Ligue 1 : Pénurie d'eau, restrictions, pelouses grillées... Comment les clubs font face à la sécheresse ?

FOOTBALL En cette période de canicule et de sécheresse, les clubs de foot sont appelés à réaliser un arrosage raisonné de leurs pelouses

Aymeric Le Gall
Les clubs de foot doivent s'adapter aux restrictions d'eau en cette période de canicule et de sécheresse.
Les clubs de foot doivent s'adapter aux restrictions d'eau en cette période de canicule et de sécheresse. — FRANCK FIFE / AFP
  • La France fait face à un nouvel épisode caniculaire et la quasi-totalité des départements ont été placés en en état d’alerte sécheresse.
  • Bénéficiant de dérogations pour pouvoir arroser leurs pelouses, les clubs de foot ne sont pas pour autant autorisés à faire tout et n’importe quoi.
  • Alors que ces épisodes de sécheresse sont amenés à se répéter à l’avenir, 20 Minutes a cherché à comprendre comment les clubs s’adaptaient au quotidien.

2045, Etihad Stadium, Manchester. Phil Foden, Le manager des Citizens, à la mine grave au moment de voir ses joueurs entrer sur une pelouse grillée par le soleil, loin du billard sur lequel les joueurs de Pep Guardiola gambadent d’habitude. Ce match de City pourrait d’ailleurs être le dernier. Dans une Angleterre en proie à des sécheresses répétées et à une pénurie d’eau, les stades ferment leurs portes un à un. C’est « la fin du football ». Ce court-métrage réalisé par la société américaine Xylem, spécialiste de la gestion de l’eau, et Manchester City, est sorti en 2020 pour sensibiliser les supporteurs sur la question du manque d’eau et de son gaspillage.


Un peu à la manière de cette fausse carte météo de 2050 d’Evelyne Dhéliat, « The End of the Football » est malheureusement en avance sur les prévisions des scientifiques. Oh bien sûr ce n’est pas la fin du football, mais c’est bien le début des épisodes répétés de sécheresses et de pénuries d’eau. Alors que la France fait face à un nouvel épisode caniculaire et que la quasi-totalité des départements sont en « alerte crise » - le quatrième et plus haut niveau d’alerte sécheresse en France - la question de l’arrosage des terrains de foot professionnel est aujourd’hui au centre des interrogations.

La LFP appelle les clubs à « un arrosage raisonné »

S’il ne semble pas (encore ?) dans le viseur de l’opinion publique, à l’inverse du golf qui a déchaîné une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, il bénéficie lui aussi de dérogations pour arroser les pelouses de terrains de Ligue 1 et de Ligue 2. Sans ça, c’est l’arrêt pur et simple des compétitions. Mais cela ne veut pas dire pour autant que c’est open bar. Lui aussi doit participer à l’effort collectif, comme l’a rappelé la LFP cette semaine au moment d’annoncer la suspension du championnat des tribunes « en raison des très fortes chaleurs et de la sécheresse prolongée ».

La Ligue de Football Professionnel invite les clubs de Ligue 1 Uber Eats et Ligue 2 BKT et les Préfectures, qui sont les seules décisionnaires en la matière, à se rapprocher pour étudier localement si un arrosage le plus raisonné possible peut être mis en place »

« Il faut trouver le juste équilibre, car les terrains, ce sont l’outil de travail, expliquait ainsi à l’AFP Baptiste Malherbe, directeur général de l’AJ Auxerre, qui pompe son eau dans l’Yonne voisine. Mais nous faisons attention, on limite au maximum l’arrosage ». Chargé d’affaires pour la société bretonne Sparfel, qui équipe en pelouse les stades de Brest, Guingamp, Caen, Le Havre et Ajaccio, Benjamin Cottat avoue « gérer cela au jour le jour » en fonction des arrêtés préfectoraux de restrictions d’arrosage.

Il détaille : « On arrose au maximum la nuit car c’est globalement sur cette seule tranche qu’on est autorisé à le faire. A Caen par exemple en ce moment, c’est de 20 heures à 6 heures. Après on n’arrose pas en permanence de 20 heures à 6 heures, on le fait en fonction des besoins des terrains tout en faisant attention à ne pas trop tirer d’eau non plus. Après, les clubs peuvent demander des dérogations pour les jours de match. »

Entre économies d’eau et sécurité des joueurs, un juste équilibre à trouver

Dans certains départements, en revanche, c’est ceinture et bretelle, comme dans les Côtes d’Armor où un arrêté préfectoral est tombé mercredi soir pour interdire l’arrosage de nuit comme de jour. En route vers le stade du Roudourou de Guingamp pour « essayer de trouver des solutions », Benjamin Cottat concède que « c’est encore un autre problème ». « Pour les pros, le club devrait avoir une dérogation mais rien n’est sûr à l’heure actuelle », explique-t-il.

Or, qui dit pas d’arrosage des pelouses dit risques de blessures accrues pour les joueurs. Cottat, toujours : « Un terrain pas ou peu arrosé, forcément il y a des risques pour l’intégrité physique des joueurs. On est sur des substrats essentiellement en sable, c’est le phénomène du bac à sable entre guillemets : quand le sable est humide, le terrain se tient, quand le sable est sec, le terrain ne se tient pas et c’est là qu’on peut assister à des arrachements de bouts de pelouse, des pertes d’appuis à cause d’un manque d’absorption lors des changements de direction et ça peut vite mener à des blessures. C’est notre crainte première. »

C’est ce risque qui a conduit les Lyonnais à pousser un coup de gueule auprès de la Ligue contre le FC Lorient, censé les accueillir dimanche pour le compte de la deuxième journée, et dont la pelouse est dans un état catastrophique. Grillée par le soleil et endommagée par l’installation d’une scène de concert dans le cadre du Festival Interceltique qui s’y déroule, la pelouse du Moustoir ne peut en aucun cas accueillir un match de foot dans de bonnes conditions de sécurité pour les joueurs. Contactés par 20 Minutes, ni le FC Lorient ni la mairie n’ont donné suite à nos demandes d'entretien, preuve que le sujet est brûlant (sans mauvais jeu de mots). De son côté, la LFP a fini par se rendre à l'évidence et annoncer le report de la rencontre à une date ultérieure.

« A priori ce n’est que le début… »

Les clubs se penchent de plus en plus sur ces problématiques, à l’image de Marseille et Lille, qui utilisent des systèmes de récupération d’eau de pluie pour leurs pelouses. Rennes a prévu de suivre le mouvement dans son futur centre d’entraînement. Nous aurions aimé pouvoir développer le sujet avec les clubs de Ligue 1 et Ligue 2, mais nos nombreuses demandes d’entretien sont restées lettres mortes… De leurs côtés, les entreprises spécialisées comme Sparfel, dépendantes de l’évolution du climat, tentent de s’adapter au mieux.

« Pour nous, en tant que filière, pas l’entreprise en tant que telle, ça fait plusieurs années déjà que le changement climatique est une réalité et qu’il a des impacts visibles sur les pelouses. On a de plus en plus de maladies qui apparaissent, se développent et s’étendent à de plus en plus de régions. Ça implique une gestion différente, un changement de graminées déjà, donc de type de gazon utilisé, pour avoir des plantes qui résistent plus aux maladies, à la chaleur et qui nécessitent moins d’eau. Dans la moitié sud de la France, par exemple. »

A l’avenir, ce type de gazon risque de devoir peupler également la moitié nord du pays car « la question qui se pose c’est celle des ressources en eau dans le sol, conclut le chargé d’affaires. On voit qu’on en a de moins en moins, cette année on a de grosses alertes, on n’a jamais eu autant de restrictions sur le territoire français, des chaleurs suffocantes et une très faible pluviométrie. Et a priori ce n’est que le début… »