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Didier Roustan, l’homme qui « a révolutionné le récit du foot à la télé »

Mort de Didier Roustan : Avant le romantique du jeu, l’homme « qui a révolutionné le récit du foot à la télé française »

décèsDidier Roustan est décédé mercredi à l’âge de 66 ans, laissant un grand vide dans le monde du football français. Grand nostalgique des années 80, il avait dépoussiéré le journalisme de sport dans sa jeunesse
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le journaliste Didier Roustan est décédé mercredi à l’âge de 66 ans. Figure du foot-nostalgie des années 80, il intervenait régulièrement sur La Chaîne L’Equipe jusqu’au mois de juin
  • Roustan a révolutionné la façon de parler de football à la télévision, notamment par l’apport du rock dans ses reportages et une forme de créativité inédite pour l’époque.
  • Il a lancé avec Diego Maradona et Eric Cantona le projet avant-gardiste d’un syndicat mondial des joueurs, qui s’est soldé par un échec. Cela lui a coûté financièrement et conduit au burn-out

Avec la mort, on ne sait jamais d’avance. Mais on aurait aimé savoir. Savoir qu’après ce coup de fil à Didier Roustan, autour de la mi-juin, il n’y en aurait pas d’autre. « El presidente » débordait encore d’énergie et d’enthousiasme à l’heure d’évoquer ce qu’il préférait de la vie : le football, la Copa América et l’Argentine, son pays de cœur. Une histoire de fascination pour un homme, l’ami Diego Maradona, et de valeurs communes. « On ne va pas en en Argentine tous les ans pour épater la galerie, souligne le journaliste Chérif Ghemmour, qui l’a côtoyé à Sport O FM. Il y a une attache très forte avec le pays. C’était son point d’ancrage. Il allait régulièrement à la Bombonera et au Monumental. »

Didier Roustan n’avait pas l’amour exclusif. Esthète pur et dur, il vouait également un culte à Pelé, Johan Cruyff mais surtout Franz Beckenbauer, dont il partageait le poste sur le terrain, libéro, un concept disparu dans les années 90. En d’autres termes, des comme lui, on n’en fabrique plus.

Mikhautadze rend hommage à Roustan

Ce football parti, Roustan s’est chargé du service après-vente sans jamais dévier de ses idoles. Le virage moderne vers un football dans lequel il ne se retrouvait plus a participé à accentuer le côté foot-nostalgie. « Aujourd’hui le foot, ça n’arrête pas d’attaquer, de défendre, tu as 35 centres dans le match, ça va à droite, à gauche, regrettait-il. Ils ont voulu tout faire plus spectaculaire pour que les jeunes générations s’intéressent au foot, mais aujourd’hui c’est plus la vitesse que le cerveau, il n’y a plus de temps mort. En même temps la nouvelle génération zappe tellement vite, maintenant les gens sont sur leur portable en même temps qu’il regarde un match de foot, c’est de la surconsommation, plus personne n’est vraiment concentré. Et toutes les équipes jouent de la même façon et tous les joueurs sont les mêmes. »

Mi-boomer, mi-lucide, le journaliste en poncho avait réussi l’exploit de devenir le vieux sage du village que la jeunesse regardait de travers pour avoir osé dire qu’il ne payerait pas pour voir jouer Mbappé – qui pour lui donner tort en ce moment ? - tout en gardant un indice de respectabilité élevé dans ce même échantillon de population, l’hommage de Georges Mikautadze (23 ans) servant d’exemple.

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Quand Roustan déguisait Luis Fernandez en tigre

Il convient néanmoins de dissiper un malentendu au sujet de Didier Roustan, dont le dernier volet de la carrière l’a parfois trop réduit à ce rôle de mémoire du passé. D’une, il n’a pas toujours été habillé comme un hippie. C’était d’abord un homme de télé, chemise, costard, coiffure bien propre. Un jour, il s'est même mis sur son 31 avant de frapper à la porte de Maradona. De deux, avant d’être l’incarnation du foot à papa, il s’est construit comme avant-gardiste. A 21 ans, il débarque à la présentation de Téléfoot pour dépoussiérer le journalisme TV catégorie sport. « Il a révolutionné la manière de parler de foot à la télé et ringardisé ce qui se faisait à l’époque notamment avec l’apport du rock, rappelle Chérif Ghemmour. Il en mettait beaucoup dans ses reportages et ses résumés. Il a vraiment été un des pionniers de la culture rock-foot. En plus de ça, il était beau gosse et il avait de l’humour. » Le tout mis au service d’une créativité sans bornes capable d’accoucher de reportages uniques dans leur genre, du style Jean-Pierre Papin featuring un loup.

Didier Roustan, à l'époque où il était président du foot citoyen
Didier Roustan, à l'époque où il était président du foot citoyen - SIPA

Un jour, Roustan a déguisé Luis Fernandez en tigre. L’ancien international français, « sous le choc » après la perte de son ami, s’en souvient encore. « Le reportage sur Téléfoot s’appelait Rocky. Ma femme a retrouvé les images, c’était magnifique. Il m’a fait courir sur les bords de Seine et fait monter les escaliers face à la Tour Eiffel. Je m’en souviendrai toujours de ce reportage. C’est du Didier. Il a su trouver en moi le personnage que j’étais sur le terrain et en dehors puis le retranscrire. » Sa facilité à tisser des liens avec les plus grands joueurs de l’époque pour les pousser à faire des choses impensables est un mystère que la science aura échoué à élucider, mais la piste de la gentillesse est à considérer avec le plus grand sérieux. « Il avait un don, une gentillesse, c’était quelqu’un de très humble, souligne Fernandez. Si tout le monde était attaché à lui, c’est qu’il y avait quelque chose. »

Du syndicat des joueurs avec Maradona à une quasi-pige d’éboueur

L’aimant Roustan a attiré tout ce qu’il pouvait sur deux décennies. Avec Eric Cantona, il a formé un tandem éphémère et poussif en cabine lors de la Coupe du monde 1994. Le King n’était pas bien loquace et éprouvait des scrupules à dire du mal de collègues de travail, mais l’idée avait le mérite d’exister. Les deux hommes se retrouveront un an plus tard à la manœuvre du lancement du syndicat mondial des joueurs sur une vieille idée de Diego Maradona, également impliqué dans une aventure qui coûtera beaucoup au journaliste, en argent et en énergie.

Enlisé dans ce projet avant-gardiste, dont on ne peut que regretter l’échec dans un monde où les joueurs finiront à ce rythme par jouer 80 matchs par saison, il ne gagnera rien sinon une grande amitié avec le Pibe et un burn-out. Il envisagera même un job d’éboueur. « J’aurais bossé le matin quelques heures. Ça ne me posait pas de problème, racontait-il à Ouest-France. J’avais préparé la mère de mes enfants à ça. J’ai eu une période d’un an comme ça, à me reconstruire. »

L’Equipe TV passera par là avant le camion. Requinqué, il lancera un autre projet, l’association foot citoyen pour lutter contre la violence et le racisme dans le football. « Pour promouvoir une éthique du football, il pensait qu’il fallait que ça commence par les jeunes et les éducateurs », termine Chérif Ghemmour. Pour un homme du passé, Didier Roustan croyait en l’avenir.