Ligue 1 : « Tu n’as même pas peur que ça tourne à un moment »... Le RC Lens parti pour une saison parfaite ?
football•Vainqueurs du PSG dimanche, les Lensois réalisent pour l’instant une saison exceptionnelle où tout semble se goupiller parfaitementNicolas Camus
L'essentiel
- Le RC Lens a battu le PSG, dimanche soir, et se retrouve désormais deuxième du classement à seulement quatre points des Parisiens.
- Au-delà de l’aspect comptable, les joueurs de Franck Haise affichent une force collective impressionnante depuis le début de saison.
- Les Lensois semblent vivre une saison parfaite pour le moment, un peu à l’image de celle de Montpellier en 2011-2012, comme nous le raconte l’ancien milieu héraultais Geoffrey Dernis.
C’est une impression, impalpable, à la fois solide et tellement fragile. Ce petit truc dans l’air qui transforme une belle saison en rêve éveillé, où tout se goupille bien et ne semble jamais devoir s’arrêter. Après avoir passé à la moulinette tous les grands (Monaco, Marseille, Lyon, Rennes) - et les plus petits aussi d’ailleurs –, le RC Lens a définitivement fait passer sa saison dans une autre dimension, dimanche, en surclassant le PSG à Bollaert. Une démonstration collective de jeu et de courage face au mastodonte du championnat qui fait dire que cette surprenante équipe, aujourd’hui deuxième à quatre points du leader, a tout pour rester sur les cimes de Ligue 1. Jusqu’à croire, peut-être, au titre de champion.
Continuité
Mais ça, ça n’est pas pour tout de suite. Ça ne doit pas l’être, en tout cas, estime Geoffrey Dernis, qui a connu ce genre d’aventure aussi magnifique qu’improbable avec Montpellier en 2012. Si l’on a convoqué l’ancien milieu offensif pour parler des Lensois, c’est que le parallèle entre les deux clubs, à 11 ans d’écart, n’est pas illégitime. Ce sont deux entités régionales fortes, qui ont réussi leurs meilleures saisons quand elles ne se prenaient pas pour d’autres, avec une direction sportive cohérente et des joueurs choisis pour y coller parfaitement, dans lesquels les supporters se reconnaissent.
« Dans ce genre de club, ça fonctionne quand il y a de la continuité. Pas de grosse révolution aux mercatos, tu formes un groupe intelligent autour d’un coach qui sait ce qu’il veut, tu corriges un peu si besoin, mais c’est tout et après ça roule parce que les joueurs se connaissent et avancent ensemble », explique Dernis.
Quand la base est ainsi posée et que tout commence à bien se goupiller, c’est là que ça devient intéressant. « Si tu lances bien une saison avec un groupe qui s’entend bien et est performant depuis deux-trois ans, tu ne doutes même plus, reprend-il. Tu joues, sans te prendre la tête, et petit à petit tu te rends compte que les résultats sont bons et donc tu continues, tout simplement. Quand je les entends parler, j’entends nos discours de l’époque. »
Une remarque illustrée par les propos de Jonathan Gradit après le PSG, par exemple, qui appelait à « continuer à faire ce que l’on fait de bien, jouer tous ensemble, ne pas se prendre pour d’autres », et soulignait la « superbe entente » du groupe avec Franck Haise. Lens dégage quelque chose de fort, de puissant, qui rappelle les belles heures aux glorieux anciens. « Je ressens beaucoup de confiance et beaucoup d’humilité. Ils sont sûrs de leurs forces, et savent ce qu’ils veulent faire. Cela ressemble à ce qu’on sentait en 1998 », disait le champion de France Yohan Lachor dans Le Parisien, lundi.
Geoffrey Dernis tente de mettre des mots sur ce sentiment : « Ce sont plein de petites choses qui tournent dans le bon sens. Des matchs où t’es moins bien mais que tu finis par gagner, et puis à chaque claque que tu prends, finalement ça te remet dans le bon chemin. Je ne sais pas trop l’expliquer, mais tu n’as même pas peur que ça tourne à un moment. On ne s’était jamais posé la question de savoir si on perdait trois ou quatre matchs d’affilée ce que ça allait donner. »
Ne pas vouloir jouer dans la cour du PSG
Porté par cet état d’esprit, le groupe avance tranquillement, gonflant les ambitions au fur et à mesure des étapes franchies. « Il y a des marqueurs. Pour moi en 2012 c’est la victoire à la Mosson contre Saint-Etienne (29e journée, fin mars), se souvient l’ancien gaucher. On gagne 1-0 dans un match compliqué, sur un but de fou de Giroud en fin de match. Après ce match-là je me dis "putain, cette année on ne peut pas ne pas accrocher quelque chose". C’est d’abord les cinq premières places, puis à cinq matchs de la fin c’est la Ligue des champions, puis à trois matchs de la fin c’est le titre. » Tout ça en évitant de zieuter le classement de trop près pour éviter les nœuds au cerveau.
Ces marqueurs, pour Lens, ce sera peut-être le déplacement à Lyon en février, le derby face au Losc en mars ou la revanche au Parc des Princes en avril. En attendant, les Nordistes entendent rester à leur place, comme l’a rappelé Franck Haise samedi soir après avoir lancé le chant de la victoire avec les supporters. « Notre objectif, c’est de continuer à faire ce qu’on fait, quel que soit l’adversaire. Continuons d’être ambitieux dans le jeu et on pourra avoir des ambitions. Mais on ne va pas se comparer à Paris », a prévenu l’entraîneur Sang et Or. Cela tombe bien, c’est exactement le piège à éviter.
« « Il ne faut pas se voir trop haut. Je pense que le PSG sera champion, parce que c’est quand même un autre niveau, acquiesce Dernis. Les Lensois ne doivent pas se mettre en tête de leur disputer le titre, juste de garder leur deuxième place le plus possible. Ensuite, qui vivra verra ! Tout est possible. » »
En tout cas, l’actuel entraîneur de l’ES Pérols, un club héraultais qui évolue au niveau régional, avoue observer les Nordistes avec un brin de nostalgie. « Tu regardes comment vit le groupe, c’était nous en 2012, dit-il. Tu vois des joueurs très bien ensemble, ils font les efforts les uns pour les autres sur le terrain, ils vont chercher les choses tous ensemble, c’est communicatif, ils ne prennent pas la tête, même dans les interviews il n’y en a pas un qui tire la couverture à soi. C’est beau ce qu’ils font. »
Jusqu’où peuvent-ils aller ? C’est la question qui égayera la deuxième partie du championnat, et pas seulement dans le Pas-de-Calais. Tous les amateurs de foot prennent plaisir à voir évoluer cette équipe qui suscite curiosité et sympathie. On ne dira pas ce que ça augure de quelque chose, mais on finira par deux anecdotes repérées en préparant ce papier : Comme Montpellier en 2012, Lens dispute sa troisième saison depuis sa remontée en Ligue 1. Et les Lensois termineront leur saison à… Auxerre. Oui oui, comme en 1998.


















