Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
« On n’a pas de bons joueurs »… Le modèle brésilien est-il dépassé ?

Brésil - France : « Nous n’avons pas de bons joueurs »… Le modèle brésilien supplanté par celui des Bleus

Joga plus trop bonitoL’équipe de France affronte un Brésil en chute libre ce jeudi en match amical dans la banlieue de Boston
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Pour le premier match amical de sa tournée américaine, l’équipe de France affronte le Brésil, ce jeudi (21 heures) dans la banlieue de Boston.
  • Sans titre mondial depuis 2002, la Seleção traverse une crise majeure avec une sélection affaiblie qui ne dispose plus de grandes stars, contrairement à il y a vingt ans.
  • Au point de voir le modèle brésilien, « terre de football » comme le mentionnait Didier Deschamps, être dépassé, notamment par la France ?

Le temps passe, passe, passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que la sélection brésilienne se serait si vite délitée. Il y a vingt ans, les Auriverdes préparaient la Coupe du monde en Allemagne avec Roberto Carlos, Cafu, Kaka, Ronaldinho, Ronaldo ou Adriano. Les revoilà, ce jeudi pour affronter la France des Mbappé, Dembélé, Doué, Cherki en match amical dans la banlieue de Boston (Etats-Unis), à devoir bricoler autour de Vinicius et Raphinha, avec le maestro Carlo Ancelotti en chef d’une meute qui a perdu de sa superbe.

Depuis sa prise de fonction, il y a un peu moins d’un an, l’Italien n’a pas franchement convaincu avec un bilan plus que passable (quatre victoires en huit matchs). « Ils ont fait venir un entraîneur de renom, mais je ne pense pas que le souci vienne de lui, analysait sur ESPN la légende Rivelino, champion du monde en 1970 avec la meilleure équipe de tous les temps. Le problème, c’est que nous traversons une période difficile si on parle de joueurs exceptionnels, de stars. Nous n’avons pas de bons joueurs. »

Avec les absences de Neymar (finito) et Rodrygo (blessé), Ancelotti a par exemple appelé deux joueurs de Brentford et Bournemouth, symboles de ce déclassement. « Depuis notre dernier titre en 2022, l’espoir s’est estompé au fur et à mesure des années, explique le Brésilien Felipe Saad, passé par Guingamp et désormais consultant sur Ligue 1 +. Au pays, les gens qui suivent le foot ne sont pas bêtes, ils voient les noms qui ont été appelés par Didier Deschamps, ça joue le haut du tableau partout, la Ligue des champions. Nous, on parle de joueurs qui jouent à Bournemouth. »

Moins de Brésiliens en Europe…

« La baisse de qualité des joueurs brésiliens fait l’objet de débats constants, assure le journaliste brésilien Luis Augusto Monaco. La diminution du nombre de stars est un fait incontestable. Les Brésiliens ont toujours été réputés pour leur technique, leurs dribbles et leur créativité, mais on ne cherche plus trop ça. » Ou, en tout cas, plus trop au Brésil. Selon Sofascore, en 2000-2001, 23 joueurs avaient traversé l’Atlantique au mercato d’été pour rejoindre l’Europe. En 2025-2026, ils n’étaient plus que 11, dont 4 via les liens obscurs entre John Textor (Botafogo) et Evangelos Marinakis (Nottingham Forest).

« Les clubs européens continuent de rechercher des joueurs au Brésil, mais avec un profil différent de celui des joueurs recrutés au cours des décennies précédentes, reprend le journaliste. Autrefois les Européens venaient chercher des stars, des joueurs appelés à devenir des protagonistes. Aujourd’hui, ils investissent dans de très jeunes athlètes ou dans des joueurs dont le profil se rapproche davantage de celui d’un Européen. Quand Chelsea paie une fortune pour un garçon de 16 ans comme Estevão, le club fait un pari sans avoir la certitude de réussir. »

Pendant ce temps, les joueurs français, eux, continuent leur export en nombre à l’international. Ils étaient encore 20 à quitter la Ligue 1 l’été dernier, dont des joueurs à la technique soyeuse comme Rayan Cherki (Manchester City), que le Brésil ne renierait pas. Sans parler des nombreuses pépites qui sont encore dans l’Hexagone et tapent très fort à la porte de plus grands clubs européens, comme Maghnes Akliouche.

… Et moins de Brésiliens au Brésil aussi

En plus d’un problème de formation, le Brésil souffre paradoxalement de sa nouvelle puissance financière, qui lui permet de rapatrier les anciens (Gerson, Paqueta) ou d’attirer quelques stars étrangères (Memphis Depay, Yannick Bolasie, Saul Ñíguez) ou des jeunes sud-américains bon marché. Au total, 153 joueurs étrangers évoluent cette saison en Serie A.

« Quand on prend les équipes qui sont en haut de tableau, comme Palmeiras, Flamengo, Cruzeiro, on s’aperçoit qu’ils sont cinq, six, sept étrangers parmi les titulaires, développe Felipe Saad. L’Athletico Paranense a même commencé un match avec neuf étrangers. Et ça, c’est au détriment des jeunes brésiliens, de la formation et des profils tout simplement brésiliens. »

Alors, la « terre du football », comme l’a rappelé Didier Deschamps la semaine dernière, n’est-elle plus devenue que l’ombre d’elle-même ? « L’adoption de systèmes de jeu qui privilégient la tactique au détriment de la technique est considérée comme l’un des facteurs à l’origine de ce déclin », indique Luis Augusto Monaco, avant d’ajouter :

« La légende Zico affirme que ce schéma de jeu a fait disparaître le n° 10 brésilien typique. Nos joueurs sont prisonniers de ce modèle de jeu. Et la défaite de la merveilleuse équipe de 1982 a fait beaucoup de tort à notre football. À partir de là, notre jeu est devenu plus pragmatique avec une phrase qui domine le débat : “Mieux vaut jouer laid et gagner, que jouer beau et perdre.” »

Et dans un pays qui n’a plus gagné depuis plus de vingt ans, et qui n’est plus forcément cité parmi les grands favoris d’une Coupe du monde (un drame national), le choix est vite fait. En France, le même débat éclate depuis plusieurs années, mais à l’inverse. Malgré de bons résultats avec les Bleus, Didier Deschamps est souvent accusé de mal faire jouer son équipe alors qu’il a à disposition un réservoir de joueurs incroyables. Il ne manque plus qu’à inverser les rôles. Ça commence dès ce soir, puisque le Brésil a demandé à jouer avec son nouveau maillot bleu. Histoire de s’inspirer des meilleurs, sûrement.