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« Surclassés » à trois mois de l’Euro, les Bleus sont-ils inquiétants ?

France-Allemagne : « On s’est fait surclasser »… Sommes-nous officiellement inquiets pour les Bleus en vue de l’Euro ?

FOOTBALLSix mois après une autre défaite en Allemagne (2-1), l'équipe de France de Didier Deschamps a subi une leçon contre la bande à Julian Nagelsmann, samedi au Parc OL de Lyon-Décines (0-2). De quoi générer des inquiétudes avant l’Euro 2024, non ?
Euro 2024: Le débrief du match de préparation France-Allemagne (0-2)
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’équipe de France de football a été sèchement battue par l’Allemagne (0-2), samedi au Parc OL de Lyon-Décines, lors d’un match de préparation attendu, à seulement trois mois de l’Euro 2024.
  • Privés de leur maître à jouer Antoine Griezmann, pour la première fois depuis près de sept ans, les Bleus ont été « surclassés dans tous les compartiments du jeu » (dixit Aurélien Tchouaméni.
  • Le « non-match » contre cette séduisante Nationalmannschaft, qui organise l’Euro 2024, n’est clairement pas un bon signal côté tricolore, et une réaction est attendue mardi face au Chili.

Au Parc OL de Lyon-Décines,

Qui aurait pu imaginer que de copieux sifflets accompagneraient la sortie de l’équipe de France de football, samedi dans un Parc OL qui se réjouissait tant d’accueillir une nouvelle affiche internationale, une semaine après un passionnant Crunch du Tournoi des VI Nations de rugby ? Disons qu’il n’a fallu que sept secondes et une invraisemblable ouverture du score de Florian Wirtz pour comprendre que le 150e match de Didier Deschamps en tant que sélectionneur des Bleus ne serait probablement pas son plus kiffant (0-2).

Mais alors pourquoi cette purge tricolore à deux tirs cadrés, 44 % de possession de balle, et 440 passes réussies contre 623 côté allemand ? Oui, POURQUOI ? Le forfait d’Antoine Griezmann (blessé à la cheville), pour la première fois depuis près de sept ans, était évidemment dans toutes les têtes, y compris chez le délicieux meneur de jeu du Bayern Jamal Musiala, qui évoquait spontanément « l’absence d’un joueur clé avec Griezmann ». Au rayon des explications sorties comme des excuses non assumées, on a aussi noté « le déficit athlétique » d’un groupe « arrivé avec beaucoup de fatigue », dixit DD.

« C’était vraiment un non-match »

Bon, pourquoi pas au vu du rythme infernal subi par la plupart des joueurs, même si leurs adversaires du soir ne sont a priori pas en train de vivoter avec un seul match de Bundesliga par semaine du côté de Bochum ou de Darmstadt. Passons donc, comment peut-on sérieusement expliquer que hormis un coup de chaud en milieu de première période des solistes Kylian Mbappé et surtout Ousmane Dembélé, les vice-champions du monde en titre n’ont pas du tout existé samedi ?

Pas dans un grand soir lui non plus, Kylian Mbappé n'est pas parvenu à peser suffisamment sur le match France-Allemagne, samedi au Parc OL.
Pas dans un grand soir lui non plus, Kylian Mbappé n'est pas parvenu à peser suffisamment sur le match France-Allemagne, samedi au Parc OL.  -  FRANCK FIFE / AFP

« On n’a pas été bons, ça arrive, on ne fait pas exprès, glisse Benjamin Pavard, en grande difficulté durant toute la rencontre en défense centrale (dans un 4-3-3). C'était vraiment un non-match, de la première à la dernière minute. Il faut passer à autre chose. » Avant de passer à une rencontre bien moins clinquante, mardi (21 heures) à Marseille contre le Chili, les hommes de DD ont eu le mérite de plutôt bien faire leur autocritique en zone mixte.

« Une petite gifle qui va faire du bien »

« Quand on n’est pas à 100 % dans les duels, dans l’agressivité... », pointait ainsi Olivier Giroud, qui y allait de son mot d’ordre : « La défaite doit faire mal ». Au vu des quelques sourires arborés dans les travées du Parc OL, certains n’étaient peut-être pas tout à fait sur cette ligne. « On n’était pas présents ce soir, constatait de son côté Brice Samba, qui a repoussé des balles de 0-3 en deuxième période samedi. On n’a pas montré notre vrai visage et on va tâcher de réparer ça mardi ». La sortie médiatique la plus tranchante/lucide est à mettre au crédit d’Aurélien Tchouaméni.

« C’est une petite gifle qui va faire du bien. Je ne pense pas que ce soit un problème d’attitude, parce que tous les joueurs avaient envie de gagner et de faire des efforts. Mais on ne les a peut-être pas tous faits au même moment. Et quand on n’est pas tous ensemble… Et puis quand on ne gagne pas de duels, au bout d’un moment, ça rentre dans les têtes et on a tendance à reculer. C’est pour ça que les Allemands ont souvent réussi à nous transpercer. On s’est fait surclasser dans tous les compartiments du jeu. » »

Avec en premier lieu selon nous le gouffre abyssal entre l’aisance technique et le sens du mouvement/des combinaisons entre les si prometteurs Florian Wirtz et Jamal Musiala, par rapport aux individualités françaises, très en deçà sur le registre technique, Marcus Thuram en tête, tout du moins samedi. Ne comptez pas sur Didier Deschamps pour mettre en avant cette lacune évidente. « Dans l’engagement, la détermination et l’agressivité, on était en dessous », se contente de lister le sélectionneur.

Ici auteur d'un tacle devant  Antonio Rüdiger, Aurélien Tchouaméni assume les difficultés des Bleus lors de cette nouvelle défaite contre l'Allemagne.
Ici auteur d'un tacle devant Antonio Rüdiger, Aurélien Tchouaméni assume les difficultés des Bleus lors de cette nouvelle défaite contre l'Allemagne.  - Olivier CHASSIGNOLE / AFP

« Une bonne piqûre de rappel »

La même ou presque pour Adrien Rabiot sur TF1 : « Plus que les erreurs techniques, c’est surtout l’intensité et l’état d’esprit qui n’ont pas été bons ce soir, et ça donne ce résultat, assure le milieu de la Juventus. Techniquement, on peut rivaliser avec cette équipe d’Allemagne ». Euuuuuh, même si les deux défaites en six mois face à la Nationalmannschaft prouvent le contraire ?

Bien que puni par Kai Havertz (0-2, 49e) dès l’entame de la deuxième période, l’équipe de France a poursuivi sa prestation en bloc bas, sans afficher une réelle ambition dans le jeu. La seule opportunité digne de ce nom dans le second acte du match pour les Bleus ? Un quasi-but contre son camp de Mittelstäd, repoussé par Rüdiger sur la transversale (0-2, 88e). Vous apprécierez le mot outil du soir, utilisé à la fois par Pavard, Tchouaméni, Samba et Giroud : « c'est une bonne piqûre de rappel ».

C’est ainsi que l’équipe de France voit son revers (sans conséquence) du week-end. Côté projection vers l’Euro 2024, Aurélien Tchouaméni a repris avec malice un journaliste, qui l’interrogeait sur une possible inquiétude dans le vestiaire après cette défaite. « Non, je ne suis pas inquiet, vous l’êtes, vous ? Mais on sait qu’il y aura de grosses équipes comme l’Allemagne et l’Angleterre à l’Euro. Si on réitère ce genre de performance, ça ne va pas passer. » Surtout si le thème de la soirée, à savoir les buts concédés dans les cinq premières minutes de chaque mi-temps, est toujours d’actualité en juin.