RC Lens-PSG : De la cave à la lumière, le long parcours de Franck Haise, l'entraîneur méconnu des Sang et Or

FOOTBALL A la tête du RC Lens depuis février 2020, le technicien séduit par sa philosophie de jeu qui permet aux Sang et Or d'être dans le top 5 de la Ligue 1

Francois Launay
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Franck Haise, l'entraîneur du RC Lens
Franck Haise, l'entraîneur du RC Lens — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Franck Haise, le coach du RC Lens, fait briller les Sang et Or depuis deux saisons en Ligue 1.
  • Ce formateur passé par Rennes et Lorient a longtemps entraîné les jeunes avant de faire son entrée dans la cour des grands.

Si le RC Lens marque un peu le pas depuis trois matchs en Ligue 1, son début de saison reste très enthousiasmant. Cinquième de Ligue 1, à deux points du podium au moment de recevoir le PSG samedi à Bollaert (21h), les Sang et Or sont l’une des révélations du championnat après avoir déjà terminé aux portes de l’Europe (7es) l’an passé. Principal artisan de ce renouveau : Franck Haise, un entraîneur aux commandes du club depuis moins de deux ans.

Arrivé sur la pointe des pieds en février 2020, ce technicien âgé de 50 ans et au parcours méconnu est désormais loué par tous les observateurs pour sa philosophie de jeu offensive. Entré dans la lumière, ce Normand n’a pas pour autant pris la grosse tête comme l’explique son pote Régis Le Bris, directeur du centre de formation du FC Lorient.

Une carrière modeste de joueur en Ligue 2

« Malgré tout ce qui lui est arrivé de beau ces derniers temps, en vacances on voit toujours le Franck d’il y a 20 ans. Il n’a pas changé. C’est un garçon jovial, très avenant et avec beaucoup d’humour. C’est aussi un gros chambreur ce qui est normal quand on fréquente depuis si longtemps un vestiaire de foot », se marre celui qui fut aussi son coéquipier à Laval à la fin des années 90.

Car avant de devenir coach, Haise a eu une carrière de footeux. Avec 115 matchs en Ligue 2 entre Rouen, Laval, Beauvais et Angers, le joueur n’a pas forcément marqué les esprits mais avait déjà dans un coin de la tête l’envie de finir sur un banc. En passant le BE à 19 ans et le tronc commun d’entraîneur à 26 ans, le technicien pensait déjà à son futur métier pendant sa carrière.

Premiers pas de coach à Mayenne

Et c’est en 2003, à l’âge de 32 ans, que les choses vont s’accélérer du côté de Mayenne, un club de N3 (ex-CFA2). « Au bout de deux mois lors de sa dernière saison à Angers, il avait décidé de résilier son contrat pour devenir entraîneur-joueur au Stade Mayennais. Puis, très vite il s’est installé définitivement sur le banc », se souvient Marc Deniau, joueur à l’époque et désormais… entraîneur du stade Mayennais.

Chez les amateurs, qu’il va réussir à maintenir trois saisons d’affilée, Haise commence à appliquer ses principes qui vont faire sa réputation. Du jeu offensif et surtout une capacité à gérer les ego. « C’était quelqu’un de très direct. Il pouvait dire les choses directement à ses joueurs que ça fasse plaisir ou non. Il disait toujours la vérité aux joueurs. D’ailleurs, il n’a absolument pas changé en tant que personne. C’est toujours le même. Il est très proche des gens », poursuit Deniau qui est resté proche de son ancien coach.

Un mec normal, humble et passionné par le vin

Tous ceux qui ont croisé Haise sur leur chemin vous le diront. Au-delà de l’entraîneur, Haise est mec normal et humble. Le genre de type à aller entraîner les jeunes de l’école de foot sur son temps libre quand il était encore pro. Ou à inviter tous ses joueurs chez lui pour fêter une accession. Sans oublier de refaire le monde à table pendant des heures en dégustant des bonnes bouteilles de vin, son autre grande passion avec le foot.

Adepte du jeu de possession, Franck Haise a tapé dans l’œil du stade Rennais après ses trois saisons à Mayenne. Chez les Bretons, il restera six ans en tant qu’éducateur chez les jeunes avant de reprendre les rênes d’un club amateur : l’US Changé (DH) où il débarque en 2012. S’il n’y est resté qu’un an en échouant de peu dans la lutte pour la montée en N3, il a marqué les esprits comme le reconnaît Jean-Yves Lecoq, le co-président du club.

« On savait qu’il avait le talent pour aller au-dessus »

« Tous les gens qui l’ont côtoyé à l’époque en ont gardé un très bon souvenir. C’est quelqu’un qui avait le contact facile et des qualités de management. Il savait imposer son autorité, ses règles. Il nous a impressionnés. On aurait bien aimé le garder plus longtemps mais on savait qu’il avait le talent pour aller au-dessus. On était trop petit pour lui », reconnaît le dirigeant.

Pour franchir un nouveau cap, Franck Haise répond favorablement à un appel de son pote Régis Le Bris. Fraîchement nommé directeur du centre de formation du FC Lorient, Le Bris, qui a bossé avec Haise chez les jeunes du stade Rennais, lui propose de prendre en main l’équipe réserve.

« Il fallait que je puisse avoir quelqu’un d’autonome au niveau de la réserve pour faire le lien avec l’équipe pro. Je savais que je pouvais lui faire confiance les yeux fermés car c’est un grand professionnel capable de faire progresser les jeunes. Et je ne me suis pas trompé », se réjouit avec du recul le patron de la formation lorientaise.

Grandeur et décadence à Lorient

Et pour cause, en deux ans avec la réserve, Haise décroche les titres de champion de N3 puis de N2. Un succès total porté par une philosophie de jeu offensive comme le raconte Jocelyn Laurent, passé sous les ordres du technicien

« Je ne l’ai jamais entendu dire avant un match qu’il fallait qu’on joue défense (sic). Il y avait pas mal de jeu avec apport des latéraux dans les couloirs et projection vers l’avant. On marquait pas mal de buts et il a su nous sublimer. Et puis, il captait toujours l’attention. Il n’endormait pas les joueurs Quand on me demande quel coach m’a marqué dans ma carrière je réponds : Franck Haise. Je ne connais pas un joueur de l’équipe qui n’a pas accroché avec lui », raconte celui qui est désormais défenseur à l’US Vitré (N2).

Assistant de Ripoll puis de Casoni à Lorient

Forcément, ces bons résultats ne laissent pas insensibles dans le Morbihan. Proche de Sylvain Ripoll, alors coach des pros, Haise rejoint le staff de l’équipe première en avril 2015. Mais un peu plus d’un an plus tard, les choses se gâtent. A cause des mauvais résultats, Ripoll est débarqué, Haise assure l’intérim en Ligue 1 pendant trois matchs et la rupture est consommée entre les deux hommes quand le Normand accepte de devenir l’assistant de Bernard Casoni.

Mais le nouveau duo n’évitera pas la relégation aux Merlus en mai 2017, une période où Haise décide de prendre du recul et de quitter Lorient. « Il y a un moment où on arrive au bout d’une histoire. Il y a eu des très bonnes choses mais en même temps, les événements qui se sont produits font qu’on doit passer à autre chose », résume Régis Le Bris.

Le déclic lensois

Mais le formateur ne va pas longtemps tourner en rond dans sa grande cave à vin. En septembre 2017, Eric Sikora, alors coach de la réserve, est nommé entraîneur des pros. Pour le remplacer, Sylvain Matrisciano, alors directeur du centre de formation du Racing, pense immédiatement à Franck Haise.

« J’avais rencontré Franck en 2010 à Clairefontaine. J’étais formateur et lui passait ses diplômes d’entraîneur. Le courant était très bien passé car j’aimais beaucoup sa manière d’être, sa philosophie et sa façon de travailler. Quand Sikora est parti chez les pros, j’ai pensé à Franck pour le remplacer car j’avais besoin de quelqu’un qui connaisse bien la formation et sache faire le lien entre la réserve et les pros. C’est ce qu’il avait fait à Lorient pendant quelques années et c’est pour ça que je l’ai fait venir », explique l’ancien gardien, aujourd’hui à la tête du centre de formation de l’USM Alger.

Quand le destin s’en mêle

Pendant deux ans, Haise fait progresser les jeunes lensois où il commence à inculquer les principes de jeu qu’il applique désormais avec les pros. Parallèlement, il boucle son cursus d’entraîneur et obtient le DEPF, sésame indispensable pour entraîner chez les pros. Le reste fait désormais partie de l’histoire.

Le 25 février 2020, Philippe Montanier, alors coach du Racing, est limogé. Pour le remplacer jusqu’à la fin de saison, les dirigeants confient l’équipe à Franck Haise qui ne dirigera que… deux matchs en Ligue 2. Car le confinement bloque la saison et le RC Lens, alors deuxième au classement, est promu dans l’élite. Après avoir hésité à le remplacer en raison de son manque d’expérience, Haise est finalement confirmé en Ligue 1 où il a éclaté au grand jour. Une vraie révélation de voir ce formateur briller chez les pros.

Mais rien d’étonnant pour tous ceux qui ont assisté à son ascension. « C’était cousu de fil blanc. Il était déjà au-dessus », assure Jean-Yves Lecoq de l’US Changé.  « Je ne suis pas surpris du tout. On savait qu’il serait propulsé à un moment donné sur le devant de la scène », poursuit Jocelyn Laurent. De son côté, Marc Deniau croise les doigts pour son pote. « J’espère qu’il ira loin. Aujourd’hui, je ne connais pas sa limite ». Ça tombe bien, Franck Haise non plus. Tant mieux pour Lens et pour tous ses futurs courtisans…