Affaire Rubiales : Qui est Luis Rubiales, le patron du foot espagnol aux multiples casseroles qui refuse la démission ?
se queda ?•Après l’affaire du baiser forcé à l’encontre d’une joueuse, le président de la fédération espagnole a été suspendu par la Fifa. Pas la première affaire pour cette « tête dure » habituée de la chronique judiciaireOctave Odola
L'essentiel
- Le 20 août, après le sacre de l’équipe de football féminine espagnole en Coupe du Monde, le patron de la fédération Luis Rubiales a choqué en embrassant sur la bouche sans son consentement Jenni Hermoso, l’une des joueuses.
- La pression monte sur le dirigeant qui refuse de démissionner et fait l’objet d’une enquête préliminaire pour agression sexuelle. L’homme de 46 ans a été suspendu de ses fonctions par la Fifa.
- Les 23 joueuses espagnoles championnes du monde ont déclaré ne plus vouloir porter le maillot de la sélection nationale tant que la direction de la fédération espagnole actuelle reste en place.
En quelques heures, il a accompli la prouesse de devenir le nom le plus célèbre du football espagnol. Pas pour les bonnes raisons. Depuis son « baiser forcé » en mondiovision envers l’une des championnes du monde espagnoles, le 20 août dernier, Luis Rubiales n’en manque pas une. Le président de la fédération royale espagnole de football (RFEF) s’astreint à un calendrier démentiel : un jour, un scandale.
Sa propre fédération réclame sa tête, l’exécutif espagnol porte plainte contre lui, les joueuses fraîchement championnes font grève, une enquête préliminaire pour « agression sexuelle » a été ouverte à son encontre. Un enchaînement de nature à faire vaciller n’importe quel dirigeant. Mais le quadragénaire reste solidement campé sur ses appuis, fustigeant il y a quelques jours le « faux féminisme » et martelant à plusieurs reprises : « Je ne démissionnerai pas ».
« Ce qu’il se passe, c’est le metoo espagnol, analyse Thibaud Leplat, rédacteur en chef de la revue de l’After. Ça arrive à un moment où le football féminin espagnol se modernise et ça révèle l’archaïsme de la gestion des footballeuses dans le pays. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg. C’est comparable à l’onde de choc provoquée en France par l’affaire Le Graët ».
Harcèlement, conflit d’intérêts… Rubiales abonné aux affaires judiciaires
L’avocat a été suspendu 90 jours par la Fifa de « toute activité liée au football au niveau national et international », alors que la justice espagnole a invité Jenni Hermoso, la joueuse victime, à « déposer plainte ». Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Avec la polémique, d’autres faits passés ou attitudes déplacées du président suspendu ont ressurgi. Qui est vraiment Luis Manuel Rubiales, élu à la tête de la RFEF en 2018 ?
Avant d’opter pour le costume et la cravate, Luis Rubiales, 46 ans, a commencé son parcours en short et crampons. Le défenseur latéral réalise une modeste carrière professionnelle, marquée par son passage à Levante (2003-2008). Après près de 300 matchs professionnels et une dernière pige en Ecosse, Rubiales raccroche et devient président en 2010 de l’AFE (Association de Futbolistas Espanoles), un syndicat de joueur.
Il y signe son premier coup d’éclat : la grève des joueurs, en 2011, qui refusent de commencer le championnat tant que des arriérés de salaire ne sont pas payés par les clubs. A l’époque, Rubiales n’hésite pas à monter au créneau, estimant que « les valeurs du sport ne sont pas respectées », comme le rappelait Libération. En huit ans à la tête du syndicat, l’Andalou va accumuler les affaires. Ancienne directrice marketing de l’APE, Tamara Ramos a accusé son ex-président de harcèlement sexuel lors d’un entretien télévisé à Telecinco. Elle a affirmé que Rubiales a multiplié les remarques sexistes à son encontre. Des accusations déjà formulées en 2017.
Une absence totale de remise en question
En mai 2018, Rubiales prend la tête de la fédération espagnole, quelques semaines avant le Mondial en Russie. La veille de l’entrée en lice de la Roja, le nouveau président se sépare sans ménagement de son sélectionneur, coupable d’avoir signé un contrat avec le Real Madrid sans avoir prévenu la fédération. La Coupe du Monde sera un fiasco pour l’Espagne. Rubiales refusera d’y voir une quelconque responsabilité de la fédération, estimant même que sa décision d’écarter le sélectionneur aurait été approuvée par… Barack Obama, comme le rappelait So Foot.
Au moins deux autres scandales majeurs ont éclaboussé le mandat de l’ancien professionnel. En 2022, il est accusé par son oncle Juan, ex-chef de cabinet de la RFEF, d’avoir fait chauffer la carte bleue de la fédé pour organiser des orgies sexuelles avec « huit ou dix jeunes filles ». La même année, la justice espagnole s’intéresse à Rubiales, après des révélations d’El Confidencial sur les conditions d’attribution de la Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite. Selon un plaignant, Rubiales et Gérard Piqué auraient convenu d’un plan pour se partager 24 millions d’euros de bénéfice, aux dépens notamment de la fédération.
A l’époque, Rubiales avait « survécu » à ses différentes révélations en niant tout en bloc. Il a adopté la même stratégie cette fois-ci. « Parce que tout le monde lui dit de démissionner, il se refuse à le faire. C’est une tête dure », juge Thibaud Leplat. Dans son fief de Motril, en Andalousie, environ 200 personnes se sont rassemblées pour soutenir Rubiales, tandis que sa propre mère a entamé une grève de la faim dans une église de la ville en dénonçant le traitement « injuste » réservé à son fils. Selon les derniers échos de la presse internationale, le pressing du camp Rubiales n’a pas l’air de porter ses fruits. Le dirigeant risque une suspension de 15 ans, comme le relate le Daily Mail.
« Il y a encore beaucoup à faire, mais l’affaire Rubiales a été comme une formation accélérée, un entraînement pour le féminisme contre les machistes dans le monde, a complété Meli Galarza, présidente d’une association féministe sur la défense de l’image des femmes, interrogée par Malaga Hoy. D’autant plus dans le football, qui bénéficie d’une médiatisation bien plus importante que les autres sports ».


















