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Golazo, Riolo ou Eric Blanc… Quel plaisir coupable après une soirée C1 ?

Ligue des champions : Titi Henry, Riolo ou Eric Blanc… Quel show choisir pour débriefer une grande soirée européenne ?

MEDIASGolazo sur CBS, L’After, L’Equipe du soir ou El Chiringuito, qui choisir pour passer une bonne fin de soirée européenne après Dortmund-PSG ou Bayern-Real ?
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Qui dit soirée Ligue des champions dit show d’après-match. Le suiveur invétéré a le choix. En France ou ailleurs, les émissions cartonnent
  • Aux Etats-Unis, Golazo, animée par Kate Abdo, Thierry Henry, Jamie Carragher et Micah Richards, repose sur l’humour et la complicité entre les animateurs. En Espagne, on ne présente plus El Chiringuito
  • La France elle, peut s’appuyer sur les diatribes de Daniel Riolo et les envolées cinématographiques d’Eric Blanc, dans l’Equipe du soir

Mardi soir, 23h15. Une immense soirée de Ligue des champions s’achève mais vous en redemandez encore. Hors de question de partir au lit sans avoir entendu la terre entière dire du bien (ou du mal, selon le résultat) de votre équipe. Vous lisez tous les tweets, même les plus insignifiants, sur l’action, le geste ou la polémique de la soirée. Toujours pas assez. Heureusement il reste les professionnels du divertissement pour vous sauver. Dans la catégorie football, ils sont de plus en plus nombreux. De Thierry Henry au Chiringuito, petite revue des plaisirs coupables pour bien terminer une soirée foot.

Les pitreries du trio Henry-Richards-Carragher dans Golazo

Imaginez une émission à succès sur le baseball, avec trois illustres anciens joueurs en plateau, diffusée en plein après-midi sur TF1. C’est peu ou prou l’histoire de Golazo, la grand-messe du soccer outre-Atlantique. Le show, qui revendique 1,6 milliard de vidéos vues sur la saison 2022-23, est mené d’une main de maître par Kate Abdo et son cerbère footeux à trois têtes composé de Thierry Henry, Jamie Carragher et Micah Richards. Une bande qu’elle comparait à une famille mi-mars, pour étouffer discrètement une polémique lancée par une remarque déplacée de l’ancien capitaine des Reds sur sa vie personnelle.

Thierry Henry est « l’enfant en or qui ne peut se tromper », Jamie Carragher, « une puce sur l’épaule, capable de dire n’importe quoi pour attirer l’attention », quitte à aller trop loin et Micah Richards « le petit frère, le préféré de tout le monde. » « Je crois que ça n’existe que par et pour le casting, explique Grégory Ascher, présentateur de l’EDG sur La Chaîne L’Equipe, très friand du show américain. C’est comme un film à Hollywood, on va voir le dernier Marvel, on va voir le dernier Tom Cruise. On les regarde parce que c’est eux. »

Il règne dans ce trio une ambiance de vestiaire de foot dopé aux rires communicatifs, à la camaraderie vache et à l’autodérision, dont on ressort avec juste assez d’endorphines pour tenir jusqu’à l’émission suivante. Golazo est un petit huis clos théatral, avec son lot de personnages, incarné par les mille visages de Titi, véritable usine à memes, dont on finit par se demander s’ils ne sont pas travaillés en laboratoire. « Carragher est aussi fantastique parce qu’il a son point de vue et il n’en a rien à faire, comme lors de la fameuse polémique, ajoute Grégory Ascher. Kate Abdo est super, elle est capable d’être dominante avec trois tyrannosaures à sa table. Et Micah Richards, il est plein de bonne humeur. »

Petite préférence ici pour l’ancien défenseur de Manchester City et la Fiorentina, toujours prompt à jouer le jeu de la vanne ou de l’autodérision. Ses mimiques et son rire communicatif se chargent du reste, et on prend plaisir à se laisser embarquer dans son délire. Son fou rire sur la séquence « Internazionale » de Jamie Carragher lors d’une flash interview avec Rafael Leão est un monument du divertissement sportif à la télé à voir et à revoir.

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Le football n’est jamais bien loin, évidemment, et on se laisse facilement bercer par les palettes hyper pointues du sélectionneur des Espoirs quand celui-ci explique comment défendre sur Kylian Mbappé. Mais le revers de la médaille veut que les fans de l’émission fassent passer le sportif au second plan. « Aujourd’hui, les gens m’arrêtent dans la rue, non pas pour évoquer ma carrière mais pour me parler de CBS, confiait Thierry Henry à L’Equipe. Je réponds : "OK, je comprends, c’est bien… Mais vous savez, on n’est pas là pour être marrants à la base." Ce qui est viral, ce sont les trucs drôles, mais ce n’est même pas 5 % du show. » Certes, mais quels 5 % !

Les craquages de Riolo dans l’After

On ne présente plus la bête, mais on la présente quand même. Membre permanent du conseil de sécurité de l’After Foot depuis aussi longtemps que l’émission existe, Daniel Riolo est en perpétuelle indignation. Même quand tout va bien, il y a un truc qui cloche, et son penchant pour le subversif lui vaut d’avoir quelques ennemis – Philippe Lucas et Pascal Dupraz pour les anciens, le frère de Marquinhos pour les nouveaux. Bref, écouter RMC après une élimination en Ligue des champions, c’est témoigner d’une mise à mort collective à heure de grande écoute avec du sang partout et des effets spéciaux. Riolo vénère, c’est du Tarantino.

L’année dernière, après le 8e de finale retour sans gloire des Parisiens, le journaliste d’RMC avait aligné tout Paris dans un pamphlet qui n’épargnait personne, et surtout pas le pestiféré Marco Verratti, qu’il invitait à retourner à Pescara pour « manger ses petites brochettes, se balader au bord de la mer, voir ses poufs et fumer ses clopes. Et puis il ira faire des urban avec ses potes parce que ça fait des années que je vous dis que c’est un joueur d’urban ».

S’il se nourrit principalement de crises, Daniel Riolo n’est pas en reste lors des périodes fastes, qui l’obligent à évoluer sur un registre défensif. C’est là que, confronté à ses erreurs et ses certitudes par ses collègues et auditeurs, il se barricade derrière une montagne de mauvaise foi. Tout le monde ne dit que du bien de Luis Enrique ? Oui et ? Vous avez vu comment il parle mal aux journalistes ? Vous avez vu sa dernière embrouille avec Alex Ruiz ? Bradley Barcola est en grande forme ? Mouais. Pas un crack, désolé, j’en vois au moins 35 de meilleurs dans chaque équipe de première division saoudienne. A ce jeu, le divertissement sort toujours gagnant.

Les saillies d’Eric Blanc dans L’Equipe du soir

Le phénomène est plus rare sur le plateau d’Olivier Ménard, où le débat se veut toujours plus courtois pour satisfaire la cible – « le ménager de 50 ans », comme le confesse le chef d’orchestre de l’EDS – malgré des accrochages assumés. Mais celui-ci peut basculer pour peu qu’Eric Blanc enfile ses habits de lumière. S’il se lève de sa chaise, n’est d’accord avec personne ou commence un argument par une analogie entre sport et acteurs de cinéma, vous pouvez monter le son à fond, c’est gagné. Son numéro sur Christophe Galtier, Daniel Craig et Danny Boon a tellement tourné sur les réseaux qu’on serait à peine étonnés d’apprendre que Musk et Zuckerberg versent des royalties à l’ancien rugbyman.

« Eric on le connaît par cœur, commente le maître de la tranche 18h30-21h sur la Chaîne L’Equipe. Ce qui est marrant, c’est qu’il ne se force pas. C’est un vrai fan d’Audiard, à l’ancienne. Il est supporter du Barça, on le sait, et quand le Real se qualifie à City il va pas dire que c’est le match de l’année. Ce qu’il avait dit sur Galtier ça a pu blesser mais ça a fait marrer tout le monde et il se trouve que son année parisienne n’a pas été une franche réussite. Eric est très pointu en foot, il regarde quasiment tout. Il a simplement une façon poétique et cinématographique de l’exprimer. » A quand une IA capable de générer des punchlines de cinoche comme Rico Blanco ?

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Les dramas du Chiringuito

L’apogée de l’empire Pedrerol résonnera à tout jamais au son du tic, tac du présentateur espagnol. Pour Grégory Ascher, ça ne fait aucun doute : il s’agit du « show-plaisir coupable par excellence. » Avec illustration à l’appui.

« « Le Chiringuito, on le regarde comme quand on achète un magazine people. Tu sais que ça va être exagéré, tu sais qu’ils vont en faire des tonnes, tu sais que ça va être tout pour le buzz, tu sais qu’ils vont incarner des personnages. De temps en temps tu vas en prendre ta dose parce que ça te fait marrer de voir ce qu’ils ont fait de telle ou telle histoire. Le tic, tac, ça m’est arrivé de le reprendre dans mon émission pour faire marrer ceux qui avaient la référence. » »

La fin du feuilleton Mbappé a fait rentrer le Chiringuito dans le rang, mais en attendant que son heure revienne, c’est-à-dire le jour de la signature de Mbappé à Madrid, l’émission à des ressources. Elle l’a prouvé lors de la double-confrontation PSG-Barça en pourchassant Joan Laporta pour lui demander s’il craignait Mbappé, en diffusant des images de supporteurs culés débiles en train de caillasser leur propre bus, ou encore en pleurant après l’élimination parce que Luis Enrique a eu l’audace de communier avec ses joueurs. « Luis Enrique n’est pas l’un des nôtres. Un Culé ne célèbre pas comme il l’a fait », a-t-on ainsi pu entendre en plateau. Luis Enrique qui, rappelons-le, avait qualifié El Chiringuito de « théâtre du mal » sur Twitch.

Joan Laporta n'a rien répondu et ils en ont quand même fait tout un foin
Joan Laporta n'a rien répondu et ils en ont quand même fait tout un foin - Dani De Marcos

Vous imaginez, le bazar, en cas de finale à Wembley entre le PSG et le Real ? Les gueules d’enterrement des Merengue du Chiringuito, morts de trouille à l’idée de se faire détruire en mondiovision par leur future star ? Les heures sup' de Dani de Marcos, l’envoyé spécial de l’émission à Paris jusqu’au transfert de Mbappé, qui campera devant le frigo du joueur pour savoir si ce dernier a mis le lait avant ou après les céréales au petit dej' ? La folie. Rien que pour ça, amis Parisiens et Madrilènes, offrez-nous cette finale.