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Que retenir des révélations de « L’Equipe » dans l’affaire Achraf Hakimi ?

Affaire Hakimi : Que retenir des révélations de « L’Equipe » ?

justiceLe parquet de Nanterre a requis vendredi le renvoi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine d’Achraf Hakimi. Le quotidien sportif a retracé les événements dans une enquête
William Pereira

W.P.

Achraf Hakimi se dirige-t-il vers un procès pour viol ? Le parquet de Nanterre a requis vendredi le renvoi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine du latéral droit du Paris Saint-Germain pour un viol qu’il conteste. Quelques heures plus tard, le quotidien L’Equipe publiait une vaste enquête visant à reconstituer les événements, de la prise de contact sur Instagram, début 2023 à l’expertise psychologique de la jeune femme que le footballeur avait invitée chez lui à Boulogne-Billancourt, en passant par une audition par les enquêteurs, de Kylian Mbappé.

Un signalement, mais pas de plainte

Dans la nuit du 24 au 25 février 2023, Achraf Hakimi invite une jeune femme avec qui il échangeait sur Instagram à son domicile. Il lui commande un Uber. Chez le joueur, et selon le récit de la femme alors âgée de 24 ans, ils s’embrassent même si elle n’en avait « pas envie », explique qu’elle ne coucherait pas, dans une « grande discussion » qui n’empêchera pas Hakimi, dit-elle, de la mettre à califourchon sur lui avant d’imposer une pénétration digitale.

« Dans ma tête je me suis dit : c’est un cauchemar […] Je lui ai demandé d’arrêter à plusieurs reprises. J’ai pris sa tête avec ma main en essayant de l’immobiliser. Je lui ai dit : c’est moi qui décide si je veux ou pas. Je lui ai dit : je t’ai dit non donc c’est non. » Elle concédera à l’international marocain de n’avoir pas été violent. Le 26 février au matin, elle se présente au commissariat de Nogent-sur-Marne pour déposer une main courte, mais ne porte pas plainte. Selon un enquêteur, elle ne voulait « pas nuire à la notoriété du mis en cause ». Elle précisait en outre craindre les « conséquences que ses révélations pourraient avoir sur sa vie personnelle ».

Un échange de messages au centre de l’enquête

Quand la jeune femme décide de partir, le joueur du PSG lui propose un Uber. Elle refuse. Une amie, avec qui elle échangeait tout au long de son entrevue, viendra la chercher. Elle montre à la police des captures d’écran de leurs échanges. « c très grave » (1h50) ; « je rentre, c très grave » (2h18) ; « Je t’en supplie, depeche toi, c tres grave, il me viole, la vie de ma mère » ; « j’arrive pas à partir » (2h22). Elle refuse en revanche de dévoiler aux policiers les messages précédant son arrivée chez Achraf Hakimi. « Une tentative de dissimuler la vérité », pour Me Fanny Colin, l’avocate du Parisien.

Ce n’est qu’en auditionnant son amie que les enquêteurs mettront la main dessus. 0h48 : « Ah j’ai le démon mdrr ». L’amie lui dit d’écouter le morceau « A l’abri » du rappeur Fresh la peufra (dont les premières paroles sont : « j’ai pas eu le choix, Que prendre ce risque pour mettre la miff (la famille) à l’abri »). Elle lui recommande de se présenter en « mode femme fatale ». « Essaie de choper les codes et tout » « on va aller le dépouiller », « on est des meufs de la cailler (sic), (de la rue, en espagnol) ». A son arrivée en bas du domicile du joueur, la jeune femme constate que celui-ci n’a pas donné l’adresse précise au chauffeur. Les « codes » reviennent dans un autre message de son amie. « Il va descendre, il va pas te filer les codes ». Ces messages auraient poussé l’avocate de l’international marocain à penser dès 2023 que « Monsieur Hakimi a, dans cette affaire, été l’objet d’une tentative de racket ». Les deux jeunes femmes plaideront l’humour noir et la plaisanterie.

La plaignante « ment » selon Achraf Hakimi

Lors de son audition, le 2 mars 2023, le footballeur livre une autre version. « Elle ment », dit-il. Il explique qu’ils se sont embrassés, qu’ils ont ri parce que le gloss de la jeune femme piquait, avant de prendre la direction de la cuisine pour se rincer la bouche. Ils s’y seraient embrassés à nouveau avant d’aller sur le canapé, où elle fait activement usage de son téléphone. «. Elle me dit qu’elle travaille, ce que je respecte. On a continué à s’embrasser, des bisous plus longs, avec ma main sur le bas de son dos. Elle m’a dit : le premier soir, il ne va rien se passer. J’ai respecté sa position. J’ai dit OK. On a continué à s’embrasser mais elle utilisait une nouvelle fois son téléphone. »

Selon lui, il n’y a pas eu de « grande discussion ». Discussion présumée dont la teneur, dit l’avocate, est incohérente avec le niveau de français de son client à l’époque, ce à quoi il faut ajouter que la plaignante ne parlait pas anglais. L’expertise psychologique penche tout de même pour un « discours sincère et authentique » de la jeune femme, sans « réelle tendance à l’affabulation ou à la mythomanie ».

Kylian Mbappé a été entendu par les enquêteurs

Ami proche et coéquipier d’Achraf Hakimi à l’époque, Kylian Mbappé a dit aux enquêteurs avoir évoqué l’épisode avec lui. Il leur a par ailleurs assuré qu’il ne le croyait pas capable d’un tel acte. « Achraf Hakimi est respectueux avec les femmes. Même alcoolisé, je ne l’ai jamais vu avoir un comportement déplacé […] Même les fois où je n’ai pas assisté à certaines scènes, je n’ai jamais eu de retour d’amies qui me disaient qu’Achraf s’était mal comporté ou qu’il avait dépassé les limites. »

Le PSG n’a pour l’heure pas réagi aux réquisitions de renvoi du parquet de Nanterre devant la Cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine.