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FOOTBALLComment l’OL inspire « la peur » à son rival marseillais depuis quinze ans

OM-OL : Comment les Lyonnais inspirent « la peur » dans l’Olympico depuis quinze ans

FOOTBALLLes supporteurs de l’Olympique de Marseille craignent d’offrir la première victoire de la saison à leur bête noire, ce dimanche (20h45) au Vélodrome, lors d’un Olympico de tous les dangers pour l’OL
Et si Anthony Lopes et l'OL jouaient un nouveau mauvais tour à l'OM de Valentin Rongier, ce dimanche au Vélodrome ?
Et si Anthony Lopes et l'OL jouaient un nouveau mauvais tour à l'OM de Valentin Rongier, ce dimanche au Vélodrome ? - ALLILI MOURAD/SIPA / SIPA
Jérémy LaugierAdrien Max

Jérémy Laugier, Adrien Max

L'essentiel

  • L’Olympique de Marseille reçoit l’Olympique Lyonnais, ce dimanche (20h45) au stade Vélodrome, en clôture de la 10e journée de Ligue 1.
  • Derniers du championnat, les Lyonnais n’ont toujours pas remporté le moindre succès depuis le début de la saison, et les supporteurs de l’OM craignent d’assister à cette première victoire ce dimanche.
  • Cet étrange sentiment, au vu de la dynamique très différente des deux clubs, est nourri par quinze années de contre-performances pour les Marseillais face à leur bête noire.

Un supporteur de l’Olympique de Marseille dégoûté par une défaite du rival lyonnais. Non, vous ne rêvez pas, c’est bien le sentiment qui a envahi Yann, abonné du virage sud du stade Vélodrome, lorsqu’il a appris la défaite de l’OL contre Clermont (1-2), dimanche dernier. « Mais non, ce n’est pas possible ! Tu vas voir que c’est nous qui allons leur donner leur première victoire de la saison, c’est écrit », s’exclamait-il à l’issue de la rencontre entre les deux derniers de Ligue 1. Car aussi dingue que cela puisse paraître, l’Olympique Lyonnais débarque en lanterne rouge, ce dimanche (20h45) à Marseille, avec un bilan cataclysmique (six défaites et trois nuls).

On l’avoue : il y a tout juste un mois, on s’était imaginé le scénario redouté par Yann, dans un article fiction consacré aux premiers (et derniers) mois de Gennaro Gattuso à la tête de l’OM. L’OL a depuis rempli la première partie du contrat, avec trois nouveaux couacs enchaînés. Reste la seconde, en ce jour d’Olympico, qui est rationnellement impossible au vu du contexte ultra-défavorable pour la bande à Fabio Grosso, de plus plongée dans une crise extra-sportive cette semaine. Mais les supporteurs de l’OM (8e en L1) ne ressentent que de la trouille : celle de lancer la saison de leur rival filant tout droit vers la Ligue 2.

Euphoriques jeudi soir contre l'AEK Athènes en Ligue Europa (3-1), les Marseillais vont-ils trouver le moyen de s'effondrer contre le pire OL du XXIe siècle, trois jours plus tard au Vélodrome ?
Euphoriques jeudi soir contre l'AEK Athènes en Ligue Europa (3-1), les Marseillais vont-ils trouver le moyen de s'effondrer contre le pire OL du XXIe siècle, trois jours plus tard au Vélodrome ? - ADIL BENAYACHE/SIPA

A 48 heures de ce rendez-vous, et malgré la première victoire jeudi de l’OM cette saison en Ligue Europa (3-1 contre l’AEK Athènes), Yann continuait d'« angoisser vraiment ». Et il n’est donc pas le seul. « Je pense qu’il n’y a pas un Marseillais qui dira qu’il n’a pas peur pour dimanche, malgré la situation, abonde ainsi Bilo, abonné du virage nord. Même si on était encore à notre meilleure période sous Tudor, deuxièmes en Ligue 1, on aurait peur avant ce match contre Lyon. Parce qu’on a été éduqué par quinze ans où on n’a quasiment pas gagné un match. Donc c’est normal d’avoir peur contre notre grosse bête noire, surtout que c’est devenu un rival au-delà du sportif. »

Mais comment en est-on arrivé à ce rapport de force largement favorable à l’OL, malgré les deux succès marseillais de la saison passée ? Parmi les quinze dernières années d’écrasante hégémonie lyonnaise dans l’Olympico en Ligue 1 (13 victoires, 12 nuls et seulement 5 défaites), on vous rafraîchit la mémoire sur trois scénarios qui ont miné les supporteurs de l’OM.

  • Le 17 mai 2009 : 36e journée de Ligue 1 et le septuple champion de France en titre est assuré de dégringoler de son trône. L’OM est sur le point de remporter son premier trophée depuis la Ligue des champions 1993, face à un Lyon (3e) qu’on imagine un peu démobilisé, au bout d’une saison décevante. Mais à l’orgueil, l’OL claque une démonstration (1-3), avec un doublé de Karim Benzema et un énième coup franc lointain de Juninho. « Tout le monde disait que les Marseillais allaient être champions, racontera peu après Claude Puel. On les en a empêchés. On a choisi notre successeur. » Ce sera donc les Girondins de Bordeaux, titrés avec au final trois points de plus que l’OM.
  • Le 18 mars 2018 : L’OL est au fond du trou lorsqu’il se présente à Marseille. Larguée à cinq points du podium, et donc de son rival olympien (3e), avec un seul succès sur ses sept précédents matchs, et une élimination désastreuse en huitièmes de finale de la Ligue Europa contre le CSKA Moscou trois jours plus tôt, la bande à Bruno Genesio est au bord du précipice. Mais contre toute attente, Lyon climatise le Vélodrome comme jamais à la dernière minute de jeu, alors que Kostas Mítroglou pensait avoir sauvé le nul (2-2, 84e). L'arcade en sang, Memphis Depay lui répond de la tête en s’offrant une célébration iconique (2-3). L'écart chute donc à deux points, et l’OL privera d’un rien l’OM d’une qualif' en Ligue des champions, huit journées de Ligue 1 plus tard.
  • Le 1er février 2022 : Humilié (0-3) à domicile par Lyon en mai 2019, au cœur d’une bataille (encore perdue) pour une place en C1, l’OM va connaître bien pire trois ans plus tard. Tout va alors de travers pour l’OL de Peter Bosz lorsqu’il accueille l’Olympico à huis clos (en raison du fameux jet de bouteille sur Payet en novembre) : l’équipe est larguée au classement (11e), avec une liste d’absents quasi inédite (Paqueta, Aouar, Denayer…), et vite menée (0-1, 10e) par des Marseillais (3es) sur une bonne dynamique. Et ce avant un nouvel écroulement invraisemblable, avec un (rare) but de Xherdan Shaqiri (transféré en MLS dans la foulée), et surtout un numéro décisif de Moussa Dembélé (2-1, 89e), alors qu’il avait été testé positif au Covid-19 deux jours plus tôt.
Testé positif au Covid-19 deux jours plus tôt, Moussa Dembélé s'était pourtant joué de William Saliba dans un OL-OM très mal géré par les Marseillais (2-1), en février 2022.
Testé positif au Covid-19 deux jours plus tôt, Moussa Dembélé s'était pourtant joué de William Saliba dans un OL-OM très mal géré par les Marseillais (2-1), en février 2022. - OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

« Au staff marseillais de déconstruire ces statistiques contraires »

Avouez qu’il y a de quoi être traumatisé, rien qu’après ces trois exemples, non ? Saupoudrez le tout d’un inoubliable sentiment d’injustice dans le camp marseillais après un but refusé par Benoît Bastien à Lucas Ocampos lors du 0-0 de 2015 au Vélodrome, et vous comprendrez pourquoi tout fan de l’OM redoute l’Olympico. C’est pourquoi on a interrogé des préparateurs mentaux travaillant notamment avec des footballeurs professionnels. Située dans la région toulousaine, Cindy Laplace pose un constat : « Cet historique de défaites, on doit éviter de chercher à l’éluder. On sait que les journalistes, les supporteurs, les entraîneurs et les joueurs l’ont en tête, et qu’il peut générer des inquiétudes, impacter le niveau de confiance. Au staff marseillais de déconstruire ces statistiques contraires ».

Son collaborateur au sein de LC Coach, Nino Pelloli poursuit : « Une telle série peut pousser une équipe à chercher avant tout à éviter de perdre. L’OM pourrait se focaliser sur son état de forme actuel, afin de donner un peu moins d’importance à cette antériorité contre l’OL. Il faut désacraliser un peu ce match, afin de rendre le contexte un peu plus normal. » Mais comment renverse-t-on la sensation de fatalité contre une bête noire ? « Cette perception psychologique de bête noire peut facilement se déconstruire avec une vraie analyse, qui est rarement posée, et un renforcement de la confiance, indique Nino Pelloli. Il faut rationaliser les choses, et bien faire prendre conscience aux joueurs de leur réel niveau. »

« Nous sommes insignifiants devant comme derrière »

Si le staff de l’OM n’a pas zappé cette étape dans la semaine, il y a sérieusement de quoi renverser le tenace rapport de force, tant cet OL moribond s’enfonce un peu plus chaque week-end. « Si des supporteurs marseillais sont vraiment inquiets, c’est qu’ils n’ont pas vu nos matchs cette saison, glisse Richard, un habitué du virage sud lyonnais. Nous sommes insignifiants devant comme derrière, donc je ne vois absolument pas comment on pourrait prendre ne serait-ce qu’un point à Marseille. »

Bilo est conscient du « néant actuel côté lyonnais » et ne pas voir son équipe de cœur l'emporter ce dimanche serait selon lui « une faute professionnelle ». Il ne reste plus à l'OM qu'à chasser les fantômes des coups francs de Juninho, du sang-froid de Karim Benzema, d’une tête lobée de Memphis Depay ou même d’un doublé de Maxwel Cornet, qui continuent de hanter le Vélodrome.

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