« Projet Mbappé » : « C’est le rêve des enfants, pas le nôtre », rappelle le père d’un jeune footballeur
ENQUÊTE 3/3•Esposito Ognimba accompagne son fils de 13 ans depuis le plus jeune âge sur les terrains de football amateur du Rhône. Il raconte à « 20 Minutes » comment les parents peuvent desservir leur enfant en marchant sur les plates-bandes des entraîneursPropos recueillis par Jérémy Laugier
L'essentiel
- Ils sont convaincus que leur enfant est le prochain Kylian Mbappé, Victor Wembanyama ou Antoine Dupont. 20 Minutes a enquêté sur les parents ingérables au bord des terrains, un phénomène qui touche prioritairement le foot, mais qui commence à essaimer dans d’autres sports collectifs en France.
- Les clubs, appuyés par leurs fédérations et les structures intermédiaires, commencent à prendre la mesure de ces comportements et à mettre en place des réponses adaptées : entraînements à huis clos, responsabilisation de parents-citoyens, et même exclusion d’enfants.
- Dans ce troisième et dernier épisode de notre série ce dimanche, on a pu interviewer le père d’un jeune joueur de 13 ans évoluant en Régional 1 dans le Rhône. Celui-ci reconnaît avoir été « un peu caractériel » avant de prendre conscience de son rôle de parent, bien différent de celui de l’entraîneur.
Les clubs de football amateur français sont de plus en plus tiraillés : ils ont évidemment besoin des parents pour accompagner leurs jeunes joueurs lors des matchs à l’extérieur mais ils cherchent à les tenir au maximum à l’écart des terrains au vu du comportement « nocif » de beaucoup d’entre eux. Difficile dans ce contexte tendu de pouvoir échanger longuement avec un père suivant de près les pas de son enfant footballeur.
Papa d’un joueur de 13 ans évoluant en Régional 1 dans le Rhône, Esposito Ognimba (41 ans) pose son regard sur ces parents décriés par le foot amateur. Ancien joueur de Promotion Ligue dans l’Aveyron, celui-ci reconnaît avoir parfois été « un peu caractériel » durant les matchs de son garçon, avant de rester à sa place pour l’accompagner au mieux dans son « rêve de haut niveau ».
Avez-vous cherché à pousser votre enfant vers le football ?
Non, il a vraiment commencé à jouer dans un club à l’âge de 6 ans mais il est en fait depuis toujours de lui-même avec un ballon près de lui. Je n’étais pas du tout dans une optique de compétition au début le concernant, je voulais simplement que mon fils soit dans le pur loisir, qu’il ne soit pas dégoûté du football. Mais il a peu à peu été demandeur pour jouer avec les meilleurs. Il a franchi des étapes que même moi, je ne soupçonnais pas. C’est pourquoi, en plus des entraînements en club, on est allé dans des académies de perfectionnement lyonnaises.
Vous souvenez-vous n’avoir parfois pas eu le comportement adéquat vis-à-vis de votre fils au bord des terrains ?
Au début, j’avoue que j’étais avant tout supporteur de mon fils, avec un côté un peu caractériel. J’étais parfois frustré quand il n’était pas mis en valeur, je ressentais une injustice, et cela pouvait desservir mon fils. Je ne critiquais pas les coachs pour autant mais j’étais du genre à donner des consignes à mon garçon sur le terrain. Je ne me demandais pas si les coachs étaient bons ou pas, mais c’était difficile de se rendre compte que certaines de leurs décisions pouvaient casser le moral de mon fils. Et puis je voyais que des enfants jouaient davantage car leurs parents s’étaient permis de mettre la pression sur le coach… On se rend compte autour des terrains de foot que la passion l’emporte sur la dimension parentale, et j’ai failli tomber là-dedans.
Jusqu’à ce que vous preniez réellement conscience des aspects négatifs de tels comportements ?
Oui, j’ai compris que pour évoluer, l’enfant ne doit pas avoir plusieurs discours dans la tête parce que ça le perturbe. Le coach est là pour l’aider à se développer. Il y a l’éducateur sportif d’un côté, et la pédagogie et l’éducation familiale de l’autre. Je reste à présent toujours dans mon rôle. Je vois les choses différemment en observant bien tous les parents de jeunes joueurs. Ils sont souvent là pour diriger leur enfant comme s’ils avaient une manette de PlayStation dans les mains, en mode « fais ci, fais ça ».
Ce n’est pas leur rôle, on n’est plus dans le développement là. Laissez donc l’entraîneur planifier l’apprentissage des enfants ! Une fois, j’ai repris un père qui était en train de donner des consignes à mon propre fils pendant un match. Je sais à présent que l’attitude des parents est primordiale : je me dois d’être carré et discipliné pour permettre à mon enfant d’être bien structuré afin d’aller haut dans le football.
Honnêtement, cette quête du plus haut niveau est surtout la sienne ou la vôtre ?
Lorsque mon fils n’a pas été retenu lors d’une détection avec l’Olympique Lyonnais à l’âge de 8 ans, sur le coup, c’est comme si c’est moi qui avais échoué. J’étais dans le faux. On voit tant de parents qui prennent le rêve de leur enfant pour le leur, ça chamboule tout. Moi, je suis là pour accompagner le rêve de mon fils. C’est le rêve des enfants, pas le nôtre, il ne faut pas oublier ça. Si demain, il veut arrêter le foot pour X raison, je ne le forcerai pas à continuer, même si c’est vrai qu’on a fait du chemin ensemble. Après, j’avoue que quand j’ai reçu la convocation de mon fils pour la détection de l’OL, je me suis dit : « Ça y est, il a réussi ! » Ça peut faire vriller. Si on n’est pas prêt à ça, on panique.
L’ambiance vous semble-t-elle de plus en plus problématique autour des terrains ?
Disons que j’ai parfois l’impression d’être au milieu des ultras en assistant à des matchs U14 : des parents mettent la pression sur les arbitres qui sont souvent très jeunes et qui sont là eux aussi pour apprendre. Il y a quelques années, j’ai même vu deux pères insulter des enfants et en arriver aux mains car le fils de l’un avait été titularisé à la place de l’autre ce jour-là. Ils ne sont plus dans l’éducation, ce sont limite des fanatiques.
Comprenez-vous que des clubs amateurs comme le FC93 en Seine-Saint-Denis prive les parents d’accès aux entraînements des catégories jeunes ?
Oui, car arrivé à un certain âge, il y a des parents qu’on ne peut pas rééduquer. Pour avancer, on ne peut pas faire autrement, ou alors il faut une politique générale de club bien suivie. Mais pour que ça marche dans un club amateur…


















