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Homophobie dans le foot : Le collectif Rouge Direct porte plainte contre le DG de la LFP Arnaud Rouger
INFO 20 MINUTES•Le collectif Rouge Direct et l’association STOP homophobie ont porté plainte mardi contre Arnaud Rouger, le DG de la LFP, qui avait parlé de « promotion de l’homosexualité » devant une commission d’enquête parlementaireAymeric Le Gall
L'essentiel
- Selon les informations de 20 Minutes, le collectif Rouge Direct et l’association STOP homophobie ont porté plainte contre Arnaud Rouger, DG de la LFP.
- Celui-ci avait déclaré devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale que la LFP ne devait pas faire la « promotion de l’homosexualité ».
- Julien Pontes, le porte-parole du collectif Rouge direct, a par ailleurs porté plainte contre les centaines de menaces de morts reçus après le match PSG-OM.
Ces propos ne figurent pas dans notre recueil des pires perles entendues de la bouche des présidents ou membres de fédération et de ligues sportives lors de la commission d’enquête parlementaire menée ces dernières semaines, et pourtant… Pour justifier la fin des maillots arc-en-ciel en Ligue 1 et en Ligue 2, censés donner à la fois un coup de projecteurs à la lutte contre l’homophobie et un coup de pied dans le train de ceux qui la colportent sur les terrains et dans les tribunes, le directeur de la LFP Arnaud Rouger a évoqué sa crainte de donner l’impression de faire « la promotion de l’homosexualité ».
Ces paroles n’ont pas manqué de faire réagir, à commencer par Sabrina Sebaihi, la rapporteure écolo de cette commission, qui s’est empressée de dénoncer les « propos homophobes » du numéro 2 de la LFP. Mais elle n’est pas la seule. En effet, selon une information de 20 Minutes, le collectif Rouge Direct et l’association STOP homophobie ont porté plainte mardi contre Arnaud Rouger du chef « d’injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle. »
Pour cela, preuve selon eux du bien-fondé de leur initiative, ils ont mandaté le cabinet du ténor du barreau William Bourdon, spécialisé dans la défense des libertés publiques et la lutte contre les discriminations. « On est très heureux qu’ils aient accepté de nous représenter, se félicite Julien Pontes, porte-parole du collectif Rouge Direct. Cette idée de promotion de l’homosexualité, ce sont des mots qu’on retrouve habituellement dans la bouche de Poutine, d’Orban ou de Zemmour, de tous ceux qui bafouent les droits et les libertés des personnes LGBT. On franchit là une étape supplémentaire dans la banalisation de la haine anti-LGBT. Le choix de ce terme par Arnaud Rouger est très grave, il faut qu’il s’explique devant un juge. »
« C’est l’expression de trop », assure le cabinet
Contacté par nos soins, Me Vincent Brengarth, l'associé de William Bourdon, nous explique pourquoi son cabinet a accepté de représenter Rouge Direct et Stop Homophobie. « Pour nous c’est un combat important et on les suivra jusqu’au bout. On considère que, dans cette plainte déposée pour injure homophobe, les faits sont caractérisés et qu’ils doivent entraîner des poursuites de la part du procureur de la République. L’idée même qu’il puisse y avoir une promotion de l’homosexualité, c’est déjà homophobe en soi et ça constitue des termes de mépris outrageants », assure-t-il
« La reprise par Monsieur Arnaud Rouger d’une théorie – malheureusement trop répandue dans le milieu du football mais aussi dans la bouche de responsables politiques notoirement homophobes en France et à l’étranger – selon laquelle l’homosexualité serait à même de se propager, telle une maladie, est d’une gravité inédite, préviennent les avocats dans un communiqué à paraître ce mercredi et auquel a eu accès 20 Minutes. C’est aussi l’expression de trop, révélatrice de l’attitude des fédérations qui refusent de lutter contre l’homophobie, mais plus encore contribuent au phénomène par leur propre expression publique. Cela ne peut être toléré ».
« Non seulement la LFP a cédé face à ceux qui chaque saison refusent de porter ce maillot et donc de soutenir la lutte contre l’homophobie, mais en plus elle reprend leur sémantique à son compte. La promotion de l’homosexualité, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Rien, ce sont des conneries de l’extrême droite », fulmine Julien Pontes. Cette plainte n’est que le dernier épisode d’une longue série d’oppositions frontales entre la LFP et Rouge Direct, qui n’a eu de cesse ces dernières années de pointer du doigt le manque de courage de la Ligue sur la question de l’homophobie dans le football. De son côté, la LFP ne veut plus avoir affaire à un collectif qu’elle accuse d’extrémisme militant et préfère se tourner vers d’autres associations telles que Foot Ensemble, portée par Yohann Lemaire, lui-même en guerre contre Julien Pontes par médias interposés.
Rouge Direct tire le rideau après sept ans de lutte
De manière générale, ces dernières années, Rouge Direct s’est fait beaucoup d’ennemis, parmi lesquels un bon paquet de bas du front homophobes qui n’ont rien trouvé de mieux à faire que de menacer de morts ses membres sur les réseaux sociaux après l’épisode des chants lors du Classique PSG-OM, au Parc des Princes, en septembre dernier. Sur les conseils de son avocat, Julien Pontes, qui regrette un manque de soutien de la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera, s’est résigné à stopper les activités de Rouge direct, collectif qu’il qualifiait lui-même de « lanceur d’alerte » contre l’homophobie dans le football. Non sans porter plainte, en son nom, contre les attaques dont son collectif fut la cible ces dernières semaines.
« J’aurais préféré que la ministre fasse un signalement au procureur de la République mais elle ne l’a pas souhaité et ce malgré les faits très graves que représentent ces menaces, explique-t-il. Aujourd’hui, alors qu’un collègue d’une autre association de lutte contre l’homophobie a été visité à son domicile par un supporter du PSG, je suis sur mes gardes dès que je sors de chez moi. Ce n’est plus possible de continuer dans ces conditions ». Si certains reprochent à Rouge Direct un ton parfois excessif, comme lorsqu’il dénonce le « pinkwashing » dont ferait preuve la LFP dans sa lutte contre l’homophobie, elle qui œuvre concrètement en ce sens comme nous l’avions démontré récemment dans un précédent article, il est inadmissible qu’un tel collectif soit obligé de fermer boutique par peur d’y laisser sa peau.
Or, si les deux affaires ne sont pas directement liées, en décidant d’abandonner le maillot arc-en-ciel au motif que « la distinction entre lutter contre l’homophobie et faire la promotion de l’homosexualité (…) est ténue », la LFP et son Directeur général donnent, selon Me Brengarth, « volontairement du crédit à ces personnes, sans juger de la pertinence pourtant très discutable de leur position ». Tout en participant – involontairement ou non, ce sera à la justice de trancher – à la libéralisation d’une parole nauséabonde et homophobe dont la société en général, et le football en particulier, se passeraient bien.


















