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Quels enjeux derrière la bataille décisive entre l’UEFA et la Super Ligue ?

Super Ligue : Quels enjeux derrière la bataille décisive entre l’UEFA et la compétition dissidente ?

FOOTBALLLa Cour de justice européenne tranchera jeudi matin le conflit autour de la Super Ligue. La société A 22, qui promeut la compétition, espère remettre en cause le monopole de l’UEFA sur les compétitions européennes
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La Cour de justice européenne (CJUE) doit jeudi matin le conflit autour de la Super Ligue. Parmi les questions à l'ordre du jour, le monopole de l'UEFA au sein du football de clubs européens
  • Le PDG d'A22, Bernd Reichart, promet de révéler le nouveau format de la Super Ligue en cas de décision défavorable à l'UEFA
  • Selon l'avocat général de la CJUE, les règles posées par l'UEFA sont compatibles avec le droit européen de la concurrence, mais chaque nuance de l'arrêt constituera une brèche potentielle pour la Super Ligue

C’est jeudi matin que se jouera l’avenir du football européen de clubs. Ou pas. Amenée à arbitrer le combat opposant l’UEFA à son challenger, la Super Ligue, la Cour de justice européenne (CJUE) devra décider si oui ou non l’instance présidée par Aleksander Ceferin abuse de sa position dominante au sein du football européen. Avait-elle le droit de menacer d’expulsion hors de son giron les frondeurs prêts à bâtir en 2021 les fondations d’un nouveau géant du football de clubs ? La justice espagnole avait répondu par la négative au début de l’année, tandis que l’avocat général de la CJUE estimait que l’UEFA était dans son bon droit. Il ne s’agit là que d’un des nombreux sujets amenés à être discutés jeudi.

Au nom de principes aussi louables que l’équité sportive, dont le projet de Super Ligue semble pourtant l’antithèse, et même le porte-monnaie des supporters, le cabinet A22, promoteur de la compétition dissidente, entend éliminer l’UEFA en tant que régulateur du football continental. Et par extension comme seul organisateur de compétitions européennes. Bien pratique quand on entend lancer la sienne. Ce n’est pas un hasard si dans sa communication officielle, le PDG d’A22, Bernd Reichart, promet de révéler enfin le nouveau format de sa Super Ligue en cas de décision défavorable à l’UEFA.

« « S’il est confirmé que le monopole de l’UEFA est illégal, nous serons enfin en mesure de rendre public le résultat de plus d’un an de consultations. Nous proposerons une compétition européenne ouverte pour plus de 60 clubs en veillant que tous soient traités de manière égale et équitable. » »

Une annonce qui renvoie à un article que nous publiions au mois de mars, dans lequel un représentant de la société chargée de relayer les ambitions de Florentino Perez évoquait déjà un chiffre de « 40 à 60 clubs » intéressés par le projet, sans vouloir les nommer par peur des représailles de l’UEFA et son alliée, l’ECA, l’association européenne des clubs (menée d’une main de fer par Nasser Al-Khelaïfi).

Toute brèche ouverte par la CJUE sera une opportunité pour la Super Ligue

Pour le moment, tout ceci relève encore du fantasme, quand bien même le président du Real Madrid passe son temps à rappeler le besoin urgent créer une Super Ligue : « le football traverse une crise institutionnelle sans précédent, déclarait Florentino le mois dernier. Le football européen n’appartient pas au président de l’UEFA et le football espagnol n’appartient pas au président de la Liga. La Super Ligue est plus que jamais nécessaire ».

Pour l’heure, une défaite totale de l’UEFA apparaît peu probable. L’avis de l’avocat général de la Cour, Athanasios Rantos, a en effet de quoi inciter la confédération européenne à l’optimisme, puisque celui-ci estimait en décembre 2022 que les règles posées par l’UEFA et la Fifa étaient « compatibles avec le droit de la concurrence » de l’Union européenne. Seules lueurs d’espoir pour la Super Ligue : ces décisions n’engagent pas la CJUE, qui peut prendre une autre direction.

Par ailleurs, chaque nuance de l’arrêt sera importante pour le football de clubs, et plus largement pour la régulation sportive sur le Vieux Continent, et constituera potentiellement de nouvelles brèches dans lesquelles les frondeurs pourraient s’immiscer. A l’inverse, si l’organisation présidée par Ceferin s’en tire à bon compte, elle pourra continuer de brandir sur les éventuels frondeurs la menace d’une exclusion des championnats nationaux et à ses joueurs se voir refuser de participer au championnat d’Europe ou à la Coupe du monde avec leur équipe nationale. Et, par extension, de continuer à mener tranquillement sa politique élitiste, illustrée par l’entrée en vigueur l’année prochaine d’une nouvelle formule de la Ligue des champions.