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« Pas de rancœur », Mikautadze est la belle histoire du mercato de l’OL

Ligue 1 : « Il n’y a pas de rancœur entre l’OL et lui »… Georges Mikautadze, la belle histoire du mercato lyonnais

FOOTBALLL’attaquant géorgien de 23 ans s’est engagé jeudi avec l’Olympique Lyonnais, après avoir pourtant été remercié par le centre de formation de son club de cœur à 14 ans
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’Olympique Lyonnais a officialisé jeudi le recrutement de Georges Mikautadze (23 ans), co-meilleur buteur de l’Euro 2024 avec la Géorgie.
  • Alors que l’AS Monaco pensait tenir la corde, l’ancien attaquant messin s’est donc engagé jusqu’en 2028 avec son club formateur, où il n’avait pas été conservé à l’âge de 14 ans.
  • 20 Minutes se penche sur les raisons de ce choix effectué par l’OL en 2015, ainsi que sur ce lien toujours aussi fort entre Georges Mikautadze et sa ville/son club de cœur.

«Ma ville, mon club. Notre histoire ne pouvait pas s’arrêter là. Le rêve devient réalité. » En quelques mots sur Instagram accompagnés d’une photo de lui gamin sous le maillot de l’OL, grosse tignasse et gabarit de poche, Georges Mikautadze a officiellement fait fondre des milliers de supporteurs lyonnais jeudi soir. Rendu officiel par une vidéo de présentation mettant à l’honneur Paul Bocuse et cet attachement sincère à Lyon, le transfert de l’ancien attaquant messin pour 18,5 millions d’euros (+ 4,5 M€ de bonus) a tout de l’info feel good de ce mercato estival.

Le gone du quartier de Gerland aurait pourtant pu passer à autre chose en acceptant cet été l’opportunité de découvrir la Ligue des champions avec l’AS Monaco. Mais non, à 23 ans, et après sept saisons au centre de formation (de 2008 à 2015), l’international géorgien a privilégié le défi d’un retour à l’Olympique Lyonnais, où il n’avait pas été conservé par son club de cœur à l’issue de sa saison en U15 nationaux.

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Passé par la case Saint-Priest comme Nabil Fekir

« Si nos chemins devaient se séparer, c’était peut-être pour que je revienne plus fort derrière, a sobrement confié Georges Mikautadze sur OL Play jeudi. C’est une fierté : je n’ai pas été gardé mais j’ai continué à travailler. Je n’ai rien lâché. Je suis parti en tant que garçon et je reviens en tant qu’homme. » Le bluffant co-meilleur buteur de l’Euro 2024 a-t-il toujours pris avec philosophie cette fin d’aventure prématurée, à 14 ans, avec l’OL ?

« Non, c’était très dur à vivre pour lui sur le coup, se souvient Patrick Gonzalez, président de l’AS Saint-Priest (Rhône), où le joueur a évolué de 2015 à 2017. J’avais dit à l’OL qu’il ne fallait pas le lâcher, ce choix du club m’avait alors surpris. » Mis au courant par son fiston Théo, alors au centre de formation de l’OL, du départ de Georges Mikautadze mais aussi de son potentiel, Patrick Gonzalez saute sur l’occasion pour son club de l’agglomération lyonnaise.

« J’ai aussitôt promis au papa Mikautadze que j’allais faire rebondir Georges à Saint-Priest, indique le dirigeant rhodanien. J’ai toujours dit qu’avec son adresse phénoménale devant le but, ce garçon était un Jean-Pierre Papin des surfaces. Son passage chez nous lui a fait le plus grand bien, je savais qu’il allait devenir professionnel. » Et Saint-Priest connaît la recette, pour avoir su relancer Nabil Fekir, non conservé par l’OL à 13 ans, avant d’y retourner après une superbe saison 2010-2011 en U19 nationaux à l’ASSP.

« Il était un peu immature sur le terrain »

« C’est exactement la même histoire, avec à chaque fois une dimension de joueur revanchard, sourit Robert Mouangué, directeur sportif de Saint-Priest et entraîneur de Nabil Fekir en 2010-2011. Georges n’était pas le même athlète que maintenant mais il était déjà très vif, impressionnant dans sa vista et son jeu combiné avec ses coéquipiers. Et puis c’était une gâchette hors pair, avec un jeu très proche de celui d’Alexandre Lacazette. Mais l’OL lui reprochait sans doute son gabarit un peu frêle. »

Car la question centrale est là : pourquoi Georges Mikautadze n’a-t-il pas eu l’opportunité de franchir toutes les étapes avec son club formateur, comme l’a par exemple fait Maxence Caqueret dans cette génération 2000 ? « Je me fais stopper pour ma taille et mon physique, confirmait l’intéressé sur Prime Video en mai 2023. J’étais vraiment très petit, très frêle. J’étais un peu dégoûté. » Ce n’est pas vraiment la version de Jean-François Vulliez, alors directeur de l’académie de l’OL.

« Georges était un garçon très souriant, avec une bonne famille derrière, mais il était un peu immature sur le terrain. Il ne faisait pas beaucoup d’efforts dans les courses. C’était un buteur avec beaucoup de qualité technique, mais il faut voir qu’il ne jouait pas énormément, comme il était dans une génération dense à l’OL, aux côtés d’Amine Gouiri, de Mohamed Bahlouli et de Willem Geubbels. Georges s’est révélé être un jeune à maturité tardive. »

Jean-François Vulliez

« Tout le monde était subjugué » par son essai à Metz

Cette « maturité tardive » va donc en partie s’acquérir avec ce retour à la case foot amateur avec Saint-Priest. Le jeune Franco-géorgien y vit « deux saisons pleines » en U16 et U17 nationaux, avec à la clé 17 buts inscrits la deuxième année, dont un doublé symboliquement fort face à l’OL. « Je dirais plutôt que Georges savait canaliser ses efforts pour toujours être en bonne position et adroit au moment de marquer », glisse Patrick Gonzalez, en réponse à Jean-François Vulliez.

Le président san-priot aide en 2017 son joueur à obtenir un essai pour intégrer le centre de formation du FC Metz. « Il a mis trois buts d’emblée durant cet essai, dont deux coups francs. Tout le monde était subjugué là-bas », raconte Patrick Gonzalez, qui l’avait accompagné en Lorraine, où Georges Mikautadze a obtenu à 16 ans un contrat stagiaire.

Georges Mikautadze s'est révélé dans le monde professionnel sous le maillot de Seraing (D2 puis D1 belge), entre 2020 et 2022.
Georges Mikautadze s'est révélé dans le monde professionnel sous le maillot de Seraing (D2 puis D1 belge), entre 2020 et 2022.  - Shuttersotck/SIPA

« Plus le même joueur qu’en jeunes à Lyon »

Pour autant, le chemin vers la réussite dans le monde pro n’est pas encore tracé pour Georges Mikautadze. « Je sais qu’à Metz aussi, des formateurs le tannaient sur son manque d’efforts, indique Jean-François Vulliez. Il a parfois joué dans le couloir gauche, ce qui a pu lui faire du bien dans ce sens. Et puis il a eu une transformation physique [1,76 m et 71 kg désormais] et un déclic en Belgique. »

Après une seule apparition en Ligue 1 à 19 ans (7 minutes à Nice) et un premier contrat professionnel signé avec le FC Metz en décembre 2019, l’attaquant se révèle en effet lors de son prêt en 2020-2021 avec Seraing (D2 belge), qu’il contribue à faire monter dans l’élite (22 buts en 23 matchs). Un nouveau prêt réussi la saison suivante en Jupiler League (10 buts inscrits, toujours avec Seraing) et son explosion a lieu pour de bon à Metz, avec 23 buts enquillés en Ligue 2 en 2022-2023 pour faire remonter le club lorrain.

« Georges a vraiment changé, ce n’est plus le même joueur qu’en jeunes à Lyon, résume Jean-François Vulliez. Il a pris conscience de tous les efforts qu’il fallait faire pour être un footballeur professionnel. Il fallait peut-être qu’il passe par ces chemins de traverse pour s’aguerrir. C’était son parcours, on voit que c’est un garçon résilient, et son passage à l’Ajax lui a aussi sans doute apporté quelque chose. »

L'une des rares images de Georges Mikautadze avec le maillot de l'Ajax Amsterdam, en décembre dernier.
L'une des rares images de Georges Mikautadze avec le maillot de l'Ajax Amsterdam, en décembre dernier.  - B. Gal/Orange Pictures/Shutterstock/Sipa

« Une revanche d’avoir l’OL à ses pieds »

Car juste avant cette flamboyante phase retour 2024, avec 12 buts en Ligue 1 durant son prêt à Metz plus trois à l’Euro avec la Géorgie, Georges Mikautadze a eu droit à cinq mois de galère à Amsterdam, avec seulement deux titularisations et aucun but inscrit. Un épisode supplémentaire dans ce début de carrière tortueux de l’homme à la célébration la plus iconique du moment. Le retour à la maison, avec un contrat jusqu’en 2028, va-t-il enfin s’accompagner de stabilité ?

NOTRE DOSSIER SUR L'OL

« C’est un gamin de Lyon, sa famille a toujours vécu ici, rappelle Patrick Gonzalez. Alors c’est une revanche pour lui aujourd’hui d’avoir l’OL à ses pieds. S’il est là, ça montre qu’il n’y a pas de rancœur entre l’OL et Georges. La boucle est bouclée et c’est une très belle histoire ainsi. » L’histoire d’un Lyonnais qui a toujours rêvé de revenir chez lui, à l’image de son chambrage dans le Chaudron stéphanois la saison passée.