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Le Clasico est-il la dernière vraie grosse affiche européenne ?

Real Madrid - FC Barcelone : « Une rivalité incomparable »… Le Clasico, dernière vraie grosse affiche européenne ?

rayonnementLeader de Liga, le Real Madrid accueille son dauphin, le FC Barcelone, dans un match que le monde entier attend (ou presque)
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Le Clasico entre le Real Madrid et le FC Barcelone, ce dimanche, reste l’affiche la plus attractive du football européen, attirant « des centaines de millions de téléspectateurs ».
  • Ce match garantit un spectacle de qualité. Depuis cinquante ans, seulement cinq 0-0 ont eu lieu et un peu plus de trois buts sont marqués en moyenne à chaque match depuis 2019.
  • La rivalité dépasse le simple cadre sportif, « une "guerre" déguisée » entre la Catalogne et l’Espagne, ce qui rend cette confrontation unique au monde.

La Ligue des talents a beau nous draguer avec force depuis le début de la saison avec ses 40 buts par journée, il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Désolé Auxerre, désolé Le Havre, désolé Angers ou Lorient, mais dimanche après-midi, on mettra un peu de côté notre championnat préféré pour zieuter le Clasico (16h15) en Espagne. Santiago Bernabeu, Real Madrid, FC Barcelone, Mbappé, Vinicius, Lamine Yamal, Pedri, deux points d’écart au classement, on va boire du petit leche.

De toutes les affiches en Europe, le Clasico est sans doute la dernière à attirer encore massivement les foules, à un moment où l’amateur de ballon rond est noyé sous les gros matchs, entre championnat, Ligue des champions ou même Coupe du monde des clubs, désormais. « Rien ne peut être comparé à un Clasico, à la limite un Superbowl, nous assure Richard Fitzpatrick, auteur de El Clasico : Barcelona v Real Madrid : Football’s Greatest Rivalry. Il y aura des centaines de millions de téléspectateurs qui regarderont le match partout en Europe ce dimanche. »

Du jeu, des buts, de la folie

L’Anglais assure que ce duel entre les deux meilleurs ennemis est très suivi outre-Manche, encore plus depuis l’arrivée de Jude Bellingham, Trent Alexander-Arnold et Marcus Rashford en Espagne. Sur 20 Minutes, vous êtes régulièrement des centaines de milliers (oui, oui) à suivre cette rencontre en live, pendant que des affiches comme Arsenal-Liverpool peinent à remplir l’équivalent d’un stade du Moustoir (18.000 places). Alors pourquoi cette affiche plus que d’autres et cet attachement à cette rivalité ?

« Si on parle seulement de football, un Barça-Madrid, c’est un véritable divertissement, un grand spectacle, estime Frederic Porta i Vila, auteur de El Clásico, historias y anecdotas de una rivalidad eterna. Il y a de grands joueurs dans les deux équipes, ça joue bien au ballon, tout le monde aime ça. » Il est vrai que le téléspectateur qui se met devant un Clasico sait qu’il en aura pour son argent, avec du jeu, des buts, des cartons rouges, des polémiques à tout-va. Tous les ingrédients sont là.

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Depuis cinquante ans, seulement cinq 0-0 ont été à déplorer, le dernier remontant à 2019. Depuis ce misérable match nul et vierge, un peu plus de trois buts sont marqués en moyenne à chaque Clasico. « C’est toujours très excitant, très ouvert comme match, reprend Richard Fitzpatrick. A l’inverse, les grandes affiches en Angleterre sont souvent décevantes, avec des équipes assez repliées. Lors du dernier Liverpool-Manchester United (1-2, dimanche dernier), c’était très pauvre dans le jeu. »

Mondialisation et médiatisation

Même sentiment en Italie, comme nous le raconte Luca Bianchin, journaliste à la Gazzetta dello Sport : « Il y a trois semaines on a eu un Juventus-AC Milan qui s’est terminé sur un 0-0, c'était un mauvais match. Les équipes ont peur de perdre. Déjà que, commercialement, nous ne sommes pas les meilleurs au monde… La dernière journée de Serie A, on a eu seulement 11 buts en 10 matchs, ça ne te permet pas de bien vendre les affiches de ton championnat. »

Et puis, derrière le jeu, il y a aussi les joueurs, les meilleurs de la planète. Depuis vingt ans, seuls deux joueurs n’évoluant ni au Barça ni au Real Madrid ont remporté le Ballon d’or (Rodri et Ousmane Dembélé). Suffisant pour que les fans, et notamment les gamins, aient un lien avec ces clubs. « Avec cette spectacularisation du sport, cette mondialisation, il y a un intérêt sur les joueurs les plus médiatisés, plus que sur les équipes, explique Guillaume Dietsch, professeur et coauteur de La France n’est pas un pays de sport ?. Un enfant va connaître les Mbappé, les Lamine Yamal. »

Aujourd’hui, la majorité des enfants en Europe, et même dans le monde, auront leur petite préférence au moment de choisir le Real ou le Barça. « La fascination pour les deux clubs est là en Italie, affirme Luca Bianchin. Dans les dix dernières années, les garçons et les filles ont commencé à regarder beaucoup de football international et on en a qui, après leur club de cœur, soutiennent le Barça ou le Real Madrid. C’était impensable dans les années 1990. »

Rivalité unique et politique

Et puis, là où les rivalités se construisent parfois artificiellement, celle entre le Real Madrid et le FC Barcelone va au-delà même du sport, ce qui permet souvent aux spectateurs de s’identifier à l’une ou à l’autre équipe, comme le raconte Frederic Porta i Vila :

« La force de ce match, c’est qu’il rappelle constamment que l’Espagne est un État plurinational, où vivent quatre langues, quatre cultures, et plusieurs manières d’être. Certains y voient un simple match de foot, alors que c’est une "guerre" déguisée. Il y a un conflit éternel depuis 350 ans. L’un est l’ambassadeur sportif de l’Espagne, l’autre de la Catalogne. Ce match est différent des autres. »

« Il y a des rivalités dans le foot, comme Boca-River, Celtic-Rangers, United-Liverpool, Juve-Inter, mais aucune n’est comparable à un Real-Barça, ajoute Richard Fitzpatrick. Ce duel est ancré dans de profondes problématiques politiques. La rivalité, c’est la Catalogne contre l’Espagne. Les deux clubs représentent leur pays. Vous n’arriverez jamais à avoir cet écueil-là en Angleterre. » Ce n’est pas pour rien qu’on préfère regarder un bon Metz-Angers à un Liverpool-Manchester United. Chacun ses priorités.