millions d’euros encaissés pour la vente du boudeur Matias Fernandez-Pardo à Newcastle plus quelques deals mineurs en début de mercato et vous avez une balance des transferts exceptionnelle (plus de 120 millions d’euros) avec des recrues achetées à des tarifs « normaux », avec 15 millions d’euros maximums dépensés pour le Japonais Ayase Ueda. Du beau boulot à un moment où la très très grande majorité des clubs français (coucou l’OM et l’OL) étaient dans l’obligation de vendre pour tenter de survivre un an de plus.
« On s’imaginait pas vendre des joueurs 100 millions »
Cette réussite, le club nordiste le doit en grande partie à son président, qui avait récupéré une situation proche de la catastrophe en décembre 2020, avec près de 400 millions d’euros de dettes contractées par le petit génie luxembourgeois de la finance Gérard Lopez. « J’étais convaincu, pour travailler avec lui depuis près de trente ans, que la trajectoire serait bonne, mais c’est vrai que c’est allé beaucoup plus vite que prévu parce qu’il y a cinq ans, on ne s’imaginait pas transférer des joueurs à 100 millions d’euros », nous explique Christophe Chenut, administrateur du Losc et proche d’Olivier Létang, qu’il a connu à Reims.
Bouaddi et Fernandez-Pardo ne sont pas les seules grosses ventes de l’ère Létang. Avant eux, Baleba, Diakité, Onana, Botman, Chevalier ou Yoro avaient été tous vendus entre 30 et 60 millions d’euros. Le tout sans que le niveau sportif du Losc ne baisse drastiquement, avec deux qualifications en Ligue des champions, comme le note Ismail Mouline, agent d’un joueur passé par le Losc.
« Bien vendre, c’est une chose, mais bien vendre tout en gardant une équipe compétitive qui se qualifie chaque année pour les compétitions européennes en est une autre. On retiendra le choix de conserver Jonathan David (en 2024) pour maintenir la compétitivité de l’équipe. Réussir à vendre, garder une équipe compétitive et assainir les finances du club, c’est fort. »
On « ne la fait pas » à Olivier Létang
« L’arbitrage, il est toujours entre l’intérêt sportif et l’intérêt économique, et parfois, il faut savoir profiter de la hype, comme pour Ayyoub Bouaddi, et pour d’autres, temporiser en se disant que dans un an, ça sera mieux, complète Christophe Chenut. Quand on reprend le club pendant le mercato d’hiver, malgré la situation financière, Olivier s’est opposé à la vente de plusieurs joueurs, parce qu’on était troisième. A la fin, on finit champions de France et on joue la Ligue des champions. »
Le Losc n’est pas seulement fort pour vendre à très bon prix, il l’est aussi pour recruter, ces dernières années, des joueurs sans surpayer. Et, là encore, Olivier Létang y est grandement pour quelque chose. Grâce à son expérience de directeur sportif au PSG, où il a pu construire son réseau, et de président à Rennes, le dirigeant a su se construire une réputation et une notoriété mises à profit à Luchin.
Au point de se montrer intraitable s’il sent que le dossier se complique, comme l’avait montré un documentaire de la LFP en 2023 où on le voyait rembarrer Martin Braithwaite après des demandes jugées inacceptables par le dirigeant lillois. « On "ne la lui fait pas", témoigne l’administrateur du Losc. C’est quelqu’un qui a vraiment une culture absolue de cet univers. On sait qu’il y a des intermédiaires qui pèsent parfois lourd et c’était une partie de la dette du Losc en arrivant. C’est un sujet sur lequel, depuis toujours, Olivier, dès qu’il y a deux, trois agents, il passe à autre chose. »
Surtout, et c’est assez rare pour un président, Olivier Létang s’implique énormément dans le recrutement de nouveaux joueurs, jusqu’à aller rencontrer lui-même l’entourage pour connaître leur état d’esprit. « C’est le pilote du bateau, c’est lui qui donne les directions, c’est lui qui valide les décisions, indique Jean-François Brocard, économiste du sport. Globalement, les succès qu’ils ont aujourd’hui sont les fruits d’une stratégie qu’il a mise en place et puis il a la capacité que n’ont pas d’autres présidents d’être crédibles sur la stratégie sportive. »
Olivier Létang, « excellent négociateur » ?
Même sur des dossiers mineurs, comme la post-formation, Olivier Létang tient à être impliqué. Ismail Mouline a ainsi négocié directement avec le président du Losc pour son joueur, alors que le recrutement ne concernait pas l’équipe première. « Ça n’a pas été un dossier simple, mais il a fait preuve de ténacité. On a terminé le dernier jour du mercato à 17-18 heures. C’est un dossier qui a pris du temps. Il n’a rien lâché, je l’ai appelé la veille de la fin du mercato à minuit après le barrage de qualification en Ligue Europa Conférence (en 2023) pour finaliser les derniers détails de ce dossier de post-formation. »
Evidemment, Olivier Létang, « pas facile en négociations » selon certains, « excellent négociateur » pour d’autres, n’est pas seul à gérer le mercato du Losc. Il a derrière lui une cellule de recrutement dirigée par Jérémie Colson stable et performante, tout en ayant des scouts qui couvrent de nombreux championnats. D’où les recrutements dans les championnats danois, autrichien ou néerlandais cet été qui ont permis de combler les départs « surprise » de Bouaddi et Fernandez-Pardo sans trop de problèmes.
Toute l'actu du mercato« Quand Létang est arrivé, Lille était très très très proche du mur, aujourd’hui ça va beaucoup mieux, conclut Jean-François Brocard. Ils avaient déjà une situation nette positive, en générant des bénéfices d’exploitation, en 2025. Donc là, j’ai envie de croire que ça sera la même chose. Peut-être même qu’un peu d’argent va remonter vers Merlyn (le fonds d’investissement propriétaire du club), ce qui a priori n’a pas été le cas avant. Létang a maintenant cette légitimité, cette réputation. Mais le foot, ça va très vite. » On peut peut-être le laisser dormir un peu, quand même.



















