OL - Brest : OK, Endrick a montré en un match de Ligue 1 pourquoi il est « un joueur unique »
Joga Bonito•La recrue phare de l’Olympique Lyonnais, prêtée cet hiver par le Real Madrid, a réussi de sacrés débuts dans le championnat de France, dimanche contre Brest (2-1), avec une passe décisive et un déroutant sens du dribbleJérémy Laugier
L'essentiel
- Prêté par le Real Madrid à l’OL pour quatre mois et demi de compétition, Endrick a conquis le Parc OL dimanche, lors de sa première en Ligue 1 contre Brest (2-1).
- A 19 ans, l’international brésilien s’est distingué grâce à un florilège d’actions spectaculaires et incisives. Passeur décisif pour Abner Vinicius, il a obtenu le trophée d’homme du match, avec ses 84 ballons touchés et ses 13 duels gagnés.
- Paulo Fonseca reste prudent devant les premières performances du jeune attaquant. Le coach lyonnais estime tout de même qu’Endrick est « un joueur unique », tout en insistant sur l’importance pour lui de « s’améliorer physiquement ».
Au Parc OL,
En dix années d’existence, le « formidable outil » de Lyon-Décines a connu son lot de frissons contagieux dans les tribunes, accompagnés d’un « oooooooooh » en fond sonore. Le petit pont d’Houssem Aouar sur Paulo Dybala, le dribble divin avec la semelle de Lucas Paqueta face à Nice ou encore la roulette en pleine surface monégasque de Rayan Cherki sont autant d’instants de magie perchés. Presque susceptibles d’adoucir le brutal bilan d’une décennie sans le moindre titre, depuis l’arrivée dans un Parc OL supposé marquer le retour des grandes ambitions lyonnaises.
Ces frissons, qu’ont aussi su provoquer Nabil Fekir, Alexandre Lacazette, Memphis Depay et Bruno Guimaraes, semblaient avoir abandonné pour de bon le Rhône l’été dernier, avec le transfert de Rayan Cherki à Manchester City. Figurez-vous qu’au moment de souffler les dix bougies de l’enceinte aux 59.000 places, dimanche contre Brest (2-1), ils ont connu un spectaculaire retour de flamme, incarné par un gamin de 19 ans que personne n’aurait imaginé un jour sous le maillot de l’OL.
Une énorme palette technique
Vous nous voyez évidemment venir : on fait référence à Endrick, prêté par le Real Madrid pour quatre mois et demi de compétition, et qui a déjà conquis tout un club et ses supporteurs. Buteur à Lille une semaine plus tôt en 16e de finale de la Coupe de France (1-2), l'ancien phénomène de Palmeiras n’a certes pas marqué pour sa grande première en Ligue 1/au Parc OL. Mais alors quel florilège d’highlights offerts, quelque part entre Neymar, Mohamed Salah et Hatem Ben Arfa. Voici cinq séquences qui ont failli nous faire zapper les règles de bienséance prévues en tribune de presse.
4e : On l’attendait en pointe devant, mais c’est dans une position d’ailier droit, dans son propre camp, qu’Endrick a émerveillé le Parc OL pour la première fois. Servi par Ainsley Maitland-Niles, dos au jeu, il tente un contrôle orienté en talonnade. Comme par enchantement, celui-ci fuse entre les jambes du pauvre Bradley Locko. Puis c’est au tour de Soumaila Coulibaly d’avoir droit à sa caneta dans la foulée.
55e : Attention, place à un numéro de haute voltige sur une ouverture fouettée (comme on les aime) de Tyler Morton. A la réception, Endrick réussit un contrôle porte-manteau à la « Zizou », avant de basculer illico dans la percussion vers le but, avec Rémy Labeau-Lascary et Bradley Locko éliminés comme de simples plots en pleine surface.
56e : Totalement arrêté, toujours sur l’aile droite, au moment de recevoir un ballon d’Ainsley Maitland-Niles, voilà qu’il ose une merveille d’extérieur du pied gauche pour trouver à la perfection, près du but, Tanner Tessmann. Hugo Magnetti est piégé, mais le milieu défensif américain vole au Brésilien une passe décisive qui aurait fait le tour du monde, vu sa justesse/facilité d’exécution sur le coup.
58e : L’insolence « neymarienne » est officiellement de sortie. Débordement le long de la ligne de touche, accélération sur Pathé Mboup qui envoie carrément au sol le joker brestois, avant une petite roulette puis une louche pour repartir dans l’autre sens, et tenter de doublement mystifier le même adversaire direct. Endrick parvient à conserver le ballon, avant de subir une lourde charge de Pathé Mboup, clairement piqué par le numéro de dribbles du Brésilien. Voilà le type de fautes de frustration auxquelles il devra se préparer en Ligue 1, comme Malick Fofana avant lui.
86e : Pour son ultime ballon du match, Endrick refait le coup du combo contrôle orienté en talonnade + petit pont, cette fois sur Daouda Guindo. Malgré une touche de balle bien trop longue, sur une remise de Pavel Sulc (auteur d’un but superbe à la 41e), il parvient avec sa vivacité à effacer Brendan Chardonnet. Seul Joris Chotard met un terme à son raid dément de 50 mètres.
Déjà un trophée d’homme du match pour Endrick
Avec son profil de dribbleur et perforateur déterminé à frapper dans tous les sens au moindre espace devant lui, comme sur cette puissante tentative hors surface repoussée par Grégoire Coudert (44e), Endrick détonne au sein d’un collectif ayant tant manqué de talent offensif individuel en phase aller. Avec 84 ballons touchés et 13 duels gagnés, il a indéniablement réussi sa première et mérité son trophée de meilleur joueur du match, malgré un duel mal négocié avec Coudert (à 0-0, 39e) et quelques conduites de balle hasardeuses.
« Je veux toujours marquer, assume l’intéressé. Mais je veux aussi aider l’équipe défensivement et avec des passes décisives, comme je l’ai fait ce soir sur le golazo d’Abner [2-0, 45e + 1]. C'est une équipe unie et je suis très heureux d’en faire partie. Je veux qu’on partage quelque chose de beau en fin de saison. »
Le Danois Noah Nartey sera vite officialisé
De retour à la 4e place en Ligue 1, et donc dans la zone Ligue des champions, cet OL en passe d’officialiser le renfort du milieu danois de Bröndby Noah Nartey (20 ans) peut se prendre à rêver, tant en Ligue 1 qu’en Coupe de France (avec le PSG out) et en Ligue Europa (en tant que leader de la première phase). On sent que Paulo Fonseca reste cependant prudent, au moment de distribuer quelques compliments à son phénomène brésilien.
« Endrick a fait de bonnes choses, indique sobrement l’entraîneur lyonnais. C’est un joueur unique… mais il a besoin de s’améliorer physiquement, d’être plus intense, d’avoir plus de continuité dans ses matchs. On ne doit pas oublier qu’il n’a pratiquement pas joué cette saison avant d’arriver avec nous. Il n’a que 19 ans et il a besoin de connaître notre jeu. »
« Bradley Locko l’a bien tenu », estiment les Brestois
A quel point les défenseurs messins doivent-ils donc trembler en vue de la 19e journée de Ligue 1 dimanche prochain, pour laquelle il sera frais, n'étant pas qualifié pour la fin de la première phase de Ligue Europa ? Ne comptez en tout cas pas sur les Brestois pour en faire des caisses au sujet de l’attaquant madrilène.
Hugo Magnetti, qui a trouvé l’OL « très fébrile dans les cinq dernières minutes » (il a bien raison), malgré une supériorité numérique dès la 19e, estime ainsi : « Endrick est un bon joueur, mais je trouve que Bradley Locko a fait un très gros match contre lui. C’était un beau duel, Bradley l’a bien tenu, mais on sait que c’est un joueur pétri de talent ». On viendrait presque à en douter, en échangeant sur le sujet avec Kenny Lala.
Notre dossier sur l'OL« Beaucoup vont dire qu’Endrick a fait un bon match mais je pense que Bradley l’a stoppé pas mal de fois, confirme le latéral breton. C’est un bon joueur, et on en a d’autres dans notre championnat. C’est bien, ça donnera du spectacle et des bons duels. » Et nul doute que la LFP sera prête à dégainer chaque semaine sa compil d’actions foudroyantes de ce joueur « définitivement plus « unique » que « bon ».



















