Euro 2025 : Avec sa nouvelle paire de chaussures spéciale pour femmes, Adidas veut « révolutionner » le football féminin
INNOVATION•Après des années de travail et de recherche, la marque de sport allemande a commercialisé une paire de chaussures de foot spécialement conçue pour la morphologie du pied féminin, ouvrant la porte à une nouvelle ère pour les athlètesAymeric Le Gall
«Ceci est une révolution ». C’est par ces mots que Mahsa Aryan, la directrice du football chez Adidas, nous a présenté le nouveau modèle de chaussures F50 sorties juste avant l’Euro féminin 2025 et spécialement conçu pour les footballeuses. Pourtant, à la différence d’Apple, chez Adidas, aucun PDG à lunettes et aux jambes arquées dans son petit pantalon en lin n’est venu l’annoncer lors d’une opération de lancement, à grand renfort de trompettes et de superlatifs. Il n’en reste pas moins qu’en créant sa véritable première paire de chaussures adaptée à la morphologie du pied des femmes, la marque aux trois bandes a passé la vitesse supérieure pour accompagner le développement du football féminin à travers le monde.
Après une première tentative infructueuse en 2015, faute d’une réelle demande de la part des joueuses, qui semblaient alors s’accommoder parfaitement des chaussures dites unisexes - mais qui sont en réalité conçues selon la forme du pied masculin - Adidas a senti le vent tourner ces dernières années. « Les discussions ont évolué et à mesure que la communauté de joueuses grandissait, on a senti que les désirs et les besoins évoluaient, en même temps que les connaissances scientifiques sur l’anatomie féminine et les différences morphologiques entre le corps des femmes et celui des hommes, notamment au niveau du pied. Le temps était venu de prendre cette question au sérieux et de développer une chaussure spécifique pour les femmes », relate Mahsa Aryan.
« Une grande victoire pour les femmes »
Fort d’une base de données chaque année plus conséquente, les équipes de chez Adidas ont travaillé d’arrache-pied ces trois dernières années pour créer la chaussure la plus à même de répondre aux exigences des joueuses, afin de leur apporter à la fois le plus grand confort tout en améliorant leurs performances sur le terrain. « En tenant compte du fait que le pied féminin est généralement plus fin au niveau du talon et plus large au niveau du médio-pied, nous avons créé une forme de chaussure qui propose un chaussant amélioré au niveau du talon, du médio-pied et de l’avant-pied, pour un meilleur verrouillage du pied, plus de confort et des changements de direction plus faciles », détaille la directrice du football de la marque.
En utilisant les données relatives aux points de pression du pied, corrélé au fait que les footeuses pèsent généralement moins lourd que leurs homologues masculins, « Adidas a ajusté la configuration des crampons en ajoutant un PIVOT STUD supplémentaire au milieu de la colonne de crampons, tandis qu’un quatrième crampon a été ajouté sur le côté extérieur de la chaussure pour une meilleure répartition de la pression », nous fait savoir la marque allemande.
Pour parvenir aux meilleurs résultats, Adidas a travaillé en collaboration avec certaines de leurs athlètes sous contrat, à l’image de l’internationale américaine Trinity Rodman, qui ne cache pas sa fierté d’avoir participé à cette petite révolution. « Développer des produits spécifiques pour le football féminin représente une grande victoire pour les femmes, applaudit-elle. J’ai trouvé très enrichissant de participer aux recherches et à la conception de cette chaussure. J’apprécie qu’elle permette des changements rapides de direction, ce qui est un élément clé de mon jeu, et j’ai vraiment hâte de pouvoir la porter sur le terrain afin de faire profiter à mes coéquipières de ses avantages. »
« « Travailler en étroite collaboration avec l’équipe adidas m’a donné l’opportunité de faire des retours essentiels et de contribuer à la création d’un meilleur avenir pour toutes les athlètes. » »
Des retours emballés de la part des joueuses
Une fois les premiers prototypes sortis d’usine, Adidas s’est offert un road-trip à travers l’Europe afin d’aller tester cette F50 directement auprès des joueuses. Une période un brin stressante pour Mahsa Aryan : « Je dois admettre que j’étais nerveuse à l’idée d’avoir leurs premiers retours, de connaître leurs sensations. Mais à l’arrivée les retours ont été incroyables, la plupart des joueuses nous ont dit qu’elles avaient immédiatement senti une différence. Pour nous qui avons travaillé sur ce projet depuis trois ans, c’était un immense soulagement et un bon indicateur du fait qu’on allait dans la bonne direction. »
Nos articles sur l'Euro féminin 2025Reste maintenant à populariser ce modèle auprès de la communauté des footballeuses, professionnelles ou amatrices, car la nouvelle n’est pas encore arrivée aux oreilles de tout le monde, comme on l’a constaté en allant interroger les Bleues avant leur départ pour l’Euro. Amel Majri ignorait tout de l’existence de cette nouvelle chaussure et si, jusqu’ici, elle n’a jamais eu se plaindre de ses crampons, la numéro 10 de l’équipe de France voit cela comme une bonne nouvelle pour le football féminin.
« J’ai grandi avec des chaussures de mecs aux pieds et ça ne m’a jamais posé problème. En revanche, c’est bien de développer enfin la recherche dans ce domaine. Ils avaient déjà fait ça pour les ballons qu’on utilise en Ligue des champions, avec un ballon un peu moins lourd, c’est bien que ça continue dans ce sens, salue la Lyonnaise. Les pieds des femmes sont peut-être légèrement différents d’un point de vue de la morphologie donc si ça peut aider à améliorer les sensations et à prévenir le risque de blessure, c’est tout bénef, on prend. »
Michele Kang et Under Armour investissent aussi
D’ailleurs, si la Lyonnaise n’avait pas entendu parler de cette chaussure, c’est elle en revanche qui nous apprend que sa patronne à OL Lyonnes Michele Kang « a créé une marque spécialisée dans les chaussures de foot pour les femmes, afin de pallier les blessures. Je ne les ai pas testées, je ne sais même pas si le projet est allé au bout, mais quoi qu’il en soit c’est une bonne chose. »
Il se trouve en effet que la nouvelle sauveuse de l’Olympique Lyonnais masculin a investi deux millions d’euros dans la société IDA, qui se consacre exclusivement à créer des chaussures de sport étudiées pour les sportives de haut niveau comme pour les particuliers, et ce dans le but d’éliminer le risque de rupture du ligament des genoux, une blessure plus fréquente chez la femme que chez les hommes, avec un risque quatre à six fois plus élevé de se « péter ».
Si le projet développé aujourd’hui par Adidas est inédit par son ampleur, En 2023, la marque Under Armour avait elle aussi déjà tenté l’aventure, sans que ça n’ait beaucoup d’écho médiatique. Cela prouve tout de même le véritable essor du marché du foot féminin, après des décennies à n’être qu’une variable d’ajustement derrière la locomotive des garçons.


















